Palestine. La troisième Intifada.

Samedi 18 juin 2011 // Le Monde

Grandes manoeuvres avant le rendez-vous onusien de septembre sur la proclamation de l’État palestinien, mais encore trop d’incertitudes sur le devenir du printemps arabe.

Après les discours à Washington du président Obama et du Premier ministre israélien Netanyahu, le premier devant le Département d’État, le second devant les deux Chambres du Congrès, la plus grande confusion continue de régner autour de la question israélopalestinienne. Les données d’un règlement de paix n’ont quasiment pas changé en dépit des effets rhétoriques.

Échanges de territoires, avec retrait de quelques colonies juives, démilitarisation de l’État palestinien et contrôle de la frontière sur le Jourdain, semblent pouvoir faire l’objet d’un accord. La question de Jérusalem est toujours la clé, quitte à faire preuve de beaucoup d’imagination. Le droit au retour des réfugiés palestiniens est plus symbolique que réel. Tout ceci ne serait pas infranchissable si, comme l’a dit Netanyahu, la question était bien celle de l’État palestinien. Selon lui, l’enjeu est au contraire celui de l’acceptation de l’État juif.

Le printemps arabe n’est pas en cause. Il semble curieusement très loin de la préoccupation israélo-palestinienne, y compris en Syrie. Ce serait donc une chance, une opportunité historique. Pour la première fois peut-être, Israël n’est pas l’objet de haine dans le monde arabe. Seul l’Iran et son relais libanais, le Hezbollah - qui a fait capoter la Révolution du Cèdre et continue de soutenir Assad - maintiennent ouvertement Israël dans leur ligne de mire.

L’évolution la plus notable se situe plutôt du côté des traditionnels soutiens occidentaux du gouvernement hébreu. Celui-ci a perdu beaucoup de points dans l’opinion et parmi les dirigeants depuis le retentissement du printemps arabe. Dès lors que les Arabes se convertissent à la démocratie, il n’y a rien que l’on puisse leur refuser. Aux États-Unis, Obama, soucieux de séduire à Tunis, au Caire et à Bagdad, a fait le pari que l’électorat juif - qui l’a soutenu en 2008 à 78 % - continuerait à voter pour lui en 2012 même s’il prenait le contre-pied des positions les plus dures de Jérusalem.

La France et la Grande-Bretagne se préoccupent également de restaurer leur image dans la rue arabe, Paris pour ne pas avoir cru à la Révolution du Jasmin en Tunisie, Londres pour sa participation à la guerre en Irak (le dernier contingent vient de quitter Bassorah). La guerre libyenne leur a fourni une occasion de choix de se refaire une virginité. Un soutien plus affirmé à l’État palestinien serait une seconde carte maîtresse.

Sarkozy fait planer l’incertitude sur le vote à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre sur la proclamation de l’État palestinien. À l’inverse, Obama, qui sait jusqu’où ne pas aller avec son électorat, a déjà annoncé un veto américain. Mais si la tactique diffère, l’objectif pour tous deux est un retour des parties à la table de négociations au cours de l’été.

Israël n’a plus la cote. Une troisième Intifada, annoncée pour septembre, serait assimilée au printemps arabe, sauf qu’au lieu d’être dirigée contre l’actuelle direction palestinienne, elle le serait contre l’occupant israélien. L’OLP, le Baas syrien et le trône hachémite ont pourtant trop partie liée, historiquement et jusqu’à aujourd’hui, pour ne pas voir que leur sort pourrait aussi être commun. La paix sur ses frontières syriennes, jordaniennes et égyptiennes est précieuse à la vie quotidienne d’Israël. Mais que la bourgeoisie sunnite prenne le pouvoir à Damas et les Palestiniens à Amman (85 % de la population jordanienne) ne saurait demeurer sans conséquences en Cisjordanie et à Jérusalem-est. Faut-il attendre ou se précipiter ?

Netanyahu dédouane Obama et Sarkozy, qui peuvent aller d’autant plus loin vers la négociation parce qu’il est là et qu’ils savent qu’il ne cédera pas sur les principes. Le partage des rôles est on ne peut plus parfait.

Répondre à cet article