PS-VERTS : ACCORDS CONFUS.

Dimanche 4 décembre 2011 // La France

Les négociations entre les écologistes et le Parti socialiste ont donné lieu à un accord sur fond de désaccords.

La confusion qui a régné entre les socialistes et Europe Ecologie-Les Verts est d’autant plus étonnante qu’il n’y avait aucune raison de passer dès maintenant un accord électoral en vue des législatives.

La gauche s’est laissé prendre à un emportement qui affecte aussi la droite : le candidat à la présidentielle se prononce sur tous les sujets, comme s’il était appelé à devenir le chef du gouvernement alors qu’un président de la République est en charge de l’essentiel. Mais c’est François Hollande qui a fait les frais de ce mélange des genres, en acceptant que ses représentants négocient avec les écologistes un accord portant à la fois sur le nucléaire et sur les circonscriptions qui seraient réservées aux Verts.

Cet accord aurait pu attendre que soient connus les résultats du premier tour de la présidentielle, afin que les voix écologistes puissent être effectivement comptées. Etant donné le faible écho rencontré par Eva Joly, le Parti socialiste aurait été en position de force. En engageant dès novembre une négociation sur le nucléaire, il a donné l’impression de mettre en jeu un secteur industriel capital et de payer très cher un accord. La droite n’a pas manqué de souligner ce point. De plus, en annonçant que des circonscriptions socialistes seraient réservées aux écologistes à Paris dont l’une pour Cécile Duflot le Parti socialiste a provoqué la fureur de Bertrand Delanoë et des députés socialistes parisiens sacrifiés à des arrangements d’état-major. Et les négociateurs de la rue de Solferino ont été fort ravis d’apprendre, grâce au site Marianne, que les écologistes étaient à court d’argent et qu’ils étaient prêts à d’immenses concessions pour obtenir un nombre suffisant de circonscriptions qui leur assurera des subventions régulières.

C’est dans ces conditions pour le moins improvisées que les discussions se sont engagées et qu’un accord a été signé entre le Parti socialiste et les Verts. Accord étrange, puisqu’il enregistrait surtout des désaccords. Accord tronqué puisque le site Mediapart révéla que le passage concernant le combustible Mox avait été caviardé sur injonction de François Hollande, lui-même soumis à la pression d’Areva. Un négociateur socialiste avouera que ses camarades s’étaient aperçus, trop tard, qu’il était incohérent de maintenir un EPR (Réacteur pressurisé européen) et de démanteler la filière Mox.

De l’accord sur les désaccords, on passait donc au désaccord sur l’accord qui, après maintes péripéties et exégèses, s’est transformé en un compromis qui permet de maintenir la filière en litige, la défaite des écologistes sur ce point étant enrobée de circonvolutions. Mais ils peuvent cependant se flatter d’avoir obtenu des socialistes la promesse d’une réduction (de 75% à 50%) de la production d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025... à condition qu’ils n’oublient pas que les socialistes peuvent, s’ils sont en position de force, imposer de nouveaux délais pour cette réduction.

Mais comme les écologistes n’avaient pas le choix, leur conseil fédéral a entériné le 19 novembre l’accord avec les socialistes : comme naguère les communistes, les écologistes sont obligés de se soumettre pour bénéficier d’une distribution de circonscriptions. Mais un gros souci ne va jamais seul : l’attitude d’Eva Joly inquiète ses partisans. La candidate verte n’a pas pris part aux négociations avec les socialistes et elle n’a pas assisté à un conseil fédéral pourtant décisif. Les uns disent qu’elle veut prendre de la hauteur, les autres qu’elle est désemparée par la tournure des négociations et qu’elle songe à se retirer. La vie des Verts a toujours été riche en rebondissements.

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