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PROCHE ORIENT… Un équilibre fragile…

Samedi 19 juillet 2008, par Christian Wagner // Le Monde

À l’issue d’un bras de fer politique de six mois qui a laissé la présidence libanaise vacante et a dégénéré en conflit violent, le Qatar a obtenu de la majorité et de l’opposition, réunies à Doha, la conclusion d’un accord pour sortir de la crise.

L’élection de Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée comme douzième président du Liban comble un vide institutionnel, qui menaçait la pérennité du pays du Cèdre. Le Liban n’en demeure pas moins au bord du précipice. On reste confondu devant l’inconscience des politiciens libanais, toutes tendances confondues, toujours prêts à précipiter dans l’abîme un pays qu’ils traitent comme s’il s’agissait d’une propriété privée ou d’un champ de bataille pour se livrer à une guerre par procuration.

Il est vrai que le Liban pâtit de la compétition féroce à laquelle se livrent dans la région musulmans chiites et sunnites depuis l’intrusion en Irak des Américains. Sans compter que n’a jamais été vraiment résolu le conflit latent qui oppose entre elles les 17 communautés ethnico-religieuses, conflit qui a plongé le pays dans la guerre civile entre 1975 et 1990, pour le faire finalement tomber sous l’occupation Syrienne et israélienne.

Liban quel projet national ?

Certes, l’ancien Premier ministre Rafic Harriri a reconstruit la capitale du pays en revanche, il a échoué dans son dessein de refondation de la politique interconfessionnelle libanaise dans un projet national. Son assassinat, en 2005, dont tout accuse la Syrie et ses agents locaux, a eu sans doute pour conséquence le retrait des troupes syriennes mais il est aussi à l’origine d’une lutte féroce pour le pouvoir. D’autant plus que la montée en puissance de la majorité chute en Irak objet de toutes les inquiétudes des chefs d’État arabes sunnites qui y discernent le combat d’avant-garde de l’Iran chiite — à la suite de la guerre perdue par Israël contre le Hezbollah en 2006, n’a cessé d’augmenter la pression à Beyrouth. Plus que jamais le pays du Cèdre est l’otage des puissances régionales et de leurs clients. Alors même qu’aucun des problèmes qu’affronte le pays n’est vraiment réglé.

Tout au plus peut-on saluer, comme un signe encourageant, l’accession à la magistrature suprême d’un militaire intègre, dont l’impartialité reconnue est saluée au-delà des rangs de sa communauté chrétienne maronite. Son prédécesseur Émile Lahoud n’était jamais que l’homme-lige de Damas.

Agé de 59 ans, Michel Sleimane, né quelques années seulement après l’indépendance du Liban, près de la cité littorale de Byblos, au nord de Beyrouth, était le seul, ces derniers mois, à apparaître comme un recours, pour avoir su préserver habilement ses chances, en évitant de s’aliéner un camp ou un autre.

Nommé commandant en chef de l’armée en 1998 avec l’aval de l’occupant syrien, il n’a rien fait pour entraver, lors du « Printemps de Beyrouth », les gigantesques manifestations anti Syriennes, qui ont suivi l’assassinat de Rafic Harriri, l’origine du retrait syrien. Rien ne laisse à penser qu’il ait contribué à rendre mauvaises les relations de l’armée avec le nouveau gouvernement anti syrien de Fouad Siniora.

De même et inversement, c’est grâce lui si l’armée ne s’est pas opposée au Hezbollah et ses alliés lorsque les affidés du chiisme se sont emparés des fiefs sunnites de Beyrouth-Ouest. Il semble que la priorité de Michel Sleimane soit de préserver l’unité de l’année composé l’état major aux trois quarts de sunnites et de chrétiens et, pour une majorité, d’hommes de troupe chiites. N’oublions pas non plus que c’est lui qui a réussi le déploiement de l’armée libanaise (40 000 hommes dont un quart réputé opérationnel) au sud Liban en 2006. Un an plus tard, il a conduit avec le même succès l’écrasement des djihadistes retranchés dans le camp de Nahr el Bared, Tripoli. Ce qui a parla suite, fait rejaillir sur sa personne l’élan patriotique sans précédent dont a bénéficié l’armée.

Un « dialogue apaisé. »

Le nouveau président, dont la mission première est de restaurer l’image ternie de la fonction, va devoir par-dessus tout tenter de jeter des ponts sur le fossé qui sépare les deux grands blocs politiques. Son principal atout tient au fait qu’il est soutenu par la communauté internationale et tous les États de la région, inquiets devant l’explosion toujours possible du Liban, qui entraînerait tout le Proche-Orient dans une guerre sans fin opposant les chiites aux sunnites, les alliés de Washington, à ceux de Téhéran, ceux de Riyad ceux de Damas.

Le nouveau chef de l’État libanais va également devoir garantir le respect de l’accord passé à Doha, au Qatar. Ce dernier prévoit la formation d’un gouvernement d’Union nationale formé de 30 membres, dont 16 représenteraient la majorité et 11 l’opposition, les trois ministres restants devront être nommés par le Président qui a reconduit Fouad Siniora dans ses fonctions. Une autre clause porte sur la question cruciale, en vue des élections législatives prévues pour 2009, de la loi électorale. La diplomatie qatarienne peut se vanter d’avoir réussi en quelques jours, là ou d’autres, les Européens et particulièrement la France, malgré les efforts réitérés de Bernard Kouchner, ont échoué.

Dans son premier discours, en tenue civile, Michel Sleimane s’est posé en homme de dialogue, appelant les Libanais à dépasser leurs intérêts partisans pour instaurer un « dialogue apaisé » avec les « capacités de résistance » du pays, allusion au Hezbollah. Par ailleurs, il s’est montré ferme vis-à-vis du difficile voisinage avec Damas, prônant « les liens fraternels entre le Liban et la Syrie dans le contexte du respect mutuel de la souveraineté et des frontières de chaque pays ». Enfin, il s’est engagé à appuyer la mise en place du tribunal international destiné à juger les assassins de l’ancien Premier ministre, Rafic Harriri.

Il est encore trop tôt pour dire quel sera son véritable rôle dans les prochains mois. Tout dépendra notamment de sa capacité à constituer autour de lui un bloc politique, ce dont il est totalement privé à l’heure actuelle. Le premier à féliciter le nouvel homme fort du Liban pour son élection fut Nicolas Sarkozy qui a certainement voulu montrer par là, en se rendant si rapidement à Beyrouth, que son rapprochement avec les États-Unis et son soutien à Israël n’excluait nullement une attention particulière pour le pays du Cèdre.

L’épée de Damoclès du Hezbollah.

Si l’accord de Doha a permis aux factions libanaises de s’entendre pour organiser l’élection de Sleimane par le Parlement, il ne met nullement un terme à la crise. Il faut être clair : la paix fragile qui vient de s’établir à Beyrouth n’est aucunement le fruit d’un véritable compromis, mais d’une capitulation. L’accord de Doha ne fait qu’entériner sur le papier, le rapport de force tel qu’il s’est établi après le dernier coup dc force du Hezbollah.

Le « Parti de Dieu » a gagné sur toute la ligne. Non seulement il a obtenu son intégration dans le futur gouvernement, mais également le droit de veto sur l’ensemble des décisions du gouvernement, d’Union nationale, qui doit être formé. Pire, il conserve ses armes et sa milice, en dépit de la résolution du conseil de sécurité de l’ONU exigeant son désarmement. Enfin, le Hezbollah n’a nullement renoncé à son propre réseau téléphonique installé par des techniciens Iraniens, en utilisant l’infrastructure du réseau de l’État, et qui va de Beyrouth au sud-Liban, avant de remonter plus à l’est, dans la plaine de la Békaa.

Voilà qui permet au Hezbollah de mobiliser ses troupes très discrètement, à tout moment, que ce soit contre les Casques bleus ou que ce soit pour mener des assauts depuis son fief de Dahiye contre Beyrouth Ouest et la montagne druze, ou depuis Tyr et Nabatiyeh jusqu’à la capitale. Enfin et de plus, grâce à son réseau proche de la frontière syrienne, le parti de Nasrallah peut recevoir clandestinement toutes les armes désirées. Un trafic auquel l’armée Libanaise n’a aucunement les moyens de s’opposer. Alors même que les Occidentaux hésitent à équiper et armer directement l’armée libanaise, de peur que les armes ne se retrouvent dans les mains du Hezbollah face à Israël !

En définitive, pour le « Parti de Dieu » et ses parrains iranien et syrien, c’est une victoire de plus, avec un « arc chiite » qui sort de la crise renforcée. D’autant plus que les deux soutiens traditionnels du pays du Cèdre, la France et les États-Unis, n’ont joué aucun rôle à Doha, tandis qu’à Beyrouth, les alliés sunnites, chrétiens et druzes des Occidentaux, sortent affaiblis de l’épreuve. Si le « Parti de Dieu » a obtenu ce qu’il souhaitait, à savoir demeurer un État dans l’État, cette victoire à un prix. En retournant ses amies contre des Libanais, il s’est démasqué. Désormais il va devoir faire preuve de prudence, car le moindre de ses mouvements ne manquera pas d’être interprété comme une action des chiites contre les autres communautés, les chrétiens, les sunnites et les druzes.

On ne saurait isoler ce qui se passe au Liban des négociations israélo-syriennes menées sous les auspices de la Turquie. Tout à commencé début 2004 lorsque le président Bachar el-Assad a effectué une visite officielle à Ankara, la première depuis l’indépendance de la Syrie, en 1946. À cette occasion, le numéro un syrien proposa au Premier ministre turc Recep Tayzip Erdogan d’utiliser ses bonnes relations avec Israël pour relancer le processus diplomatique entre Damas et Tel-Aviv, bloqué depuis le printemps 2000, après la rencontre entre Hafez el Assad et le président Bill Clinton. A l’époque, les discussions avaient achoppé sur la question du plateau du Golan, conquis en 1967 par Israël et dont la Syrie réclame la restitution totale jusqu’aux rives du lac de Tibériade, principale réserve d’eau douce de l’État hébreu. C’est Ibrahim Suleiman, homme d’affaires américain d’origine syrienne, de confession Alaouite et connu des Israéliens qui servit d’abord d’intermédiaire discret. Par la suite, c’est Nicolas Lang l’envoyé spécial de la Suisse au Moyen-Orient qui a repris le flambeau. Ce nouvel intermédiaire devait soulever la question de l’alliance entre la Syrie et l’Iran. Ce à quoi les autorités de Damas devaient répondre que c’était le boycott des États-Unis qui jetait le régime alaouite syrien dans le giron du régime chute radical de Téhéran.

Bien qu’Israël et la Syrie soient formellement en état de guerre depuis 1948, tout en ayant signé des accords d’armistice ou de cessez-le-feu, on sait qu’à la suite d’Ehoud Olmert deux de ses conseillers, Shalom Turjman et Yoram Tnrbowicz, se sont à plusieurs reprises rendus récemment à Ankara, parallèlement avec des responsables syriens.

On a même eu droit à l’annonce, par le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Mouallem, de l’engagement qui aurait été pris par Israël de se retirer totalement du Golan jusqu’à la ligne du 4 juin 1967. Enfin, alors que ces pourparlers de paix sont engagés entre Damas et l’État hébreu, un grandiose projet visant à acheminer de l’eau depuis la Turquie et à pourvoir aux besoins de la Syrie, de la Jordanie et de l’Autorité palestinienne, rencontre des échos favorables.

Revirement à Damas ?

Alors même que Damas vient d’ouvrir ses portes aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le président Bachar el Assad a envoyé un signal fort à la communauté internationale en écartant son beau-frère, le tout puissant général Assef Shawkat, patron des renseignements militaires, soupçonné par la communauté internationale d’avoir trempé dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Harriri, en 2005. Il en ressort que le poids des renseignements militaires dans l’appareil sécuritaire syrien a décliné au profit des renseignements généraux du général Ali Mamlouk Sans remettre en cause, pour l’instant, son alliance avec l’Iran et le Hezbollah, Damas se tourne apparemment vers l’Occident pour sortir de son isolement.

C’est pourquoi le chef de l’État Français, sans être dupe du jeu de la Syrie, a décidé d’encourager Damas à poursuivre dans cette voie. C’est ainsi qu’une mission française s’est rendue dans la capitale syrienne menée par le conseiller diplomatique du président, Jean-David Levitte, et par le secrétaire général de I’Élysée, Claude Guéant. On apprend par ailleurs que le président Bachar el Assad serait présent à Paris pour le défilé du 14 juillet. Déjà, le ministre syrien de la culture, Riad Naassane-Agha, a effectué une visite officielle à Paris, la première d’un membre du gouvernement syrien depuis trois ans, visite au cours de laquelle il a été reçu par son homologue français, Christine Albanel. Enfin, le président syrien aurait envisagé pour la première fois l’ouverture d’une ambassade au Liban « lorsque la situation politique se sera stabilisée. »

Sommes-nous devant une géopolitique nouvelle et qui serait imprévue au Proche et Moyen-Orient ? Il convient d’être prudent car ce qui se passe à Damas est toujours très mystérieux. Sortir la Syrie de la sphère iranienne ne sera pas aisé, tant les relations sont devenues étroites entre Damas et Téhéran. Reste que Damas semble vouloir mener une politique plus pragmatique, ouverte aux sunnites qui forment la majorité à l’intérieur du pays. Cette politique semble se joindre à la conception d’une alliance économique et stratégique avec la Turquie et l’apaisement avec l’État d’Israël. Ce qui n’est nullement à l’ordre du jour à Téhéran.

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