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POLITIQUE : Ségolène séduit outre-Manche

Vendredi 20 avril 2007, par Courrier International // La France

L’éditorialiste britannique Andreas Whitam Smith a été impressionné par la méthode Royal, qui ne manquera pas, selon lui, de faire des émules au-delà des frontières de l’Hexagone.

THE INDEPENDENT
Londres

Le 11 février, la candidate socialiste à l’élection présidentielle a enfin précisé son programme. Mme Royal avait obstinément résisté à tous ceux qui lui avaient demandé de dévoiler ses propositions plus tôt, à l’instar de son principal rival, Nicolas Sarkozy, même si cette longue pause a écorné sa popularité dans les sondages. Elle était décidée à attendre la fin d’un laborieux processus de consultation de la population, et non des seuls membres du Parti socialiste. L’initiative a reçu un accueil enthousiaste. Quelques 135 000 contributions ont été soumises, et 2,7 millions de personnes ont participé aux débats.
La démarche est fort audacieuse, car, il y a quelques mois à peine, le Parti socialiste avait lui-même bouclé un douloureux débat interne qui avait débouché sur un long programme censé devenir celui de sa candidate officielle. C’était le programme des militants. Mais, une fois choisie comme porte-drapeau, Mme Royal a recommencé de zéro. Elle a présenté ses propositions comme un pacte solennel conclu avec le peuple français. « J’ai écouté. J’ai fait une synthèse de ce que vous, le peuple, vous croyez être les meilleures politiques pour la France. Je m’engage solennellement à réaliser vos souhaits. », a-t-elle déclaré en substance. Voilà vraiment une nouvelle façon de faire de la politique, même si elle s’inscrit dans l’air du temps.
Au cours de ce meeting, la candidate a fait cent propositions pour une « France plus juste et plus forte », un nombre assez important pour suggérer qu’une présidence Royal serait très différente de celles qui l’ont précédée. Dans le lot, il y en a forcément quelques-unes sans lesquelles une victoire de la gauche serait impossible. Ainsi, elle aura l’intelligence de relever le SMIC et les retraites. Mais, en se focalisant sur ces promesses accrocheuses, son discours peut paraître plus conformiste qu’il ne l’est. Elle a en effet passé en revue tous les grands thèmes : coût de la vie, emploi, éducation, sécurité sociale, délinquance, environnement, et ainsi de suite. Et, dans chaque cas, elle a appliqué la même méthode. Elle a d’abord décrit ce qu’elle avait appris des débats participatifs avec les électeurs de base. Puis elle a avancé une série de propositions fondées sur les points de vue exprimés. Pour preuve, le sujet intitulé « Une nouvelle République ». Il traite du sentiment d’aliénation éprouvé par l’homme de la rue devant le processus de décision étatique. La candidate socialiste a découvert que les gens souhaitaient voir leurs élus mener la même vie qu’eux. Pour cette raison, ils désapprouvent la possibilité pour un élu de cumuler un mandat de maire ou la présidence d’une région avec un siège à l’Assemblée nationale et un portefeuille ministériel. Par ailleurs, les personnes consultées ont appelé de leurs vœux la généralisation du scrutin à la proportionnelle lors de toutes les consultations, et seraient même prêts à envisager le vote obligatoire avec la possibilité de voter pour « aucun des susnommés ». Quelque dix-huit propositions ont suivi ces discussions. L’une d’entre elles prévoit l’établissement de la démocratie participative et de jurys citoyens dans tous les organes publics. En outre, les citoyens ordinaires seraient en mesure d’exiger le réexamen d’une loi s’ils recueillaient 1 million de signatures dans ce sens.
On ne saura pas avant quelques semaines si la manière Royal d’aborder la politique peut réussir à enflammer l’imagination des électeurs. A tout le moins, ses techniques participatives ont suscité des idées originales et intéressantes en matière de débat politique. Rien ne dit qu’elles fonctionneront bien sur la durée. Mais ce n’est pas exclu. Et, si ces méthodes attirent effectivement des partisans enthousiastes, elles ne manqueront pas d’être imitées ailleurs, même en Grande-Bretagne, avec ses traditions et son fonctionnement politique si particulier.
Andreas Whittam Smith

Commentaires : Triste Jeanne d’Arc des faibles et des démunis

Les propositions de Ségolène Royal n’ont pas convaincu le quotidien économique allemand, qui n’y voit qu’un retour au socialisme d’antan.

Longtemps, le cap politique choisi par Ségolène Royal est resté une énigme pour ses compatriotes. Enfin, les Français en ont eu la certitude : la candidate socialiste à la présidentielle est clairement à gauche. Dans son programme, elle n’a exclu aucun avantage social. Chômeurs ou retraités, bénéficiaires de l’aide sociale ou du salaire minimum : la Jeanne d’Arc des faibles et des démunis veut tous les rendre heureux quand elle sera présidente. Et qui paiera pour tout ça ? Ségolène Royal n’a pas consacré un seul mot à ce sujet dans son discours de près de deux heures. Pourtant, elle connaît bien la situation des finances de l’Etat français. Elle en a même brossé un tableau tout à fait morose, expliquant comment l’accumulation des dettes et le service de l’intérêt réduisent toujours plus la marge de manœuvre politique. Elle se contente d’en rejeter entièrement la faute sur son adversaire politique, sans seulement s’attarder à ébaucher une proposition de solution.
Conformément à la vieille et déplorable tradition républicaine, Ségolène Royal entraîne les Français dans sa foi socialo-romantique en la toute-puissance de l’Etat et de son plus haut représentant. Ce qui était un peu inattendu de la part de celle qui incarnait tous les espoirs. L’an dernier encore, elle avait donné l’illusion de vouloir moderniser le Parti socialiste et l’adapter au XXIe siècle et à la mondialisation, ce qui avait suscité quelques contradictions chez les anciens du parti.
Pourtant, dans le conflit entre la candidate et l’appareil du parti, il semble bien que ce soit ce dernier qui l’ait emporté. Et non seulement Ségolène Royal veut rénover l’Etat-providence, mais elle compte même l’exporter en Europe et dans le monde entier. L’Union monétaire européenne devra se soumettre à des critères sociaux, et avec elle l’Organisation mondiale du commerce. La mission historique de la Grande Nation est toujours bien vivante, du moins chez la dame en rouge.
Ruth Berschens, Handelsblatt, Düsseldorf

PROGRAMME : La candidate du statu quo
 
L’automne dernier, Ségolène Royal avait séduit la France en promettant de briser les tabous de la gauche. Le dimanche 11 février, elle s’est officiellement réincarnée en socialiste traditionnelle. L’idée de faire entrer le dernier grand Parti socialiste à l’ancienne d’Europe dans le XXIe siècle semble donc avoir vécu. Adieu les mots gentils qu’elle avait eus pour le New Labour de Tony Blair, fini sa remise en cause de la semaine de trente-cinq heures. Elle qui avait pourtant mis la gauche française au défi de considérer la mondialisation sous un jour positif a préféré s’en prendre au « règne débridé du capitalisme fou et du libéralisme sauvage », phrase qui a eu le don de plaire à son extrême gauche. Elle a même rejeté la faute de ses récents ennuis sur les « conglomérats de la finance et des médias ».
Dans l’ensemble, son programme national est vague là où il devrait être concret, et, en dehors de quelques fioritures originales comme l’instauration de jurys citoyens et de camps d’entraînement de style militaire pour les délinquants, elle n’a fait que remâcher le dogme socialiste. Sur le plan international, Mme Royal s’est montrée plus modérée, cherchant à faire oublier une succession de fausses notes. Rompant légèrement avec la doctrine socialiste, elle a répété sa ferme opposition à un Iran doté de l’arme nucléaire. Elle s’est montrée polie vis-à-vis d’Israël et s’est engagée à faire preuve de vigilance sur les violations des droits de l’homme en Afrique, en Chine et en Russie.
Tout cela ne nécessitait pas un grand courage. Quand il s’est agi de faire des propositions concrètes, son discours est resté dominé par un ton anticapitaliste. « Je ne veux pas d’une Europe qui ne serait qu’une zone de libre-échange adossée à l’OTAN ». Autrement dit, sa France continuerait de s’opposer à l’ouverture du marché unique, à la réduction des subventions agricoles et à la libéralisation des échanges. Si l’on fait la somme de tout cela, on voit clairement que Ségolène Royal est la candidate du statu quo. Or, si une chose est claire à dix semaines du premier tour de l’élection, c’est que le peuple français espère du changement avec son prochain président. Elle a renforcé son flanc socialiste, ce qui risque de lui coûter cher. Le même jour, Sarkozy poursuivait son offensive pour s’emparer du centre, en affirmant, lui, s’adresser « à tous les Français ».
The Wall Street Journal (extraits), New York

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