PÉDOPHILIE DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE.

Pourquoi Benoît XVI ne doit pas démissionner.

Dimanche 18 avril 2010, par Jean Paul Tedga // La Religion

Depuis la publication en novembre 2009, en Irlande, d’un rapport faisant état d’abus pédophiles de prêtres couverts pendant des décennies par leur hiérarchie, des dizaines de cas ont été révélés dans l’Allemagne natale de Benoît XVI, en Autriche, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse, et très récemment, en France. Déjà visé comme chef de l’Eglise, le pape est désormais directement touché. Sur la base de documents tirés par la justice américaine des archives du diocèse de Wisconsin aux Etats-Unis, le New York Times a mis en évidence que l’évêque de ce diocèse avait demandé, en 1996 et 1997, à la Congrégation pour la doctrine de la foi dont le cardinal Joseph Ratzinger (actuel pape) était le préfet, que le père Murphy, auteur de 200 abus sexuels sur des enfants sourds dans un établissement spécialisé entre 1950 et 1974, soit réduit à l’état laïc.

Dans un premier temps, le Vatican avait donné son accord pour lancer cette procédure. Mais, à la suite d’une lettre personnelle adressée directement au cardinal Ratzinger par le prêtre incriminé, le Vatican est revenu sur sa décision de le sanctionner. Le Vatican a reconnu les faits mais a justifié la décision de maintenir son état sacerdotal au Père Murphy pour quatre raisons : le « grand âge » du prêtre ; sa « mauvaise santé » ; le fait qu’il vivait déjà « reclus » du monde ; le fait « qu’aucune allégation d’abus sexuels de sa part n’avait été enregistré depuis vingt ans ». Et à deux conditions : « Retirer le Père Murphy de tout ministère public et lui demander de reconnaître la pleine responsabilité de ses actes ».

Cette nouvelle affaire intervient deux semaines après celle qui avait visé le même Joseph Ratzinger quand il était archevêque de Munich. Le Süd-deutsche Zeitung avait découvert qu’un prêtre pédophile avait été hébergé dans ce diocèse en 1980 pour suivre une thérapie mais qu’il avait été remis en service. Décision assumée « par le vicaire général », avait affirmé le diocèse. Mais le prêtre avait abusé sexuellement d’autres enfants par la suite...

Ces différentes révélations surviennent à un très mauvais moment pour le pape et l’église catholique. Voilà pourquoi certaines personnes pensent que Benoît XVI devrait démissionner dans le but de réhabiliter l’église catholique aujourd’hui totalement discréditée. Je pense, qu’il y a une confusion de genre quand il est demandé au pape de démissionner. Est-ce en le faisant partir que l’église catholique sera éradiquée de ses prêtres pédophiles ? Je ne crois pas. Un bon capitaine ne fuit pas au moment où sa barque prend l’eau. Il affronte la tempête. Je le dis en tant qu’homme libre, en faisant intervenir, au maximum, mon bon sens. Benoît XVI, en tant que pape, est-il comptable des agissements des cardinaux, évêques et prêtres qui exercent leur sacerdoce de par le monde ? Je dirais « oui » administrativement et « non » spirituellement : Il est leur chef au niveau de l’église et de l’Etat du Vatican. Mais devant Dieu, c’est chacun qui est responsable.

La démission de Benoît XVI n’apporterait donc pas de réponse de fond au problème de la pédophilie qui se pose. L’église catholique compte des brebis galeuses comme dans toute société. Quand Benoît XVI est allé au Cameroun et en Angola, l’année dernière, j’avais souhaité qu’il dénonce l’homosexualité qui tend à gagner beaucoup d’espace dans les mœurs des Africains. J’avais aussi espéré qu’il condamne les prêtres camerounais qui font des enfants au vu et au su de leurs fidèles sans avoir honte ni peur de Dieu. Le pape dans ses homélies en a tenu compte, dans un langage feutré que peu de fidèles ont appréhendé. Nous attendons qu’il apporte des solutions à ces maux qui sont loin d’être simples à résoudre. Il en est de même de la pédophilie.

Invitons donc le pape à utiliser la parole de Dieu, c’est-à-dire, la sagesse, son influence en tant que chef de l’église et la responsabilité qui est la sienne, pour aider à crever cet abcès dont trop de jeunes victimes innocentes ont payé le prix à coût de vies gâchées. Il faut lui donner le crédit de la volonté de clarifier ce passé et de garantir l’avenir.

De nationalité allemande, Benoît XVI avec ses 82 ans qu’il ne fait pas, n’est ni flexible, ni malléable, ni manipulable. Sa feuille de route n’a pas été établie par les hommes. Ce n’est donc pas à eux de lui montrer la voie à suivre. Il n’est pas là pour séduire, ni pour faire plaisir. Il sait qu’il doit remettre l’église catholique sur les rails, que ses méthodes plaisent ou non, afin que les personnes qui ont en charge de promulguer la parole de Dieu avec tous les principes moralisateurs qui en découlent, deviennent irréprochables. C’est aussi la seule façon de repeupler les églises aujourd’hui désertes.

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