"PAPIERS" : Source de divorce en Europe

Mardi 29 novembre 2005, par NKANSA’S Nenthor // Divers

Peut-on concilier l’amour avec le matériel en Europe ?

Arrivés en Europe à fleur d’âge, beaucoup de jeunes découvrent, abasourdis, les dures réalités de Mikili . Certains sont, dès le premier mois, rejetés par leurs propres familles (oncle, tante, cousin, ... et même frère !). Les raisons, ou plutôt les prétextes, sont nombreux : sorcellerie, incompatibilité des mœurs, financier (le nouveau venu ne contribue pas dans le budget de la maison : facture EDF-GDF, téléphone, nourriture, ...). Abandonnés à leur triste sort et souvent dépourvus des ressources financières, certains ont passé, en plein hiver, des nuits entières dans des souterrains de métro. Recueillis par des inconnus et partis du néant, ils ont pu, petit à petit, bâtir leurs chemins. Aujourd’hui, ils sont cités en exemple. Ceux qui, autrefois, s’étaient publiquement moqués d’eux, prennent leurs tangentes et évitent de les rencontrer. D’autre part, la stabilité administrative symbolisée notamment par le « mukanda » a poussé beaucoup des personnes à opérer des choix, souvent douloureux. Plusieurs couples, fiancés au départ, ont été brisés faute des « docs ». Ni l’amour encore moins les galères passées ensemble n’arrivent à raisonner le/la partenaire rebelle. La recherche d’une vie plus aisée incite certaines filles à se livrer cadeau au prétendant, détenteur du précieux sésame.
En Europe, le matériel (belle voiture, habits de marque, appartement bien équipé, ...) prime sur l’amour. « Aza na mbongo te pe mukanda te » ( il n’a pas argent encore moins des papiers), disent les membres de la famille et les amis. Endoctrinée et matraquée sur le plan psychologique par les siens, la jeune fille cède au plus offrant. Elle balaie d’une main tout le chemin parcouru (5, 8 voire 10 ans d’amour commencé au pays) avec son ancien prince charmant, en délicatesse financière. Les hommes ne sont pas en reste. Mis devant un fait accompli et face à la tournure « dramatique » des événements (rejets, situation financière précaire, ...), ils recourent au chemin le plus court : épouser une femme (peu importe son caractère !) capable de lui donner ce qu’il cherche tant. Ils oublient leurs moitiés restées au pays. Tous les moyens sont bons pour se débarrasser d’elles : dispute, faux-fuyants, ... Peu de gens arrivent à avouer la vérité et expliquer clairement la situation. Les jeunes filles, déçues et au bord de la déprime nerveuse, ne savent pas à quoi s’en tenir. Ah ! amour, quand tu nous déçois !!!
Très peu sont ceux qui en dépit de toutes ces considérations (pression de la famille, appât du matériel, ...) s’accrochent et donnent raison à l’amour, le vrai. « Mukanda ou pas, je vais l’épouser ». Sans papiers, le couple se casse en mille morceaux pour s’en sortir. L’homme fera toute sorte de boulots (électricien, peintre, vigile, ...) pour nourrir son foyer, la femme également contribue tant soit peu (femme de chambre, caissière, femme de ménage, ...). Les enfants naissent parfois aussi dans cette galiote. Peu importe, des lendemains meilleurs les attendent. Les jours passent et de nouvelles portent s’ouvrent. La situation commence à s’améliorer (achat d’une voiture, d’un pavillon, ...) ; les enfants grandissent, loin de la situation vécue par les parents. Puis, un beau jour, « les papiers » tombent du ciel (comme du temps de Moïse). Les uns crient et boivent la bière à gogo, d’autres remercient simplement l’Eternel pour sa grâce. Une fois adulte, les enfants apprendront, larmes aux yeux, l’histoire de leurs parents. Quelle bravoure ! Chacun étant artisan de son propre sort, il est plus que temps de laisser aux uns et aux autres la liberté d’assumer pleinement leurs choix. D’autres personnes « sans papiers », « ngounda » de surcroît, vivent de loin mieux que les autres, résidents permanents. L’amour doit primer sur toutes les considérations matérielles, du reste, éphémères.
Paris, le 24 février 2004

MBIENGA NKANSA Erick
Ecrivain - journaliste indépendant

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