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PALESTINIENS

Leurs rêves d’avenir.

Vendredi 30 avril 2010 // Le Monde

À l’heure où le processus de paix semble bloqué, les Palestiniens réfléchissent plus que jamais à leur avenir. Le plan du Premier ministre Salam Fayyad visant à créer un État en 2011, est-il viable ? Peut-on construire une économie et des institutions sous l’occupation israélienne ? Quelles seraient les conséquences d’une nouvelle Intifada ? Intellectuels, politiques et représentants de la société civile évoquent leurs espoirs et leurs craintes.

L’An prochain à Jérusalem. Créer un État de facto d’ici à 2011, tel est le plan du Premier ministre palestinien Salam Fayyad.

Les Palestiniens ont enfin commencé à changer d’attitude. Au lieu de maudire l’occupation, la nouvelle stratégie vise à édifier l’État palestinien tant désiré. L’idée est de contraindre les Israéliens à venir à la table des négociations plutôt que de les en prier. Et, pour cela, il s’agit de travailler à la création d’un État comme s’il y avait des négociations.

En proposant de bâtir un État de facto dans les deux ans à venir, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, a eu une idée de génie, qu’il sera difficile d’ignorer ou de rejeter. Son plan, rendu public en août 2009 et élaboré au terme de semaines de discussions avec ses ministres et ses conseillers, prévoit de mettre fin à la dépendance de l’économie palestinienne vis-à-vis d’Israël et d’harmoniser le système judiciaire. Il prévoit également de construire des infrastructures, de mettre en valeur les ressources naturelles, y compris l’eau, et d’améliorer le logement, l’éducation et l’agriculture. La construction d’un aéroport dans la vallée du Jourdain, la restitution de celui de Qalandia [ce petit aéroport international, appelé Atarot par l’Israélien et situé au nord de Jérusalem, n’est plus opérationnelle depuis le début du deuxième Intifada, en 2000] et la création d’une raffinerie de pétrole est parmi les idées évoquées dans le plan Fayyad.

Le Premier ministre, ancien économiste de la Banque mondiale, a confié au Times de Londres qu’il avait rendu public son plan afin de « mettre fin à l’occupation, en dépit de l’occupation. » « Nous avons décidé de hâter la fin de l’occupation en travaillant dur à construire des choses tangibles sur le terrain, de façon qu’on ne puisse ignorer l’émergence de notre État », a-t-il ajouté.

Jusqu’à présent, les Palestiniens posaient comme condition à la paix le départ d’Israël des Territoires occupés. Les Israéliens et la communauté internationale ont ainsi pu annoncer des centaines de plans de paix, et tout ce que les Palestiniens pouvaient faire était de dire non à tout ce qui ne correspondait pas à leur position officielle. Incapables de faire une contre-position, les Palestiniens passaient pour ceux qui rejettent les offres de paix.

La tentative de Bill Clinton et d’Ehoud Barak lors du sommet de Camp David avec Yasser Arafat [en 2000] est peut-être le meilleur exemple de ces cas où Israël a pu se prévaloir d’une offre généreuse rejetée par le camp palestinien.

En prenant l’initiative et en s’engageant énergiquement sur la voie de l’édification d’un État Palestinien plutôt que dans le combat contre l’occupation, Fayyad est en mesure de conserver pour son État, les frontières d’avant juin 1967, que les Palestiniens acceptent, tout en apparaissant aux yeux de tous comme un dirigeant modéré. S’il s’agit d’un État de facto proclamé par un camp, les Palestiniens ne sont pas obligés de faire des compromis sur les frontières. Si l’autre camp veut des compromis, il doit montrer qu’il souhaite réellement la paix à la table des négociations.

Fayyad, préfère l’idée d’un État de facto, à la proclamation unilatérale d’un l’État Palestinien, en raison d’une résolution du Congrès américain, exprimant l’opposition du Congrès à la proclamation unilatérale d’un État palestinien ; et, demandant instamment au président d’affirmer clairement l’opposition des Etats-Unis à une telle proclamation. Le plan en deux ans de Fayyad semble bien plus réaliste que la promesse d’État indépendant en un an faite en 2008, par George W. Bush aux Palestiniens. Il sera difficile pour les groupes radicaux palestiniens, qu’ils soient nationalistes ou islamistes, de s’opposer à ce plan. Celui-ci ne fait pas de concessions sur Jérusalem comme capitale du futur État ou sur le droit au retour des réfugiés Palestiniens, et, est donc conforme à la ligne qui fait consensus chez les Palestiniens.

La méthodologie pour parvenir à la création d’un État est intéressante. Rendu public juste après le congrès du Fatah, où le parti a abandonné la résistance armée au profit de la résistance populaire non-violente, le plan Fayyad offre une alternative claire à la militarisation de l’Intifada et aux tirs de roquettes gratuits contre Israël dénoncés par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Même les Israéliens auront du mal à s’y opposer publiquement. Le plan va dans le sens plutôt qu’il ne contredit l’idée de paix économique entre Israéliens et Palestiniens du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, tout en mettant en évidence la futilité de la poursuite de la colonisation dans des secteurs qui sont au cœur de ce plan pour un État palestinien de facto. 

 Un État, deux États, trois États.

Jusqu’à la guerre des Six-Jours de 1967, les Arabes et les Palestiniens prônaient la libération de la Palestine et la destruction de l’entité sioniste. Mais la défaite arabe de 1967 va remettre en question cette incapacité à imaginer concrètement l’avenir. Affranchie de la tutelle des pays arabes, la jeune organisation de libération de la Palestine (OLP) propose comme solution au conflit la création d’un seul Etat palestinien souverain et démocratique, rassemblant juifs, chrétiens et musulmans.

Ce n’est qu’en 1977, que l’OLP se prononce officiellement en faveur de deux Etats, avec le projet de création d’un Etat palestinien sur toute partie libérée du territoire, et donc la reconnaissance de facto de l’Etat d’Israël.

À partir des années 1980, le concept de deux États gagnera de larges pans de la population israélienne, consciente des dangers de l’occupation de la Cisjordanie et des menaces démographiques arabes sur la judaïté d’Israël. La première Intifada, déclenchées en 1987, et la première guerre du Golfe vont forcer le gouvernement israélien à participer en 1991, à Madrid, à une conférence internationale en présence d’une délégation palestinienne. La reconnaissance de l’OLP par Israël ainsi que la création de l’Autorité palestinienne sur des territoires en Cisjordanie et à Gaza seront les premiers signes de l’émergence d’une entité palestinienne sur le terrain. Mais l’échec du processus de paix et l’accélération du mouvement de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est rendant difficile la création d’un État palestinien viable, cela va pousser de nombreux Palestiniens jadis acquis au concept de deux États à rejoindre les plus radicaux et à réclamer à nouveau un seul État binational.

Pour la droite israélienne, les Palestiniens ont déjà deux entités étatiques qui se font la guerre : l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et le gouvernement du Hamas à Gaza, sans compter l’État palestinien qu’est à leurs yeux la Jordanie.

Les doux mirages de Ramallah.

La capitale de l’Autorité palestinienne semble prospère, organisée et calme. Pourtant, il suffit qu’une Jeep israélienne traverse la ville pour que cette apparente normalité s’effondre. Ramallah peut donner l’impression que tout y va beaucoup mieux que dans les autres villes de Cisjordanie. La capitale de l’Autorité palestinienne essaie de se donner des airs de vraie capitale d’un véritable Etat, avec sa résidence présidentielle (la Mouqataa) et ses gardes postés devant, ainsi que ses bâtiments ministériels d’un blanc éclatant. Elle reste néanmoins une petite ville d’un calme de sous-préfecture.

Ramallah voudrait bien grandir et accueillir de nouveaux habitants, mais l’espace y est compté, ce qui fait grimper les prix de l’immobilier. L’un des habitants explique que des terrains constructibles peuvent atteindre les 450 000 dollars (333 500 euros) l’hectare dans les faubourgs et jusqu’à 15 millions de dollars (11 millions d’euros) dans le quartier commerçant du centre. Et, évidemment, certains propriétaires attendent de vendre parce qu’ils pensent que les prix vont encore augmenter.

Siège de la plupart des administrations, Ramallah abrite une population prospère de fonctionnaires bien payés, qui vivent dans des logements corrects, roulent dans des voitures récentes et bénéficient de privilèges dont les autres ne peuvent que rêver. Tout cela pour un travail qui ne demande pas énormément d’efforts, voire pas d’effort du tout. Quand on entre dans l’une de ces administrations, on remarque tout de suite que beaucoup de fonctionnaires sont de la jeune génération. Car l’Autorité a cherché à écarter les anciens, ceux qui ont participé à la première Intifada (1987-1993) et qui ont été membres d’un parti, d’une faction ou d’un groupe militant. Sous prétexte d’appliquer l’âge légal de départ à la retraite (qui vient d’être porté de 60 à 65 ans) ou en leur proposant de généreuses retraites anticipées, on les remplace par plus jeunes qu’eux. Les nouvelles recrues sont envoyées dans les pays arabes voisins pour une formation militaire ou administrative. On leur apprend à raisonner en termes d’institutions, et non de loyauté à l’égard d’une personne, et à exécuter les ordres de leur hiérarchie sans barguigner.

Ainsi, vous serez accueilli par des jeunes tirés à quatre épingles et d’une politesse exquise. Ils donnent des marques de respect pour des personnes d’un certain âge. Plus personne ne dit « frère » ou « camarade », comme cela se faisait auparavant. Le but est de passer de l’époque du mouvement de résistance et de l’idéal révolutionnaire à celle de l’État, même si celui-ci n’en a pas tous les attributs. Pour les habitants, toutefois, la situation n’est pas facile, et elle est même pire sous l’Autorité qu’elle ne l’était sous l’occupation. C’est ce que nous explique le chercheur Walid Salem. Avant les accords d’Oslo [1993], il pouvait traverser Jérusalem pour se rendre à son travail. Il avait alors le statut de citoyen jordanien résidant à Jérusalem, tandis qu’aujourd’hui il est considéré comme apatride, résidant sur un territoire disputé. De ma maison à Choufat, je traverse la Colline française, aujourd’hui « israélienne », puis la porte Al Amoud, puis le quartier Chèikh Jar-rah, qui a été vidé de ses habitants palestiniens. Où que je regarde, je vois la présence juive à Jérusalem-Est. Aujourd’hui, sily a quelque 250 000 habitants palestiniens, pour 200 000 Juifs." Et d’ajouter : « Essayez donc de savoir ce que l’Autorité a à dire de cette menace qui plane sur la ville. Vous ne trouverez rien. Cela ne fait pas partie de leurs priorités. »

C’est que les gens de Ramallah vivent dans un calme artificiel qui leur fait oublier l’impasse dans laquelle se trouvent la cause palestinienne et les dangers qu’elle encourt, notamment sous l’effet de la colonisation. Mais Ramallah échappe-t-elle vraiment à la colonisation ? En réalité, une grosse colonie s’étale tout près, à l’Est. Appelée Psagot, d’une surface comparable à celle de Ramallah mais surplombant la ville, elle forme un véritable mur qui empêche tout développement urbain dans cette direction, explique Mahmoud Khalifa, un habitant de Ramallah. Sans parler du barrage routier de Jabaa, qui coupe Bethléem de l’est de Jérusalem. Tout cela donne un caractère factice à l’ambiance qui règne à Ramallah. Il suffirait que les Israéliens donnent quelques instructions à leurs soldats pour que tout s’effondre.

Car l’essor économique de la ville demeure ainsi à la merci du premier accroc qui pourrait survenir dans les relations avec Israël. Ce risque d’un soudain effondrement est d’autant plus grand que les disparités se sont accrues entre la capitale et le reste de la Cisjordanie. En plus, on a donné la priorité à la consommation immédiate, au détriment de projets d’investissement à long terme. Cela ravit les classes moyennes et permet aux capitalistes d’engranger des bénéfices rapides. Et, pour couronner le tout, beaucoup d’argent a été dilapidé. Ainsi, la prospérité de la ville est l’enfant illégitime du couple formé par les capitaux palestiniens et une bureaucratie corrompue.

Seule ville de Cisjordanie qui échappe au poids des traditions et des tribalismes locaux, Ramallah appartient à tous ses habitants, contrairement à Naplouse ou à Hébron, qui n’appartiennent qu’aux gens du cru. Cela se reflète même dans le conseil municipal, dont certains membres sont originaires d’ailleurs. Tout indique qu’elle va vers davantage de prospérité. Elle est bien placée pour devenir la capitale de l’Etat palestinien, et ce dans l’attente d’un règlement définitif, qui risque fort de se prolonger ad vitam aeternam. Elle abrite les principaux centres de recherche, ainsi que les sièges de grandes entreprises et de banques. Des milliers de logements sont prêts à accueillir de nouveaux habitants. Pourtant, il suffit du passage d’une simple Jeep israélienne avec quatre soldats à bord pour rappeler qu’elle se trouve en Cisjordanie et que la Cisjordanie est occupée. Des signes de prospérité qui ne peuvent faire oublier les vrais problèmes.

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