PAIX Tchad-Soudan.

Il faut soutenir l’initiative d’Idriss Déby Itno

Mercredi 3 mars 2010, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Le Soudan et un important groupe rebelle du Darfour ont signé samedi 20 février, à N’Djamena, une trêve et un accord pour des négociations de paix directes entre les deux parties. C’est une bonne nouvelle pour les présidents du Soudan, Omar El Béchir, et du Tchad, Idriss Déby Itno, tous deux engagés dans un processus qui doit les conduire incessamment à des élections. Cet accord encadrera les négociations de paix directes entre Khartoum et le JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité) que soutient et arme N’Djamena. Ces négociations qui viennent de s’ouvrir à Doha au Qatar, concerneront le partage des richesses et du pouvoir, le retour des déplacés, les dommages aux victimes du conflit et l’échange des prisonniers. Les présidents soudanais et tchadien s’engagent, ainsi, à mettre fin à cinq années de guerre par groupes de rebelles interposés. L’accord final, si tout va bien, pourrait être signé avant le 15 mars 2010 au Qatar. Inch’Allah !

Le cessez-le-feu signé entre le JEM et le gouvernement soudanais, a d’ores et déjà pris effet. Preuve de la bonne volonté de Khartoum, le président Omar El Béchir a annulé les peines de mort prononcées contre 105 membres du JEM, lors d’un discours prononcé, à Khartoum, quelques jours, après, la visite du président du Tchad. L’élargissement d’autres prisonniers du JEM devrait suivre. Ce mouvement armé se convainc donc, de la bonne disposition de Khartoum à faire la paix et, le président Idriss Déby Itno, de son côté, se frotte les mains que son initiative de paix ne soit pas un coup d’épée dans l’eau.

Il faut rappeler que c’est le 8 février 2010, au matin, que le président du Tchad, avait décidé de se rendre à Khartoum pour relancer la coopération entre les deux pays, dans le cadre d’une visite d’amitié et de travail. Le Tchad et le Soudan ont traversé des années de désolation dont ils porteront longtemps les cicatrices. Les douloureux événements vécus par les deux pays ont porté un grand préjudice aux relations historiques et fraternelles qu’ils auraient dû entretenir. Voilà pourquoi, en arrivant à Khartoum, le général Déby a dit ceci au général Béchir : « Nous sommes deux soldats, nous connaissons le prix de la guerre et sommes bien placés pour comprendre que faire la paix exige plus de courage et d’honnêteté que faire la guerre. Je suis venu le cœur ouvert, et la main tendue pour écrire une nouvelle page dans nos relations ».

Cet accord scellé, il en faudra d’autres pour que la paix revienne dans tout le Darfour. L’Armée de libération du Soudan d’Abdelwahid Nour (SLA-Abdelwahid), un laïque de la tribu Four, qui a historiquement donné son nom au Darfour (littéralement maison des Fours ), pour ne citer que cet exemple, refuse de se joindre au processus de paix de Doha. La situation demeure toujours tendue dans le Jebel Marra après d’importants combats livrés, il y a quelques jours par les forces progouvernementales opposées aux rebelles. Ces nouveaux développements surviennent alors que débute la campagne pour les premières élections législatives, régionales et présidentielle multipartite depuis 1986 au Soudan. Le scrutin doit avoir lieu du 11 au 13 avril 2010. La dynamique de paix est néanmoins bien engagée. On attend que Omar El Béchir, une fois débarrassé des soucis de ces différentes élections qu’il aura par ailleurs gagnées, renvoie l’ascenseur à son homologue du Tchad dont l’initiative mérite d’être encouragée. Idriss Déby Itno, de son côté, devra aussi, faire face à des élections législatives avant la fin de cette année et présidentielle courant 2011. Il appartiendra donc au président du Soudan de jouer le jeu pour que les rebelles tchadiens qu’il est accusé d’entretenir, ne viennent plus perturber le climat politique au Tchad.

Depuis deux ans que l’on entend moins le bruit des canons au Tchad, le président Déby peut consacrer l’essentiel de la manne pétrolière, non plus à faire la guerre à ses différentes rébellions, mais à réaliser des projets de développement. Son agenda de travail n’est plus essentiellement consacré à d’interminables réunions de guerre avec l’état major et les commandements militaires décentralisés, mais à celles avec des partenaires au développement nationaux et étrangers, en vue de l’édification des infrastructures socio-économiques et industrielles dont le pays a grandement besoin.

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