SOMMET EUROPE-AFRIQUE DE LISBONNE

Ou Mugabe passe ou ça casse.

Jeudi 18 octobre 2007, par Paul Tedga. // L’Afrique

La Commission européenne vient de souligner une fois de plus, l’importance de la tenue d’un Sommet Union Européenne - Union Africaine (UE-UA), en décembre 2007, après la menace du nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, de le boycotter si le président zimbabwéen, Robert Mugabe, s’y rendait : « La relation entre l’Europe et l’Afrique ne peut pas être l’otage d’une situation spécifique », pense-t-on à la Commission, ce d’autant plus que cela fait sept ans qu’il y a eu le premier Sommet UE-UA au Caire. « Il est donc temps d’injecter un nouveau dynamisme dans nos relations dans un cadre mondial qui a beaucoup changé », souhaite la Commission qui est tout à fait « d’accord avec la présidence portugaise de l’UE » sur le fait que ce Sommet permettrait aussi « de soulever des sujets comme le respect des droits de l’homme ».

En réalité quel est le problème ? Le problème, c’est que Gordon Brown a menacé de boycotter ce deuxième Sommet prévu les 8 et 9 décembre, à Lisbonne, si le président zimbabwéen, interdit de séjour en Europe, s’y rend. Londres met en cause les violations des droits de l’homme dans son ancienne colonie. Mais, comme un seul homme, les dirigeants africains ont clairement indiqué aux Européens qu’ils ne se rendraient pas à Lisbonne sans leur frère Robert Mugabe.

Cela fait cinq ans que l’UE et l’UA tournent en rond sans trouver de solution à ce problème artificiellement créé par Londres. Depuis que la capitale britannique s’est affichée comme hostile à l’endroit du Zimbabwe, les deux pays ne se font plus de cadeau. Lors du Sommet de la Terre, à Johannesbourg, en 2002, Londres n’avait pas caché son intention de transformer cette rencontre, en pleine terre africaine, en une sorte de tribunal international chargé d’isoler le chef de l’Etat zimbabwéen. Les choses n’avaient pas tourné comme prévu, Big Brother Robert Mugabe lui ayant montré qu’il était « roi » dans sa forêt : Tony Blair, à l’époque, premier ministre britannique, fut copieusement sifflé lors de son intervention tandis que Big Brother, lui lançant « Monsieur Blair, occupez-vous de votre Angleterre et laissez-moi gouverner mon Zimbabwe », était littéralement ovationné par les participants africains aux anges. Honni dans les capitales occidentales pour des raisons qu’elles sont seules à connaître, Robert Mugabe bat à l’applaudimètre, dans toutes les instances de l’UA et de la SADC (Organisation des pays de l’Afrique australe), les chefs d’Etat africains les plus populaires. Tout simplement parce qu’il ose dire Non aux grands chefs impérialistes du 10 Downing Street (Gordon Brown) et de la Maison Blanche (George W. Bush).

Au Zimbabwe, la situation est devenue difficile suite au refus des grands fermiers blancs issus de l’ex-Rhodésie de l’ancien Premier ministre Ian Smith, de toute réforme mettant en cause leur domination économique sur la production agricole, mais aussi sur l’import-export. Un problème aussi vieux que le Zimbabwe lui-même qui, le 29 février 1980, accédait à l’indépendance au terme d’une guerre de libération nationale qui avait fait plus de 25.000 morts. Les discussions sur la réforme agraire débouchaient alors sur les accords de Lancaster House, prévoyant un moratoire de dix ans durant lequel le gouvernement zimbabwéen ne pouvait réquisitionner des « terres commerciales » sans le consentement de leurs propriétaires (clause dite « acheteur et vendeur de ( « plein gré »), l’ancienne métropole coloniale s’engageant, par la suite, à verser des compensations financières substantielles aux colons expropriés. Cette période de dix ans terminée, rien n’avait bougé. Avec le concours proclamé du FMI et de la Banque mondiale, la Grande Bretagne se déclara alors prête à donner sur les années à venir, 2 milliards de dollars, pour une redistribution de quelque 5 millions d’hectares au profit des paysans noirs. Engagement à nouveau non tenu car à peine 70 millions de dollars furent versés.

En décembre 1997, le renchérissement permanent des denrées alimentaires provoqua un mouvement de grève générale soutenu en sous-main par Londres. Objectif : faire chuter le régime Mugabe et installer à sa place la très manipulée opposition nationale. Big Brother, en bon combattant de la guerre d’indépendance, réussit à déjouer la manoeuvre. Il réaffirma, ce que personne ne doutait, sa volonté de relancer la redistribution des terres cultivables. C’est ainsi que la toute puissante CFU (Commercial Far_mers Union) et les lobbies occidentaux qui la soutenaient, crièrent aussitôt au coup de force. Conséquence : les institutions financières internationales et l’Union européenne suspendirent leur aide à Harare. Comme un jeu. Vingt ans après Lancaster House, 4.000 fermiers blancs, tous anciens membres de la bourgeoisie coloniale, accaparaient toujours l’essentiel des terres fertiles et étaient à l’origine de 90% des exportations de tabac (environ la moitié des recettes d’exportation du pays) ainsi que de 95% des productions horticoles, de café et de sucre.

A un moment donné, le chef de l’Etat zimbabwéen n’en pouvait plus, la coupe étant pleine et prête à déborder. Big Brother s’est alors lancé dans une redistribution de terres en fonction de ses seuls petits moyens. D’où la désorganisation du système de production du Zimbabwe qui peine, faute de financements adéquats, à retrouver son niveau d’antan.

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