Otages Médiatiques.

Lundi 18 juillet 2011 // Le Monde

Après 547 jours de captivité dans un village de Kapisa, région toute proche de Kaboul, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont arrivés le 30 juin à l’aéroport de Villacoublay. Leur accueil par Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, leurs familles et leurs amis a été l’événement médiatique de la journée. Au lendemain de cet événement heureux, des questions ressurgissent sur l’attitude des deux journalistes, sur le traitement médiatique des prises d’otages et sur la manière dont on évoque la guerre d’Afghanistan.

Sur les risques pris par les journalistes, plusieurs autorités politiques et militaires avaient souligné, peu après l’enlèvement, les imprudences commises par les deux hi6mmes qui n’avaient pas pris garde aux avertissements donnés par les militaires. Une polémique était née, qui avait été étouffée pendant les longues négociations avec les insurgés afghans et, lors de son arrivée en France, Hervé Ghesquière a déclaré : « Personne ne nous a rien dit ».

Des militaires et des diplomates ont alors discrètement fait savoir que les traces des avertissements donnés aux journalistes existaient bel et bien. Et des militants humanitaires, qui agissent en Afghanistan depuis des années, disent que des Français qui se rendent en Kapisa sans escorte militaire courent les plus grands dangers. Les militaires considèrent que les journalistes, à quelques exceptions près, sont hâbleurs et dangereux : l’attitude des deux envoyés de France3 n’arrangera pas les choses.

Les deux journalistes ont certainement remercié Nicolas Sarkozy et Alain Juppé au cours de conversations privées mais à l’aéroport de Villacoublay et les jours suivants, aucune parole de reconnaissance n’a été adressée aux militaires, aux diplomates et aux membres des services de renseignement qui ont mis en oeuvre tous les moyens nécessaires à la libération des otages. Seul le comité de soutien a été chaleureusement salué.

Le malaise est d’autant plus grand que la réaction des médias à l’égard des prises d’otages est toujours la même : solidarité quotidienne et spectaculaire de la presse à l’égard des journalistes détenus ; évocation rapide des autres otages. On se souvient de la mobilisation pour Jean-Paul Kauffman, di-tenu au Liban, pour Florence Aubenas, Chris- tian Chesnot et Georges Malbrutôt, otages en Irak. Mais bien d’autres otages n’ont pas eu droit à la sollicitude médiatique et on a à peine évoqué, le 30 juin dernier, le sort des Français actuellement détenus au Sahel ’quatre), au Yémen (trois), en Somalie (un) et i Gaza (un). Cela ne signifie pas que la méJiatisation des prises d’otages soit une bonne chose (c’est une incitation à demander une rançon proportionnelle à la notoriété des détenus) et cela ne signifie pas que nos concitoyens soient abandonnés par les autorités françaises : la discrétion est souvent gage d’efficacité.

Dernier point, non le moindre : la compassion à l’égard des journalistes et la réaction corporative dont ils bénéficient contraste vio- lemment avec les quelques minutes d’antenne et les quelques lignes qui sont consacrées aux soldats français qui tombent en Afghanistan.

En Afghanistan et en Libye, la guerre est présentée de temps à autre comme une routine sur laquelle on disserte beaucoup moins.que sur la préparation des primaires socialistes. Ce serait inquiétant, si les militaires et les diplomates en venaient à penser que les médias expriment les sentiments du peuple français.

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