Onfray, Camus et Daniélou.

Jeudi 12 janvier 2012, par Gérard Leclerc // L’Histoire

Vais-je me réconcilier, intellectuellement s’entend, avec Michel Onfray ? Ce serait tout de même curieux, car il me serait très difficile d’oublier son Traité d’athéologie, qui m’est d’ailleurs tombé des mains et auquel je n’oppose que le seul grief de ressentiment, cher à Nietzsche, sa grande référence philosophique. Non, ce qui risque de me rapprocher paradoxalement de lui, c’est le gros ouvrage qu’il vient de publier chez Flammarion sur Albert Camus, et qui me paraît, d’après mes premières incursions, extrêmement intéressant. J’ai même le sentiment, à propos de l’antichristianisme que nous entrons dans une nouvelle phase, qui me paraît beaucoup plus féconde que ce que j’appellerais volontiers l’athéisme dogmatique de l’intéressé. Les choses deviennent plus compliquées, plus paradoxales, à la ressemblance de la vie elle-même. Et cela grâce à Albert Camus.

A un moment, analysant le roman-parabole que constitue La Peste, Michel Onfray insiste sur la personnalité étrange du prêtre auquel Camus a donné le nom de Paneloux. Paneloux, qui tient deux positions successives à propos du fléau qui a fondu sur la ville. D’abord l’acceptation d’une volonté divine qui, pour le coup, ressemble terriblement à l’amor fati, l’amour du destin nietzschéen. Puis, dans une seconde phase, c’est la révolte, c’est-à-dire la résistance totale à l’insupportable. Renversement théologique explique Onfray : le religieux est passé d’un pessimisme augustinien à une attitude qu’il considère comme christique. Il s’agirait, selon Camus, « de dire que le christianisme, sincère, défendable, authentique, ne saurait être justification théologique du réel mais révolte contre le mal ».

Quoi qu’il en soit, cette discussion vaut la peine d’être prolongée. Michel Onfray semble ignorer l’hypothèse qui voudrait que, derrière Paneloux, il faudrait reconnaître Jean Daniélou, le cardinal et grand théologien jésuite. Celui-là même qui, un soir au centre Richelieu, avait voulu démontrer à Camus qu’il était un chrétien qui ne voulait pas s’avouer. Une affaire à suivre, avec Michel Onfray !

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