Oligarchie ou démocratie ?

Vendredi 12 août 2011 // La France

La démocratie, telle qu’elle fonctionne, n’est qu’un mot. Une classe composite de politiciens, de fonctionnaires, de syndicalistes, de journalistes, de financiers, de maîtres-chanteurs de lobbies prétendument associatifs se sont emparés-du système et le tiennent à merci. Yvan Blot, dans un livre décapant, démonte le mécanisme.

Voilà un livre décapant. Son allure savante, ses références à des auteurs peu connus du public, comme Heidegger, pourraient décourager le lecteur moyen. Eh bien, non ! Il faut l’encourager à se lancer dans cette saine lecture : tout est dit clairement. La démonstration est lumineuse. Elle porte sur la question essentielle de la vie politique aujourd’hui. Dans le monde occidental, singulièrement en France.

La vie politique française n’appartient plus aux Français. Elle leur a été arrachée. Ils ne sont plus les maîtres de rien dans leur pays. Et le pire, c’est que cette captation a été opérée au nom de la démocratie. Mais la démocratie, telle qu’elle fonctionne, n’est qu’un mot. Une classe composite de politiciens, de fonctionnaires, de syndicalistes, de journalistes, de financiers, de maîtres-chanteurs de lobbies prétendument associatifs se sont emparés du système et le tiennent à merci. La France est en oligarchie. C’est-à-dire, en bon grec, qu’un petit nombre a fait son profit du pouvoir, sa vie des prébendes et des avantages de la puissance publique, qu’il y règne par cooptation en écartant soigneusement tout intrus et qu’une connivence de pensée et d’intérêt lie entre eux les membres de cette oligarchie de manière telle qu’eux-mêmes
s’illusionnent sur la réalité de leur pouvoir : ils ne font en fait que relayer les impératifs du « politiquement correct » qui forme leur unité d’esprit et d’action. La démocratie théorique n’est plus dès lors qu’un prétexte à discours et à encadrement. Il faut faire bien penser et donc bien voter le peuple ; comprenons : dans le sens déterminé d’avance. Sinon... Eh bien, il s’agira de trouver le moyen de contourner l’obstacle populaire. On sait comment sur les questions européennes l’affaire a été réglée.

L’oligarchie a repris la main : elle traite en interne toutes les questions de pouvoir.
Cette analyse est aujourd’hui de plus en plus partagée. Voilà donc des évidences qu’Yvan Blot aligne avec cette précision de l’homme qui a tout connu et compris du système pour l’avoir vu fonctionner de l’intérieur et qui peut sur chaque point apporter une anecdote... et, Dieu, que ces anecdotes sont croustillantes et révélatrices !

LA DÉMOCRATIE DIRECTE

« Nous vivons, écrit Yvan Blot, dans une "démocratie fictive" où les droits du peuple son soumis au bon vouloir de la classe politique qui en détermine les limites et l’application, defaçon souveraine. Cette démocratie de façade masque les pouvoirs réels d’une oligarchie, la `classe politique’ ; qui s’auto-recrute par cooptation à l’intérieur des partis politiques. Cette classe politique gouverne avec des collaborateurs issus d’autres professions organisées et qui sont autant de groupes de pression non élus. Nous sommes donc bien en oligarchie ! Mais comme le constatait Aristote, l’oligarchie c’est l’aristocratie moins la morale, moins le souci du bien commun /il est à craindre qu’avec un tel régime, les intérêts particuliers les mieux organisés triomphent en permanence des intérêts relevant du bien commun mais intéressant des citoyens non organisés. C’est bien le sentiment diffus qu’exprime l’électorat dont les sondages montrent le mécontentement croissant ».

Voilà, tout n’est-il pas dit ? Eh bien, non ! Car Yvan Blot poursuit sa démonstration implacable en analysant en philosophe et en physicien de la chose publique à la manière d’Aristote etd’Heidegger comment l’homme est dans pareil système ravalé cyniquement au niveau le plus bas d’une matière interchangeable selon le concept du Gestell qu’Heidegger a déjà de son temps parfaitement précisé. Plus de religion, plus de nation, plus de culture, plus de civilita- tion, plus de morale, plus rien de ce qui définit l’homme ; il ne reste plus qu’un agent mécanique de production et de consommation, objet et éventuellement sujet de flux financiers qu’il s’agit de capter dans le seul souci du rendement.

Yvan Blot propose de redonner au citoyen toute sa dimension en l’associant aux responsabilités. La démocratie directe est pour lui l’un des moyens de restituer au peuple sa place en combinant sagement cette institution du référendum populaire avec l’ordre social. Il remarque que la monarchie, comme au Liechtenstein, s’accommode fort bien de cette démocratie vivante qui n’est pas non plus exclusive d’une démocratie représentative pourvu qu’elle représentât elle aussi réellement des intérêts concrets. Chacun dans son ordre. Ce livre est rempli d’exemples. L’auteur aime la liberté des Suisses dont les cantons vivent comme vivaient autrefois nos pays et nos provinces. Il ne suffirait chez nous que d’un fédérateur pour fédérer les libertés retrouvées. On sent bien qu’Yvan Blot y serait favorable.

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