Obama ne doit penser qu’à l’emploi.

Mardi 20 septembre 2011 // Le Monde

Alors que le taux de chômage atteint 9,1 %, le quotidien new-yorkais réclame dans un éditorial une réaction de la Maison-Blanche pour remettre l’Amérique au travail.

Les chiffres sur l’emploi du mois d’août, rendus publics le 2 septembre, dressent un sombre tableau sur ce front ; mais, au moins, ils ne laissent aucun doute sur le fait que les Etats-Unis sont aux prises avec une crise grave qui ne cesse d’empirer. L’économie n’a créé aucun emploi en août. Oui, zéro emploi, et les chiffres pourtant anémiques de juin et de juillet ont été revus à la baisse. Le taux de chômage reste bloqué à 9,1%. Le président Barack pbama n’a pas besoin de rappeler aux Américains cette situation catastrophique. Car voilà des mois qu’ils disent aux sondeurs que la création d’emplois, et non la réduction des déficits publies, devrait être la priorité des priorités de nos gouvernants. C’est l’occasion pour Obama de présenter un plan suffisamment important pour stimuler la croissance de l’emploi à court terme, tout en préparant des solutions à plus long terme.

Le président ne devrait pas formuler les éléments de sa politique avec l’espoir que l’opposition les juge acceptables. Les républicains de la Chambre des représentants ne céderont rien au président. Ils sont, pour des raisons idéologiques, opposés à ce que le gouvernement intervienne massivement.

La première chose à faire est de ne pas aggraver les choses. La principale cause du chômage est l’atonie de la demande de consommation. Les Américains chômeurs, sous-employés, croulant sous les dettes et à juste titre inquiets pour l’avenir rechignent à dépenser ou n’en ont tout simplement pas les moyens. Pour contrebalancer cette situation, il est indispensable de prolonger, au-delà de la fin de l’année, le paiement des allocations chômage fédérales et la réduction temporaire de l’impôt sur les salaires, ce qui remettrait quelque 160 milliards de dollars [113 milliards d’euros] dans la poche des Américains et préserveraient environ 1,5 million d’emplois.

La deuxième étape consiste à créer des emplois. Il faudrait reconduire le Fonds de financement des routes (Highway Trust Fund) avant son expiration, fin septembre, de manière à prévenir le licenciement de salariés en place et à créer environ 120 000 emplois par an dans les trois prochaines années par le biais d’investissements dans les transports. Par ailleurs, un programme de rénovation des établissements scolaires pour 50 milliards de dollars [35 milliards d’euros] donnerait du travail à 500 000 personnes, alors que le secteur du BTP compte actuellement 1,5 million de chômeurs.

Les autorités fédérales devraient aussi arrêter l’hémorragie dans les budgets des Etats, qui a entraîné la suppression de près de 700 000 postes dans l’éducation et dans la fonction publique depuis trois ans. Les analystes estiment que, pour chaque emploi perdu dans le secteur public, au moins un autre disparaît dans le privé. Le meilleur moyen d’aider les Etats de l’Union est d’accroître la contribution fédérale à Medicaid, l’assistance médicale aux personnes démunies. Les Etats auront alors de l’argent pour payer leurs employés et leurs sous-traitants. En août, le chômage a atteint presque 18 % chez les Américains de moins de 24 ans. Il faudrait des postes supplémentaires dans les parcs, les centres communautaires et les campus universitaires, ainsi que dans les programmes de volontariat du gouvernement, comme l’AmeriCorps.

Obama devrait impérativement plaider en faveur des dégrèvements fiscaux pour les prêts immobiliers, afin de relancer la consommation. Certes, il ne peut pas ordonner à Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants fédéraux du crédit immobilier, de refinancer les hypothèques d’emprunteurs aux abois mais dotés de bons antécédents. Mais il peut faire pression sur eux. Les mesures à effet immédiat s’accompagneraient impérativement de plans à long terme. En particulier, le Congrès devrait répondre favorablement à l’appel lancé par Obama pour la mise en place d’une banque spécialisée dans les infrastructures.

Le président devrait expliquer qu’au bout du compte tous ces efforts seraient financés par des augmentations d’impôt et des réductions de dépenses qui débuteraient dès que l’économie reprendrait des couleurs. Pour l’heure, il faudrait procéder à des emprunts supplémentaires. Les républicains prétendront que le pays ne peut pas se permettre de prendre les décisions nécessaires pour créer des emplois. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de rester inactifs.

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