Nouvelle année : quels repères ?

Samedi 14 janvier 2012 // La France

Qui sera élu en mai 2012, et dans quelles conditions ? Les sondages vont se multiplier mais nul ne peut faire actuellement de prévisions sérieuses. Mais le chemin peut être balisé.

Il est de bonne méthode de prendre les sondages pour ce qu’ils sont : des données incertaines qui sont prises pour vraies par une partie de l’opinion et qui modifient par conséquent les comportements des candidats et des électeurs. Les sondages incertains de 2002 n’annonçaient pas la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ; yeux de 2007, qui laissèrent croire à un -retour en force du candidat frontiste marquèrent profondément une campagne où il fut beaucoup question, à droite et à gauche, de l’art et la manière de battre celui qui n’était pas encore « le père de Marine ».

Nous ne savons pas encore comment les médias vont choisir dans les sondages plus ou moins contradictoires qui sont publiés chaque jour, mais il est certain que Marine Le Pen sera le troisième personnage de la campagne - après François Bayrou en 2007. Cependant, les médias ne font pas les élections et les chroniqueurs célèbres, comme les instituts de sondages, sont soumis au cours aléatoire des événements. Or les premiers mois de l’année 2012 verront se prolonger des tendances beaucoup plus déterminantes qu’en 2002 ou en 2007.

La France est depuis 2008 complètement entrée dans la crise qui frappe le système économique et financier occidental et qui se double de la crise de la zone euro. Beaucoup dei- sommets ont été réunis, beaucoup de décisions ont été prises mais la crise est loin d’être résolue : les mesures d’austérité creusent l’endettement public et déclenchent ou risquent de déclencher des mouvements de protestations. Le résultat de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle sera fonction de la vitesse de la propagation de la crise de la zone euro : une stabilisation de la situation lui profiterait car il apparaîtrait effectivement comme le président protecteur qu’il veut être face à un candidat socialiste qui ne propose pas de solution alternative à la crise de la monnaie unique. Une explosion de la zone euro, à laquelle se prépare nombre de pays et d’entreprises, avantagerait Marine Le Pen qui défend un programme de sortie de la zone euro assortie de protectionnisme qui ne sera pas concurrencé par celui d’un François Hollande toujours résolument fidèle au libre échange et à l’intégration européenne.

Bien entendu, les médias vont privilégier le « travail d’image » de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Le président sortant souffre de ses dérapages verbaux et de sa conception égocentrée de la politique qui expliquent la virulence de l’antisarkozysme. François Hollande s’est habilement présenté comme un candidat « normal » mais il est trop sûr de sa victoire dans une période trop troublée pour qu’on puisse s’en tenir aux habituelles logiques électorales. Certes, la campagne n’est pas commencée et le candidat peut encore modifier sa tactique mais son programme, trop « normal » lui aussi, peut le tirer vers le bas.

Parmi les repères, il ne faut pas oublier les scandales qui menacent la droite et la gauche. Les socialistes sont confronté à l’affaire Guérini à Marseille et peuvent craindre de nouvelles retombées de l’affaire DSK mais c’est actuellement la droite qui est dans la situation la plus dangereuse en raison des progrès de l’enquête sur les contrats d’armement et le financement de la campagne d’Edouard Balladur - que soutenait Nicolas Sarkozy. La menace peut être différée pendant plusieurs mois encore mais si la justice arrivait aux conclusions redoutées par le président de la République, c’est là encore Marine Le Pen qui en profiterait car la gauche traîne depuis les années quatre-vingt un très lourd passif que ses adversaires n’hésiteront pas à rappeler.

Seule certitude au vu de ces aléas : les médias ne s’intéressent qu’à Nicolas Sarkozy, François Hollande et Marine Le Pen, ce qui signifie que les autres candidats vont souffrir de l’indifférence polie qui sera comme d’habitude portée à ceux qui sont classés, d’entrée de jeu, dans la catégorie des « petits candidats ».

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