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Nous, ses soldats, l’appelions « le roi Jean » !

Dimanche 4 juillet 2010, par Bernard Lhôte // L’Histoire

Un « roi » qui nous livre bien des clefs.

Des clefs qui ouvriraient, aujourd’hui et demain encore, bien des portes…

Quand notre frère d’armes, Bernard Lhôte, se fait expert en « royale » serrurerie…et rend hommage à celui qui fut son « Roi Jean » : Jean de Lattre de Tassigny !

En filigrane aussi, la grande figure du Commandant Elie Denoix de Saint-Marc…

Des temps difficiles ? Notre histoire est ainsi faite… mais un temps où se dressaient des hommes…

Nous, ses soldats, l’appelions « le roi Jean » !

Tous les généraux, même vainqueurs, même célèbres, admirés, aimés n’ont pas droit à ce titre suprême. Pourquoi Jean de Lattre de Tassigny fut-il élevé, tel un chef franc, sur le pavois d’un royaume guerrier, le « Corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient » ? Rien que ça, ça en jette !

Cette histoire intéresse celles et ceux qui travaillent à la résurgence de la royauté en France. C’est affaire de charisme, pensera-t-on. Oui, pour une part, en effet, mais comment fonctionne la dynamique relationnelle que, dans le langage courant, on nomme « charisme » ? Le couronnement de « de Lattre » en montre certains facteurs et, ressorts.

Rappelons quelques données d’une histoire que j’eus la chance de vivre. Le régiment de la Coloniale où je m’étais engagé (attiré par l’Indochine et l’aventure militaire plus que par 1e Quartier latin et le Droit civil) fut envoyé en renfort, en décembre 1950, en même temps que le général de Lattre se portait au secours d’une armée ébranlée et d’un peuple déchiré.

Après cinq ans d’une guéril1a et contre-guérilla à couteaux tirés, le « vietminh » venait de remporter un succès stratégique bien plus important que la prise d’un poste ou la mise à mort d’une patrouille. Toutes nos positions au Nord-Tonkin, à la frontière d’une Chine récemment tombée aux mains de Mao, avaient été en hâte abandonnées, avec toute la Haute-Région. Au cours du repli les colonnes d’excellentes troupes avaient été taillées en pièces (4.500 tués et disparus) par des multitudes de viets en embuscade dans la jungle.

Ce revers avait ébranlé le moral d’une armée pourtant exceptionnellement aguerrie, uniquement composée de professionnels et, de volontaires, dont certains combattaient depuis 1940 et, beaucoup depuis 1942. Mais cette armée n’était pas sans faiblesses. Elle ne savait pas clairement pourquoi elle se battait. C’était « une guerre orpheline ». C’est-à-dire « une guerre sans père, sans nom et sans reconnaissance », dit d’elle le Commandant Elie Denoix de Saint-Marc. Les gouvernements fugitifs de la IV° République la menait vaille que vaille, furtivement, presque honteusement. En outre le Corps expéditionnaire ressemblait à Babel. Y étaient représentés tous les peuples d’Europe avec la Légion, ceux d’Afrique, des Antilles, de Polynésie et d’ailleurs avec les régiments de tirailleurs et de marsouins ; s’y ajoutaient vietnamiens, laotiens, cambodgiens, muongs, nuongs, thais, thos, et même des chinois.


Porteuse d’eau « Muong »


Femmes en deuil en pays Muong – vers 1930

Et les français, bien sûr, souvent d’origine immigrée, italienne, espagnole, polonaise…

Extrêmement hétérogène, ce corps manquait d’une âme commune. À défaut d’une mission définie et d’un idéal partagé, les hommes épousaient l’Indochine, nuit de Chine, nuit d’amour, avec cœur, sensualité, ivresse. Les troupes de cette sorte, en partie mercenaires, se battent fort bien, mais supportent assez mal la défaite, puisqu’elles tiennent surtout par 1e goût du baroud et l’orgueil de vaincre. L’arrivée de « de Lattre » suffit à rendre le moral. Nous savions que les généraux Koenig et juin avaient tour à tour refusé d’y al1er. La gratitude et l’estime envers le prestigieux chef de la 1ere Armée (Rhin & Danube) n’en furent que plus vives.

Le C.E.F.E.O souffrait, d’un manque de reconnaissance nationale. Sa nomination aux fonctions de Haut-Commissaire et de Contremandant en chef y remédiait complètement. D’emblée il sût, répondre aussi au besoin d’objectifs clairs. Qu’un homme, ou une femme, aient les capacités et la volonté de répondre à d’importantes attentes collectives, il se déclenche, comme un arc électrique, une relation intense, entraînante, exaltante, en somme charismatique. De retour en Indochine, Denoix de Saint Marc, qui avait, douloureusement vécu l’abandon du Nord-Tonkin, « trouve en Octobre 1951 un Vietnam transformé... dans une chanson de geste très française, de Lattre vole de New York à Saigon, harangue ses troupes, sacrifie son fils et sa santé afin de transformer le conflit en un bras de fer entre l’Est et l’Ouest. Il donne un sens à cette guerre lointaine : les troupes françaises sont là pour aider le régime de Bao-Dai à sauvegarder la « Liberté », même si 1es réalités coloniales ne s’effacent pas d’un revers de main...


Le jeune « Bao Dai » en 1945.

Tandis que les sombres réalités du totalitarisme communiste transparaissent de plus en plus sous le masque souriant de l’oncle Ho.


« Le Pandémonium communiste est à l’œuvre »

Cet extrait de « L’Aventure et l’Espérance », bel ouvrage de Saint Marc, illustre l’influence qu’un individu peut exercer, à certaines conditions.

L’Armée avait besoin de considération. La voilà satisfaite. Elle a à sa tête un victorieux, un glorieux. Son nom, objet de blague à 1a bidasse de Lattre de Tassigny de corvée de chiottes...-impressionne en fait. Il évoque les figures légendaires des connétables du temps jadis. Cela compte dans l’élévation au titre de roi. Nous étions fiers d’être commandés par un « souverain ». Souverain de nom, de renom, d’allure, de caractère. Servir sous 1es ordres d’un Grand, grandit. Mieux (me) sied d’être sujet d’un roi de la dynastie capétienne que citoyen d’un président médiocrement élu d’une république à la souveraineté tombée en indivision.
De Lattre paie de sa personne, s’engage à fond, va sur le terrain, fait preuve d’attention, de sympathie envers ceux sur qui reposent la charge essentielle du conflit, capitaines, lieutenants, sous-officiers. Il harangue les troupes, définit avec clarté et force la finalité du combat : indépendance des trois Etats d’Indochine et liberté de leurs peuples menacée par le communisme.

Trois victoires récompensent bientôt ses efforts : Vinh Yên (janvier 1951), Dong Triêu, et celle du Dây, assombrie par 1a perte du lieutenant de Lattre, son fils. Son discours adressé à la jeunesse vietnamienne est un modèle dont nos politiciens devraient s’inspirer s’ils en étaient capables. En substance, après avoir salué d’un coup de képi les jeunes qui ont le courage de rejoindre le vietminh, il admoneste ceux qui, hostiles au communisme, attendent passivement l’issue du conflit. Il les incite à y prendre part dans l’armée vietnamienne en formation.

J’ai confiance en vous. Vous êtes l’espoir qui n’a pas failli et ne sera pas déçu. Je crois que le monde sera sauvé par quelques-uns. Je crois que le Vietnam sera sauvé par vous.
Ainsi s’exprimait Jean de Lattre de Tassigny, Maréchal de France, que la France avait chargé de redresser la situation après le désastre de la RC 4.


Parachutistes vietnamiens de la Légion.

Ainsi que l’écrit Saint Marc, il est maître en l’art de la chanson de geste à la française. À l’occasion du 14 Juillet 1951, il organise un formidable défilé à Hanoi, destiné à impressionner la population et à renforcer fierté et unité de l’armée. Pour donner le maximum d’ampleur à la parade, il fait appel aux effectifs des postes et des campements du delta, osant les dégarnir 24 heures, au risque de les exposer. Le metteur en scène ne manque ni de culot ni de panache. Quel spectacle ! Un défilé de fauves. Non, pas de troufions végétant en temps de paix dans des villes de garnison, mais de guerriers, la veille encore et le lendemain au contact de l’ennemi.

Cependant, à la nouvelle de la mort de son fils, chacun pressentit un malheur fatal. Le père ne tarda pas à le rejoindre. Les « viets » avaient visé juste, en plein cœur.

Passons en revue les principaux ressorts de son élévation sur le pavois : ancrage dans l’Histoire de France, capital de réussite et de victoires, mis au service d’une situation compromise, ambition personnelle accordée à l’intérêt commun, l’écoute des besoins collectifs et les qualités pour y répondre, de la classe, de la superbe, l’ intelligence du geste et de l’expression orale. Et surtout un engagement exemplaire qui provoque un irrésistible effet d’entraînement.

Merci, mon général ! Pour un royaliste j’étais gâté. Sous le Haut-commandement du « roi Jean », je servais à mon modeste rang trois monarques.


Le jeune « Bao Dai »

L’empereur Bao Daï, le roi du royaume-paradis laotien, et sa très originale majesté Norodom Sihanouk, qui me plaisait beaucoup.


Novembre 1952


2001 - Le roi Norodom Sihanouk


S.M. Sisavang Vong, dernier roi du Laos.

Ce n’est pas ici le lieu de raconter les deux ans de mon séjour là-bas, ou plutôt là-haut car j’y fus souvent divinement bien. Très rares sont les guerres à avoir laissé d’aussi attachants, cruels et délicieux, souvenirs.

Comme tant d’autres j’ai aimé le pays, ses paysages, ses peuples, leur élégance, leur dignité, leur courage, ses femmes en général, l’une d’elles en particulier. J’ai apprécié la Coloniale, arme du populo, « voyoute », bourlingueuse, colorée, planétaire, un peu toquée, sujette aux coups de bambou et aux quarts d’heure de délire. La discipline m’en a semblé légère relativement à celle des "Bons Pères". La Coloniale compléta au mieux leur éducation en en compensant 1’austérité. Contrairement à 1’opinion établie, ce ne fut pas une guerre perdue. Pas entièrement en tout cas. L’expansion communiste en Asie du Sud-Est fut freinée, en partie contenue. Le partage du Vietnam (en 1954) laissait à des millions de gens une chance d’échapper au totalitarisme.

Dans le métro parisien, parfois seul « blanc » dans le wagon, je me souviens de la bigarrure du Corps expéditionnaire. En cela 1e peuple français tend à lui ressembler. Je ne dis pas que c’est un progrès. Je dis : c’est ! Et me demande qui saura lui parler, le réunir, l’enchanter à l’unisson, 1ui proposer un sens, un objectif autre que se serrer la ceinture en vain.

Qui saura s’adresser à la jeunesse, à celle des "quartiers", sans démagogie ; sans mépris sottement menaçant, avec autorité et sympathie ? Assurément pas un politicien. C’est chanson de geste royale. A nous de préparer le pavois.

Bernard Lhôte

LA BATAILLE DE VINH YEN (PREMIERE VICTOIRE DU GENERAL DE LATTRE DE TASSIGNY EN INDOCHINE)

« Je suis venu dans ce pays pour accomplir votre indépendance, non pour la limiter. L’Armée française n’est ici que pour la défendre. Dans le monde actuel, il n’y a plus de place pour les nations isolées. Il est impossible que tous les Vietnamiens n’en prennent pas conscience et qu’ils ne s’unissent pas dans la véritable résistance,celle de la liberté contre latyrannie et l’oppression. »

http://www.veterans.fr/Indochine

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