Notation : Le trésor perdu !

Samedi 28 janvier 2012 // La France

En 2010, Nicolas Sarkozy s’était laissé allé à dire qu’il était « mort » si la France perdait sa note, qualifiée de « trésor national » par Alain Minc. De fait, une note dégradée entraîne la hausse des taux d’intérêt auxquels l’Etat emprunte, ce qui creuse le déficit budgétaire.

Depuis que la sanction est tombée, on est passé de la dramatisation à la banalisation : on souligne que la décision de Standard & Poor’s était attendue et qu’une autre agence, Fitch, a annoncé que la note de la France ne serait pas dégradée cette année. Comme la polémique ne perd jamais ses droits, François Fillon a accusé François Hollande d’avoir contribué au jugement négatif en s’opposant à la réforme des retraites et au vote de la « règle d’or » sur l’équilibre budgétaire. La part de vrai dans cette accusation, c’est que les agences notent également la qualité du consensus politique...

Pour sa part, le candidat socialiste estime que c’est la politique du gouvernement Fillon et de Nicolas Sarkozy qui a été condamnée - non la France en tant que telle. Argument non moins spécieux car c’est bien le budget de I’Etat et l’économie française qui vont être affectés par la hausse des taux d’intérêt sur les emprunts qu’il faudra faire aux banques. Comme_ l’Etat doit emprunter 180 milliards d’euros en 2012, la charge de la dette publique, qui est actuellement de 48 milliards d’euros, s’alourdira de 3 milliards environ. Dire que les marchés financiers avaient anticipé la dégradation et que la France empruntait déjà plus cher ne résout pas le problème de la charge supplémentaire, qui peut s’alourdir si les taux d’intérêt montent encore : ce n’est pas impossible puisque la note de la France est mise sous perspective négative.

La situation est d’autant plus préoccupante que les notes de nombreux établissements publics (la SNCF...) et de grandes collectivités locales (la région lle-de-France ...) sont ou seront à leur tour dégradées, ce qui va augmenter le coût de leur endettement ou réduire leurs investissements si elles ne trouvent plus à emprunter à des taux acceptables. Il y a là un cercle vicieux, puisque la dégradation des notes entraîne à tous les niveaux des mesures d’austente qui entraînent le pays sur la voie de la récession donc d’une baisse des rentrées fiscales. Les dirigeants de la droite et de la gauche devraient réfléchir aux moyens d’arrêter cette logique de destruction, au lieu de s’accuser les uns les autres.

Cette réflexion est d’autant plus urgente que la zone euro en pleine crise se trouve encore plus ébranlée par la décision de Standard & Poor’s, qui a par ailleurs annoncé la baisse de la note de neuf autres pays européens. Comme la France apportait l’une des plus importantes garanties aux mécanismes de sauvetage de la zone euro, la crise va s’aggraver. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) auquel la France contribue à hauteur de 20% a été placé sous surveillance, négative par Standard & Poor’s : cela signifie que cet organisme peut très rapidement perdre son triple A. Là encore, le coût des emprunts que doit faire le FESF pour venir en aide à la Grèce, à l’Espagne et au Portugal va augmenter et tout le plan de sauvetage risque d’être gravement compromis.

Comme les banques ont suspendu leurs négociations avec Athènes sur la dette grecque, on s’expose dans tous les domaines à des effondrements et à des explosions qui mettent en péril la zone euro en tant que telle. Certes, Angela Merkel et les autres responsables de la zone affichent leur sérénité. Mais il leur faudra bien reconnaître que, de sommet en sommet, rien n’a encore été résolu.

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