Défense.

Nos adjudands-chefs.

Lundi 21 novembre 2011 // La France

Cérémonie militaire aux Invalides

En hommage aux dix adjudants-chefs morts pour la France en Afghanistan et à ceux, plus nombreux encore, qui en sont revenus très grièvement blessés.

Les adjudants-chefs (auxquels on associe ici les maîtres principaux de la marine), Louis XIV qui s’y connaissait en matière de soldat, les appelait ses maréchaux. C’est le plus haut grade dans le corps des sous-officiers, avec une importance qui n’échappe pas à l’ennemi : un grade ciblé par les antimilitaristes de tout poil pour saper notre esprit de défense (on en savait quelque chose en mai 68), un grade ciblé aussi par les tireurs embusqués pour paralyser une section au combat (on en sait quelque chose en Afghanistan). L’adjudant-chef, c’est l’homme clef de l’institution militaire que tout jeune sergent peut souhaiter devenir un jour.

Si les capitaines, les « centurions », ont l’honneur de commander (le plus souvent) cent hommes, un nombre tel qu’on peut les connaître tous personnellement (comme le centurion de l’Évangile), les adjudants-chefs ont ce privilège d’en commander trente, juste assez pour les connaitre tous parfaitement ; à tel point qu’un officier qui note ses homme sans s’appuyer sur l’avis de ses adjudants-chefs, ce que le règlement ne formalise pas, commet une faute de commandement dont il fera les frais tôt ou tard.

L’adjudant-chef est à l’armée ce que le cadre de maîtrise est à l’entreprise ; un chef de terrain, en première ligne des opérations à la nuance près qu’il ne s’agit plus là de production industrielle mais de combat, au contact de réalités brutales et meurtrières, immédiatement « aux résultats ». C’est uii pilier du commandement, redoutable au jeune lieutenant sorti de Saint-Cyr et indispensable au fonctionnement d’un régiment, d’un navire de guerre, d’une escadre aérienne. Dans l’action, on discute d’ailleurs rarement son avis ; il sait mieux que personne si les gars vont tenir ou s’ils sont à bout, si ça passera sans appui feu ou s’il vaut mieux surseoir, si les hommes aux machines peuvent encore rester ou s’il faut les relever pour éviter un drame. Rarement on le contredira ; qu’il s’agisse d’une section au contact, d’une équipe de quart, d’un groupe de maintenance, c’est sur son coup d’oeil, sa connaissance des hommes et son expérience que le colonel décidera in fine.

Car avec le colonel il y a aussi une relation particulière des adjudants-chefs, une relation particulière des maîtres principaux avec le commandant d’un navire. Comme lui, ils ont la quarantaine, 20 années de service trempées au feu des échecs, des épreuves, des coups durs mais aussi du bon boulot et des succès, comme lui ils sont souvent chefs de famille avec des ados à la maison et les soucis qui vont avec. Pères de famille et chefs militaires, ça crée des liens ! Des liens invisibles mais bien réels, et le colonel qui sait développer cette subtile et déférente complicité avec ses adjudants-chefs, en préservant scrupuleusement les prérogatives des jeunes officiers (entre vieux soldats on en comprend mieux que personne l’impérieuse nécessité), n’aura pas l’ombre d’une difficulté dans le commandement de son régiment.

À son fils, jeune colonel, le Maréchal de Belle-Isle écrivait : « Le régiment que le Roi vient de vous donner est un des meilleurs de l’armée [...] Ayez pour les anciens capitaines des égards marqués, consultez les fréquemment, témoignez leur de l’amitié et de la confiance, aimez les vieux bas-officiers... ». Les « anciens capitaines » et les « vieux bas-officiers » sont nos adjudants-chefs d’aujourd’hui. Honneur à eux !

Répondre à cet article