Non , le chômage n’est pas une fatalité !

Lundi 20 juin 2011 // La France

Nos dirigeants politiques ont baissé les bras, déplore Paul Krugman. Pourtant, ajoute le Prix Nobel d’économie, il est possible de créer massivement des emplois.

Le chômage est un fléau terrible qui frappe une grande partie du monde occidental. Près de 14 millions d’Américains sont sans emploi et des millions d’autres subissent le travail à temps partiel ou exercent des emplois sans rapport avec leurs qualifications. Dans certains pays d’Europe, la situation est encore pire : en Espagne, le chômage touche 21 % des actifs.

Dans un monde rationnel, mettre un terme à cette tragédie devrait être la priorité de nos politiques économiques. Pourtant, des deux côtés de l’Atlantique, ceux qui font la pluie et le beau temps sont tous d’accord pour dire que rien ne peut ni ne doit être fait dans ce domaine. Au lieu d’une détermination à agir contre les souffrances sociales et le gâchis économique, on assiste à une prolifération des prétextes à l’inaction, parés des oripeaux de la sagesse et de la responsabilité.

Une abdication grotesque

Quelqu’un doit rappeler cette évidence : inventer des raisons de ne pas remettre les chômeurs au travail n’est ni sage ni responsable. C’est au contraire une abdication grotesque de toute responsabilité.

De quels prétextes suis-je en train de parler ? Penchons-nous sur les dernières Perspectives économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques, publiées le 25 mai dernier. L’OCDE est une sorte de groupe de réflexion intergouvernementale : Si elle n’a pas le pouvoir de fixer les politiques nationales ce qu’elle dit reflète les idées communément admises par les élites politiques européennes. Qu’avait donc à nous dire l’OCDE sur le fort taux de chômage enregistré par es pays membres ? "La marge de manœuvre laissée aux politiques macroéconomiques pour traiter ces défis complexes est pour une bonne part épuisée", déclare le secrétaire général de l’organisation, qui appelle en revanche les Etats à ’faire dans lestructurel" — autrement dit à se concentrer sur des réformes à long terme qui n’auront guère d’effet sur le marché actuel de l’emploi.

Et comment savons-nous que les politiques n’ont plus de marge de manoeuvre pour remettre les chômeurs au travail ? Ça, le secrétaire général ne le dit pas, et le rapport ne prend même pas la peine d’esquisser des solutions possibles. Tout ce qu’il fait, c’est souligner les dangers qu’il y a, selon lui, à s’écarter ne serait-ce qu’un peu de l’orthodoxie économique. De toute façon, qui parle sérieusement de création d’emplois ces temps-ci aux Etats-Unis ? Pas le Parti républicain, sauf à tenir compte de ses appels rituels aux allégements fiscaux et à la déréglementation. Ni le gouvernement Obama, qui a plus ou moins abandonné ce terrain il y a un an et demi.

Mais ce n’est pas parce qu’aucune instance dirigeante ne parle de l’emploi qu’il n’y a rien à faire. N’oubliez pas que si les chômeurs se retrouvent dans cette situation, ce n’est pa`s parce qu’ils ne veulent pas travailler ni parce qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires. Rien ne cloche chez nos actifs - souvenez-vous, il y a quatre ans encore, le taux de chômage était inférieur à 5 %.

Des projets utiles au pays

Le coeur de notre problème, c’est l’endettement, en particulier immobilier, accumulé par les ménages pendant la bulle des années 2 000. Maintenant que cette bulle a éclaté, cet endettement est devenu un fardeau pour l’économie, une entrave à toute véritable reprise sur le marché du travail. Or, une fois qu’on a compris que le problème vient de là, on comprend aussi que toute une série d’actions peuvent être entreprises pour y remédier.

Nous pourrions, par exemple, mettre en place des programmes du type Work Progress Administration [structure mise en place pendant le New Deal pour stimuler l’emploi, notamment par le lancement de grands travaux] pour donner du travail aux chômeurs sur des projets utiles au pays, comme la réparation des routes. En augmentant les revenus, cela permettrait par ailleurs aux ménages de rembourser plus facilement leurs crédits. Nous pourrions lancer un programme de renégociation des emprunts qui réduirait l’endettement des propriétaires en difficulté. Nous pourrions tenter de relever l’inflation au taux de 4% constaté pendant une bonne partie du second mandat de Ronald Reagan, afin d’alléger le poids réel de la dette.

Ces mesures seraient certes peu orthodoxes - mais pas moins que les problèmes économiques auxquels nous sommes confrontés. Et ceux qui mettent en garde contre les risques que comportent ces actions doivent nous expliquer pourquoi ces risques-là devraient nous inquiéter davantage que la certitude que de larges pans de la population vont continuer à souffrir si nous ne faisons rien.

Les décideurs politiques sont en train de sombrer dans un état d’impuissance autoalimenté : plus ils ne font rien, plus ils se convainquent qu’il n’y a rien à faire. Nous qui savons que c’est faux, nous devons tout mettre en oeuvre pour briser ce cercle vicieux.

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