Nigeria : une Eglise servante.

Jeudi 18 septembre 2008, par Marc FROMAGER // La Religion

Avec 132 millions d’habitants, le Nigeria est le plus peuplé des pays d’Afrique et compte presque autant de chrétiens (40 %) que de musulmans (50 %), les animistes représentant 10 %. C’est également un des plus riches, grâce à la production pétrolière.

Pourtant, l’échec des réformes économiques, la corruption ambiante et la dilapidation de l’aide internationale font que la pauvreté reste élevée  : plus des deux tiers des Nigérians vivent avec moins d’un dollar par jour, et l’inflation atteint 15 %. Les recettes du pétrole ne profitent qu’à une infime minorité de la population. L’insécurité s’est aggravée dans le sud où des milices ethniques s’affrontent entre elles pour le contrôle du pétrole brut. Et dans les douze États du nord où la loi islamique a été introduite, les conflits entre chrétiens et musulmans se sont multipliés.

En février 2006, de graves affrontements ont eu lieu à Maiduguri, capitale de l’État de Borno au nord-est du Nigeria, en rapport avec l’affaire des caricatures de Mahomet. Les violences ont fait au moins 21 morts, des centaines de blessés, de nombreux bâtiments détruits, dont dix églises et la maison de l’évêque, Mgr Matthieu Ndagoso, qui déplorait la mort de l’un de ses prêtres, le père Michael Gajere. Pour l’évêque, « ceux qui fomentent ces désordres sont des extrémistes qui ne représentent pas la majorité des fidèles musulmans ».

Le Pape Benoît XVI, en condamnant ces violences, avait rappelé que la foi en Dieu devait déboucher « non pas sur des antagonismes dévastateurs, mais sur l’esprit de fraternité et de collaboration pour le bien commun… » Les réactions des chrétiens ont été elles-mêmes parfois violentes. À Onitsha, dans l’État d’Anambra, des chrétiens ont incendié deux mosquées et tué des musulmans. Mais plus nombreux ont été ceux qui, catholiques ou protestants, ont renoncé aux représailles. Une religieuse qui travaille au Nigeria a expliqué à l’AED que les islamistes qui avaient organisé ces attaques étaient « incapables de comprendre la détermination de la communauté chrétienne à pardonner à leurs oppresseurs ».

« Malgré tout, poursuivait la religieuse, les églises sont pleines  ; ceci nous donne une force énorme. Les musulmans disent que les chrétiens doivent avoir quelque chose de spécial. Ils disent  : ‘Voyez ce que nous leur avons fait, et ils continuent à aller à l’église sans chercher vengeance’ ». Pour remédier à ce problème de violence chronique, les Églises mettent en place de nombreuses initiatives pour favoriser le dialogue interreligieux et interethnique. Ainsi un séminaire a réuni catholiques et adeptes des religions traditionnelles, en mars dernier, au monastère bénédictin de Ewu-Esan, dans l’État d’Edo. Le directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires, Mgr Hyppolite Adigwé, a rappelé notamment que le dialogue était une composante majeure de l’action missionnaire. La mission est d’autant plus urgente qu’une course de vitesse est engagée entre l’Église et les mouvements islamistes  : la population animiste représente un potentiel de développement important et les premiers arrivés auront toutes les chances d’être les premiers servis  ! Soutenir l’évangélisation au Nigeria aujourd’hui apparaît donc comme une des grandes priorités de l’Église en Afrique. L’AED y a consacré l’année dernière 785.000 €.

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