Nicolas Sarkozy l’Africain.

Mercredi 5 septembre 2007, par Paul Vaurs // La France

Après la libération des infirmières et du médecin bulgares — sur lesquels on apprend chaque jour de nouveaux aspects de leur long martyre — Nicolas Sarkozy non seulement s’est rendu à tripoli mais a également visité Dakar et Libreville, essayant de montrer comment il conçoit les liens de la France avec l’Afrique. En partie commandé par l’actualité libyenne, en partie dissimulé par le retour au pays de la Sénégalaise Rama Yade devenue ministre de la République française, ce court périple de trois journées lui a surtout permis de montrer aux Africains qu’ils constituaient toujours une priorité, recueillant d’ailleurs le soutien explicite du président Abdoulaye Wade.

Déjà en Algérie le 10 juillet, Nicolas Sarkozy affirmait : « Les Algériens ont beaucoup souffert, je respecte cette souffrance, mais il y a eu aussi beaucoup de souffrance de l’autre côté, il faut la respecter. « C’est l’histoire, c’est le passé, maintenant construisons l’avenir ». À Dakar, devant les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop, du nom de l’historien qui a affirmé le caractère négroïde des anciens Égyptiens, il a rappelé que « la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique, citant guerres, massacres et gaspillages. Le lendemain à Libreville, il a enfoncé le clou « La corruption, ces dictateurs, les génocides, ce n’est pas la colonisation ». Cela ne l’a pas empêché de définir la traite négrière comme un « crime contre l’humanité » et de ne pas vouloir nier les fautes commises par l’ancienne puissance coloniale.

Fidèle à sa position volontariste, il a exhorté à regarder ensemble vers l’avenir », précisant que la France resterait « aux côtés » de l’Afrique pour l’aider à une bonne gouvernance. Mais il a également exhorté ses interlocuteurs à agir eux-mêmes directement. A Dakar il a ainsi lancé : « Voulez-vous que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? » de toute façon, « la France ne décidera pas à votre place ».

À partir de là, certains lui ont reproché de se comporter en moralisateur. Représentant une nouvelle génération après un Jacques Chirac incarnant la « Françafrique » héritée du général de Gaulle, il est perçu comme celui qui veut limiter l’immigration et, peut-être plus profondément, comme quelqu’un de moins sensible que ses prédécesseurs au lien privilégié unissant la France à ses anciennes colonies. Pourtant, le fait qu’il ait choisi deux pays stables comme le Sénégal, qui a réussi à pratiquer l’alternance en douceur et qui est le seul à ne pas avoir connu de coup d’État, et le Gabon, avec un président au pouvoir depuis 40 ans mais moins âgé que Jacques Chirac, montre qu’il a très bien pris conscience des lignes fondamentales de la politique africaine.

 S’insérant dans la logique du respect dû aux aînés, il n’a pas craint de dire à propos d’Omar Bongo, le plus ancien chef d’État du continent : « En Afrique, le doyen, ça compte ». Enfin, si l’opinion africaine s’est montrée relativement peu sensible au calvaire de ce qu’il faut bien appeler les otages bulgares, il ne fait pas de doute que la maestria avec laquelle le président Sarkozy a conclu cette affaire a fortement impressionné tous ceux qui sont sensibles à la baraka. Mais on a également compris qu’il avait su, ainsi que son épouse avec la fille du colonel Kadhafi, se positionner de telle manière que le président libyen ne pouvait que faire le geste qu’on attendait de lui. Cela s’appelle un succès diplomatique, qui n’enlève rien à tout ce qui avait été commencé par diverses instances mais qui donne au nouveau président français une posture avantageuse. Cela pourrait lui servir lors du voyage plus long qu’il prévoit sur le continent avant la fin de l’année, jusqu’en Afrique du Sud.

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