Nicolas Sarkozy au firmament.

Le PS à nouveau en plein doute.

Jeudi 31 mai 2007, par Paul Vaurs // La France

Il a réalisé le rêve de sa vie. Monsieur Nicolas Sarkozy est désormais président de la République. Un aboutissement dont il n’a jamais douté ou presque depuis le début de son ascension politique. Pour sa première candidature à la magistrature suprême, il a ravi 53% des suffrages, un résultat figurant parmi les meilleurs réalisés par un candidat de droite au second tour d’une élection présidentielle, les seconds tours de 1969 et de 2002 mis à part.

Avec 53,06%, Nicolas Sarkozy fait mieux que Jacques Chirac en 1995 (52,64%). Charles de Gaulle seul, avait fait, un score encore plus élevé, 55,20%, en 1965.

La victoire du candidat de L’UMP, très nette, laisse sa rivale Ségolène Royal 6 points derrière à près de 47%. Si celle-ci a bénéficié du report de voix d’un certain nombre de partisans de François Bayrou, Nicolas Sarkozy en a également engrangé une part non négligeable, mais plus faible que le nombre de voix émanant d’électeurs du Front national au premier tour, qui n’ont guère, suivi la consigne d’abstention de Jean-Marie le Pen.

« J’aime la France comme un être cher, elle m’a tout donné, je veux désormais lui rendre ce qu’elle m’a donné », a déclaré le nouveau Président au soir de son élection. Nicolas Sarkozy a fait de la France et de l’identité nationale un des thèmes phares de sa campagne, voulant rendre aux Français la fierté de leur pays et faire de l’exaltation de la nation une question qui ne soit pas du domaine réservé de l’extrême droite. Contre la morosité, le sentiment de déclin, le désenchantement touchant beaucoup de Français, notamment les plus modestes.

Nicolas Sarkozy a brandi l’étendard d’une France relevant la tête, fière de ses atouts, ne reniant pas son passé et ayant confiance en son avenir. Son programme, articulé autour de valeurs fortes, le travail, le mérite, l’effort, le respect, comprenant des propositions claires et martelées tout au long de la campagne, a séduit une majorité de Français en quête d’orientations franches et sans équivoque.

En face, la campagne de Ségolène Royal, bien qu’audacieuse et novatrice aux yeux de beaucoup, a pu paraître cependant plus confuse et même candidate du Parti socialiste a-t-elle été pénalisée par une campagne insuffisamment bien préparée et par un manque de mobilisation dans son propre camp. Tandis que L’UMP était érigée en machine de guerre dès 2004 avec ses membres marchant comme un seul homme ou presque derrière le chef, toutes les personnalités du PS n’ont pas, loin s’en faut, montré une telle allégeance à leur candidate, cette dernière faisant par ailleurs régulièrement preuve d’indépendance par rapport àson parti et à ses dogmes.

Trois présidentielles, 3 échecs pour la gauche.

Dès dimanche soir, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn se sont montrés critiques face à leur ancienne rivale Ségolène Royal et à sa campagne, à tel point que François Hollande a dû mettre en garde contre des « règlements de comptes et des analyses rétrospectives » de mauvais aloi alors que se profilent désormais les législatives. « Il y a sans doute des décisions à prendre, mais là je ne tolérerai rien », a-t-il déclaré lundi. Les prochains jours risquent cependant d’être houleux rue de Solférino, entre remises en question et doutes quant aux erreurs passées et à la démarche à adopter pour les législatives, ouverture vers le centre de François Bayrou ou refondation sur la gauche.

Alors que la gauche doit analyser les raisons de son échec, le troisième à une présidentielle depuis 1995, à droite Nicolas Sarkozy prend un peu de recul afin de mieux « habiter » son nouveau statut et affiner la composition de son gouvernement. Celui-ci devrait comprendre quinze ministres au maximum, avec parité hommes-femmes, qui seront rejoints par des secrétaires d’État après les législatives. Xavier Bertrand, un des proches de Nicolas Sarkozy, a déjà confirmé les priorités du nouveau président, qui entend être « un animateur d’équipe » exonération des heures supplémentaires de charges sociales et d’impôt sur le revenu, déduction des intérêts des emprunts immobiliers, suppression des droits de succession, service minimum dans les transports publics, peines planchers pour les multirécidivistes. Le gouvernement pourrait être en place dès le 19 ou 20 mai.

Le Président de la France, est à l’oeuvre, ayant même entamé ses consultations ministérielles et reçu les syndicats avant le 6 mai. Cerles, il va se trouver un temps protégé par l’état de grâce — qui devrait lui apporter une bonne majorité aux législatives du mois prochain, mais il ne va quand même pas pouvoir régler tous les problèmes. D’abord, par définition, le président de la République partage le pouvoir avec la Parlement. Ensuite, beaucoup de domaines sont soit du domaine de l’Europe, soit du ressort des collectivités renforcées par la décentralisation.

Par ailleurs, installé dans ses nouvelles responsabilités, il ne pourra peut-être plus « avoir toujours un coup d’avance » et se distinguer par son action démultipliée, son mouvement perpétuel lui permettant d’être sur tous les fronts.

De toute manière, le Chef de l’État entend rester fidèle à sa ligne d’action Je veux réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect, le mérite ». Cela implique incontestablement une révision du modèle français dans ses aspects politiques, sociaux et économiques, afin d’engager rapidement les réformes, les plus difficiles. Certes, le Président Sarkozy devra affronter une partie du secteur publie, où l’on a entendu des conseils du genre : « ne votez pas pour lui, il veut nous faire travailler » Il va se heurter aussi au petit mais influent monde intello médiatique écrivain Denis Tillinac ; Il expliquait ainsi dans Valeurs actuelles du 11 mai n’avoir pas réussi à convaincre des amis que le nouveau chef de l’État « ne va pas expulser illico les Juifs, les protestants, les musulmans, les francs-maçons, les clochards, les infirmes, les Noirs et les intellos de leur bord. » Des manipulateurs dangereux se trouvent, encore aujourd’hui, pour dire des infamies sur le Président de la France élu avec plus de 53% de voix le 6 Mai dernier.

Il lui faudra néanmoins garder la distance que requiert la fonction Présidentielle, ce que devrait faciliter l’existence d’un Premier ministre qui, si brillant et compétent soit-il, non seulement, servira de fusible mais devra quotidiennement aller au charbon.

On sent très bien, dans les commentaires qui entourent les premiers pas de Nicolas Sarkozy, une grande attente. Comme il a joué la carte du changement et que les Français semblent majoritairement convaincus de sa nécessité, il devra répondre à beaucoup de désirs forcément contradictoires. Ce sera son rôle d’arbitrer, ne serait-ce que dans l’ordre des priorités. Mais il lui faudra également éviter de trop faire la part du feu, notamment sur les grandes questions morales, où la droite est traditionnellement en posture défensive, mal assurée de ses convictions, face aux « grandes consciences de gauche » et aux forces de progrès qui réclameront d’aller encore plus loin, par exemple sur l’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel, etc.

Il ne lui sera pas non plus forcément facile de trancher dans les problèmes de défense, d’éducation, de recherche ou de justice. Il faudra également reprendre la question européenne avec des partenaires allemands et britanniques qui n’attendent pas exactement la même chose, alors que les États du centre et de l’est du continent craignent toujours un désengagement d’avec les États-Unis. Pus généralement, il faudra repenser les relations avec ces derniers1 pas seulement en fonction de l’irak et d’Israël, et aussi avec la Russie et la Chine sans oublier la question turque.

Enfin, si Nicolas Sarkozy arrive à faire ralentir la « planche à décrets » qui épuise autant les particuliers que les chefs d’entreprise et les magistrats, le citoyen lui sera reconnaissant, de « dégraisser le mammouth », comme disait Claude Allègre. L’efficacité administrative y trouvera son compte, mais aussi l’équilibre budgétaire et le rayonnement de la Francs.

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