Partie 12

Nicolas Sarkozy

Lundi 14 février 2005, par Paul Vaurs // L’Histoire

Me voici au terme de cette présentation de l’Histoire de notre beau, et vieux Pays. C’est maintenant aux internautes de se faire une idées positives ou négatives de cette évocation. Si j’ai l’intime conviction que l’institution « Royale et Démocratique » correspond à une nécessité.

Il est aujourd’hui une évidence, le Président d’un grand parti politique est à même de donner à la France une nouvelle impulsion, basée sur ses capacités à être à l’écoute de la population, et de retrouver une politique étrangère basée sur l’amitié et la collaboration entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique.

Nicolas Sarkozy, dès, son entrée en politique, a été un homme pressé. En 1975, il expliquait aux ancêtres du RPR (l’UDR) combien être Jeune Gaulliste était « révolutionnaire. Jacques Chirac n’avait sans doute pas mesuré l’imprudence de cette injonction à faire vite. Ni, surtout, à quel point il allait lui même faire les frais de cette rapidité par la suite. Vingt-huit ans plus tard, Nicolas fait toujours vite, et Chirac, sans raisons, considère encore qu’il en fait trop.

En dépit de toutes les préventions qu’il est en droit d’afficher envers celui qu’il a appelé « le petit Nicolas », le Président ne peut ignorer évidemment celui qui, faute d’avoir été Premier ministre, s’est imposé rapidement comme le premier des ministres du gouvernement. Mais, en vingt-huit ans, il a appris à son avantage comme à ses dépens à connaître les défauts et les qualités de cet homme qui vise « à juste titre » sa succession à l’Elysée de plus en plus ouvertement, surtout depuis qu’Alain Juppé a été condamné à 10 ans d’inéligibilité.

Chirac sait combien « ce petit cheval » est vif et travailleur, combien, il peut se mettre au service du peuple, il le démontre chaque jour au Ministère de l’Intérieur. Il sait encore que le grand galop est l’allure préférée du champion, mais aussi qu’il lui arrive de jouer le mauvais cheval, de trébucher, de confondre vitesse et précipitation et de tomber. D’ailleurs, dans cette relation où l’affection a laissé place au pragmatisme, aucun des deux n’ignore ce que l’autre pense de l’un. Ainsi Chirac et l’Elysée n’ont pas été longs à accabler Sarkozy. La popularité du Ministre de l’Intérieur, n’a pas l’air de satisfaire l’hôte de l’Elysée.

Arguant de sa nécessaire présence au gouvernement, Chirac lui a rappelé que, quand on est le premier des ministres, on ne peut se défiler, et que, pour ce qui était du poste de Premier ministre, l’affaire n’était toujours pas d’actualité. Quant à briguer Bercy et le ministère des Finances, comme il l’avait envisagé un instant, l’ancien ministre du Budget Sarkozy, par les déficits qui courent, y a de lui-même prudemment renoncé.

Ralenti dans sa course par Chirac, Nicolas se défend pour autant de piaffer. Il affirme qu’il n’y a pas d’urgence et répète qu’il a le temps. Mais il sait bien que Chirac et Raffarin, quand ils invoquent ses talents pour lui demander de rester au ministère de l’intérieur, cherchent moins à l’y maintenir qu’à le contenir. Place Beauvau, son activité était programmée pour s’inscrire tant dans le talent qui est le sien, que dans une nécessaire durée. Même les statistiques affirment que la délinquance, baisser continuellement. La course à l’Elysée ne se joue pas en ligne droite, et chacun sait par expérience qu’elle n’est jamais gagnée d’avance. Il reste presque trois ans avant l’arrivée. Le parcours peut encore réserver des surprises. Mais, dans tous les cas de figure, nous n’en avons pas terminé avec Sarkozy.

A Nice en juin 1975, il y avait eu une réunion de l’UDR, ainsi que s’appelait alors le parti gaulliste. Nicolas Sarkozy, vingt ans, cheveux longs, pull shetland, un vrai look de ce qu’on appelle alors les minets, monte à la tribune. Sur son chemin, Chirac lui lâche c’est toi, Sarkozy ? Tu as cinq minutes pour parler. Nicolas se lance : « Être jeune gaulliste, c’est être révolutionnaire « Il parle vingt minutes, les 6 000 militants l’applaudissent, les barons sont bluffés. Chirac le remarque, Pasqua, qui couve ce jeune espoir des Hauts-de-Seine, se frotte les mains, et Peretti, le maire de Neuilly, où réside Sarkozy, le veut sur sa liste aux prochaines municipales. La journaliste Catherine Nay consacre même à ce « gamin hirsute » un premier article.

A treize ans Sarkozy lui-même, date plus volontiers son entrée en politique à la campagne de Chaban-Delmas en 1974. Il adhère alors à l’UDR, aide à retaper la permanence locale de Neuilly, et y draine des jeunes. Le croisant dans un couloir de la Rue de Lille, Robert Grossmann, dirigeant historique des jeunes gaullistes entre 1962 et 1976 et aujourd’hui demi-maire de Strasbourg, le fait monter dans l’équipe nationale. Si Crossmann n’avait pas été là, je ne serais pas ministre de l’intérieur. C’est lui qui m’a créé, a reconnu Sarkozy devant l’intéressé en lui remettant la Légion d’honneur à Strasbourg le 5 septembre 2003. Grossmann lui fait répéter les discours dans son bureau comme à un acteur. Il lui met des notes, après ses premières prises de parole publiques, pour le stimuler. C’est lui qui l’envoie aux assises du mouvement à Nice, et à une émission de télé. Et qui l’associe de très près à l’organisation du rassemblement des jeunes UDR au Bourget le 6 décentre 1975. Un grand raout organisé pour faire applaudir Chirac Premier Ministre. Lequel prévient aimablement Nicolas « Je veux 10 000 jeunes au Bourget ». « Tu auras autant de coups de pied au cul qu’il on manquera ». Il en viendra 20 000, grâce sans doute largement à l’affiche du spectacle Thierry Le Luron, Nicolas Peyrac et le groupe « Il était une fois », sous un logo arc-en-ciel avec un slogan qui ne prenait pas trop de risques.

« Dans 25 ans, l’an 2000 ».

En remerciement, Chirac invitera Grossmann, Sarkozy et leur bande à dîner à Matignon. Le jeunot explique alors avec aplomb à Chirac qu’il faut rénover le mouvement et supprimer la croix de Lorraine. Chirac rigole et lui fait miroiter un avenir de ministre...Bon orateur, chauffeur de salle, organisateur de choc, Sarkozy, qui contribue ensuite au meeting de lancement du RPR le 5 décembre 1976, ne compte pas son temps ni sa disponibilité. En contact direct avec les chefs, il devient le bras droit de Pasqua, conseiller à l’organisation. « Il a appris de Pasqua « l’esprit de clan », note Eric Raoult, qui à l’époque se lie avec lui tout comme le député Mariani, Karoutchi, et quelques autres plus âgés, comme Devedjian, Balkany et autres « Pasqualitos » Sarkozy leur est toujours fidèle aujourd’hui.

Il s’investit aussi comme militant à Neuilly, grimpant tous les échelons un à un délégué départemental des jeunes des Hauts-de-Seine en 1975, responsable de la section de Neuilly en 1976, secrétaire de la circonscription Neuilly-Puteaux en 1977, il est élu la même année conseiller municipal RPR de Neuilly, 37° de liste sur 37. Ouf !..

Et les études dans tout ça ? Ah, les études... Retour en arrière « Nous avons passé le bac B en 1973, le bac des branleurs, sans mention », se souvient Jean-Marie Chaussonnière, aujourd’hui avocat, qui a connu Sarkozy dès le lycée, à Saint-Louis de Monceau, et qui a écumé avec lui les plages prés de Royan. Les dragueurs un rien présomptueux se surnommaient alors « Légionnaires de l’amour ». A la rentrée 1973, Sarkozy et Chaussonniére s’inscrivent tous deux en fac de droit à Nanterre. La période est agitée, entre l’extrême gauche et la droite, ils animent l’antenne très minoritaire du syndicat étudiant gaulliste Anef. La politique, encore... A l’été 1975, les deux copains partent au volant d’une vieille Coccinelle en Turquie, avec un drapeau français à bord : ils se photographient avec place de la Concorde, puis dans chaque capitale.

Lors d’une grève étudiante qui se prolonge pendant deux mois l’année suivante, en 1976, Nicolas, téméraire, prend la parole en pleine AG pour réclamer la reprise des cours, et avec une certaine fraîcheur il commence son plaidoyer : « Je suis un jeune gaulliste, et.. » Une meute de trotskistes, dont Julien Dray, d’après un témoin de l’époque, lui tombe dessus. Roger Karoutchi, alors président du groupuscule Anef, se souvient encore d’avoir vu Sarkozy, la chemise toute déchirée, débarquer au siège à Paris, pour raconter l’incident, avec indignation. « A l’époque, toujours on jeans, les cheveux longs frisés, plus blonds qu’aujourd’hui, il avait un air romantique flamboyant, en plus déterminé, plus volontaire qu’aujourd’hui. » Et Raoult complète : « Ce n’était ni un héritier ni un milliardaire simplement un jeune loup très branché filles ». Le légionnaire de l’amour, toujours.

Cette même année 1976. Sarkozy et son autre amie de fac Isabelle Caullery, qu’il fait entrer dans l’équipe nationale des jeunes UDR sont choisis pour un tour de France des fédérations, à raison de deux réunions par semaine. Entre la grève étudiante qui a entraîné l’annulation des examens de juin et cette activité militante débordante, Isabelle redouble sa licence. Et Sarkozy ? Personne n’ose supposer aujourd’hui que le ministre de l’Intérieur ait pu redoubler une année de faculté. Pourtant, il n’obtient sa maîtrise de droit privé qu’en 1978, cinq années après son bac.

En marge de cette double vie politique et étudiante, NICOLAS fait aussi des petits boulots, tous les samedis, pour s’offrir des vacances et une voiture. Il travaille d’abord chez un pépiniériste de Neuilly, puis chez un glacier qui veut le garder et l’embaucher. En 1978, Sarkozy part sous les drapeaux, qu’il affectionne tant. Pas trop loin, il fait ses classes sur la base aérienne du Bourget, avec Eric Raoult, jeune élu comme lui. Il est préposé au nettoyage de la cage des singes de l’Ecole d’application de l’armée de l’air. Mordu par un des animaux au bout de deux mois, il en sera quitte pour une méningite qui le mettra à plat tout un trimestre.

En parallèle, une fois terminé son petit ménage, Sarkozy rentre à Sciences Politique et se met à bûcher dur. Il soutient en 1981 un mémoire de DEA sur le référendum du 21 avril 1969. Histoire de liquider l’héritage gaulliste, ou de plancher sur la régionalisation voulue par le Général.

A partir de 1978, Sarkozy prend un brin de distance par rapport à l’appareil RPR, en pleine vague d’antigiscardisme. Certes, il a refusé en 1974 la proposition de son copain Hugues Dewavrin de rejoindre les Jeunes giscardiens dirigés par Bussereau et un certain Raffarin, mais il s’est lié depuis avec Olivier Barre, le fils de Raymond Barre. Certaines nuits mémorables, Nicolas, en pleine forme, chantait, de tout temps, il fut un homme qui aime la vie, sans jamais outre passé les notions de la morale. Mis à la tête du comité de soutien des jeunes à la candidature de Chirac en 1980, Sarkozy organise des débats passionnés à Sciences Politique. Et il continue à arpenter les meetings pendant la campagne présidentielle. C’est d’ailleurs au siège de campagne, rue de Tilsit, qu’il commence à se lier avec Monsieur Balladur, alors devenu le conseiller le plus écouté de Chirac. La méthode Sarkozy consiste à apporter des solutions, pas des problèmes, Chirac adorait », se souvient le Eric Raoult.

La même année 1981, après avoir longtemps hésité à devenir journaliste, il se résout au dernier moment à passer le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, sur les traces de sa mère. Il est embauché dans la foulée par l’avocat Guy Danet. Certes, à vingt ans seulement, Nicolas expliquait souvent à ses proches que, quand il serait grand, il deviendrait Premier ministre ou président de la République. Mais il avait parfois eu des doutes sur sa vocation. Ainsi Gérard Kuster, responsable en titre des jeunes RPR de 1977 à 1981, se souvient qu’un jour de déprime Nicolas lui avait confié « Si je ne réussis pas en politique, je créerai une entreprise de surgelés. »

Le 30 mars 1993, ce n’est pas la Saint-Nicolas mais c’est la fête. Après le triomphe de la droite aux législatives, Sarkozy est nommé ministre du Budget et porte-parole du gouvernement Balladur sous la deuxième cohabitation. « J’ai donné dix-neuf ans de ma vie pour ce résultat », confiera-t-il à la journaliste Ghislaine Ottenheimer. Il en a effectivement beaucoup fait. Plusieurs semaines avant la formation de ce gouvernement, il laisse entendre qu’il postule pour le ministère du Budget ; en fait, Monsieur Balladur le lui a déjà promis. Il a d’abord voulu le caser au Logement, mais Sarkozy a décliné l’offre il sait que les ténors ont presque tous entamé leur carrière gouvernementale au Budget. Juppé ou Fabius, après un certain Jacques Chirac, sont passés par là.

Problème, ces trois-là étaient énarques et lui avocat. On lui a fait une formation accélérée, dit un ancien de son cabinet, recruté pour l’essentiel au sein de la direction du Budget. L’élève Sarkozy est attentif. « Il comprenait tout très vite », se souvient l’un de ses répétiteurs d’alors. Il réussit son examen de passage avec le collectif budgétaire de mai 1993 censé corriger les errements de la gestion socialiste. Dans les premières semaines, Nicolas, à l’unisson du gouvernement, accable la gestion précédente : l’insupportable héritage des socialistes serait la cause unique des économies envisagées. Mais le suicide de Pierre Bérégovoy, le 1er mai, l’oblige à mettre un bémol. « On ne pouvait plus se servir franchement de cet argument, confie l’un de ses collaborateurs de l’époque, on aurait eu l’air d’aboyer avec les chiens. »

La crise monétaire est l’occasion des premières passes d’armes entre Chirac et Balladur. Au maire de Paris, son « ami de trente ans » reproche de ne pas l’avoir soutenu dans l’épreuve Voilà Nicolas Sarkozy contraint de sortir de l’ambiguïté. Edouard Balladur en a fait son premier lieutenant, mais, en prévision de 1995 qui avance à grands pas, Chirac lui avait confié son antenne présidentielle. Il quitte celle-ci sur la pointe des pieds. Son choix, c’est Monsieur Balladur, même s’il ne le crie pas encore sur les toits. Dès l’été 1993, c’est l’échéance de 1995 qui domine tout le reste. Elle distrait de sa tâche le bon élève de Bercy. Porte-parole du Premier ministre, puis, naturellement, du candidat, on le « soupçonne » de faire entrer dans ses décisions des calculs électoraux. Comme l’indulgence fiscale accordée à l’OM, ou l’affaire des HLM de la Ville de Paris, dont Sarkozy a transmis le dossier au parquet ? « J’aurais commis une forfaiture si je ne l’avais pas fait » plaide le ministre mis en cause, en assurant que c’est du temps de son prédécesseur socialiste que le fisc a lancé les premières enquêtes à l’origine des poursuites. En tout cas, l’instruction fait des dommages collatéraux dans son camp, notamment la mise en examen du ministre de la Coopération, Michel Roussin.

Lorsque Nicolas prend la Mairie de Neuilly à la hussarde en 1983, il n’a que vingt-huit ans. Cette cité huppée, forte de quelque 60 000 âmes, fait rarement la une de la rubrique banlieue et ne connaît pas de vraies difficultés. Ce n’était pas trop difficile, Nicolas devait se mettre dans les pas d’Achille Peretti » (le précédent maire, mort en cours de mandat). Sarkozy l’a évidemment vite compris. Elu par le seul conseil municipal, il lui faut faire ses preuves auprès de ses nouveaux administrés s’il veut rallier leurs suffrages aux prochaines élections.

Lorsque décède le Président Achille Peretti en Avril 1983, les candidats au poste de Maire étaient nombreux » De Charles Pasqua, à Florence d’Arcourd député sortante, du conseiller général Louis Charles Barry, en passent par un banquier connu à Neuilly « qui aurait penser que ce serait un jeune avocat âgé de 28 ans, qui triompherait de cette abondance de candidats ? Ses vrais amis, « dont à l’époque je faisais parti » étaient sur de son élection. J’en citerai un, qui de tout temps, fut un fidèle de Nicolas son nom « Philippe Grange », un honnête et grand monsieur. Tout deux, étaient conseiller sous Achille Peretti ; Un Dame a aussi joué un rôle important le jour de l’élection « Madame Gorce Franklin ». Impossible de ne pas citer « Brice Hortefeux « , son meilleur ami, il est aujourd’hui à ses côtés « Place Beauvau ». Brice, c’est l’intelligence, le calme, le bon sens, le fidèle. J’étais aux côtés de Patrick Balkani, chez la Maman de Nicolas, le soir de son élection, ce soir là, il a dit à Brice « Tu restes avec moi, tu seras mon Directeur de Cabinet. Rarement, j’ai été aussi heureux.

Nicolas, joue donc à fond la continuité. Ne rien brusquer, ne rien changer. Il garde le bureau de son prédécesseur en l’état, conserve la même secrétaire, » Babette « le même chauffeur. Sa seule touche personnelle, c’est d’arpenter les rues de la ville « en quête de la moindre crotte de chien, du moindre parterre de fleurs défraîchi », se souvient un habitant. « Tout comme Peretti, qui se promenait un petit carnet à la main et notait tout ce qui n’avait pas été fait par les services municipaux », raconte encore Jean-François Probst, ancien proche de Pasque et Neuilléen de longue date.

Autre petite innovation, Nicolas Sarkozy, est invité chaque soir dans un salon différent, histoire de faire mieux connaissance avec cette bourgeoisie qui se complaît en autarcie. Il y organise des réunions sur différents thèmes : la propreté, l’école, la sécurité. Son côté jeune, dynamique et propret plaît. Il devient la coqueluche de Neuilly. « On se l’est vite arraché Il lui arrivait de faire trois dîners dans la même soirée », se souvient un conseiller municipal. Le nouveau maire investit également les conseils d’établissement, se met dans la poche de nombreux parents d’élèves, et ça marche. En 1985, il passe brillamment l’épreuve du suffrage universel 73% des voix au premier tour. Sarkozy a été adoubé. Il obtiendra des scores semblables jusqu’à sa réélection, en 2001.

Mais Sarkozy maire, n’a pas toujours pu faire plaisir à ses amis. Ainsi, Jean-Claude Decaux, le Monsieur Affichage, Sanisette et Moto crottes, vieux copain du maire de Neuilly, en a fait les frais. Il était seul en lice pour la gestion de quatre panneaux lumineux, raconte un élu, Il emporte donc le marché. Mais le préfet, devant la menace de procès de différents concurrents, a dû revoir l’appel d’offres. Autre déception : Decaux n’a pas non plus obtenu le renouvellement de la concession des Moto-crottes. D’où une colère homérique dans les locaux de la mairie, Decaux hurlant que » sa société, basée à Neuilly, rapportait assez de taxe professionnelle pour qu’on lui file le marché ». Bary, lui, qui gère la ville avec à peu près autant d’audace que son illustre prédécesseur, croit devoir souligner qu’une des grandes réussites de Sarkozy est d’avoir introduit de la culture à Neuilly. En rénovant le cinéma et le théâtre, alors qu’un autre est encours d’achèvement, on peut aussimettre à son actif la construction d’une piscine achevée à l’automne 2003, d’une maisons de retraite, l’extension de l’hôpital et la mise envoie souterraine d’une partie de avenue Charles de Gaulle.

Parmi ces nombreuses actions, on doit porter à ses son crédit : la gestion de l’affaire Human Bomb. Là, le maire a pris son courage à deux mains. Se proposant même de devenir otage en lieu et place de petits écoliers séquestrés. Pendant ces quatre ans le conseil municipal n’a pas été tous les jours à la fête. Il est très difficile de le contredire dans une discussion, il devient très tranchant, déplore Bary. Même son de cloche de la part des élus de gauche. « Il prend très mal le fait que l’on s’abstienne quand il propose quelque chose ». Alors imaginez sa colère quand on ose voter contre ! » Pas facile, du coup, d’être dans l’opposition à Neuilly.

Laquelle ne compte effectivement que deux élus socialistes, un Vert et un Front national. Les deux premiers mandats, il a été infernal avec nous, se rappelle Lucienne Buton, sa plus ancienne opposante. « Ensuite, ils s’est calmé, et nous a fait entrer dans les principales commissions. Mais, comme on reçoit l’ordre du jour systématiquement trop tard, il est impossible de travailler correctement » Pourtant, cette poignée d’élus de gauche tente de se battre pour que Neuilly se dote de quelques HLM supplémentaires. Les employés municipaux et les femmes de ménage habitent à plus d’une heure d’ici », s’insurge encore Lucienne. Une loi imposant aux communes depuis décembre 2000 un quota de 20 % de logements sociaux, Nicolas Sarkozy a lancé des projets : « Ce qui lui a permis de ne pas payer l’amende prévue en cas de non construction de HLM. Mais, côté réalisation, on ne voit pas pousser grand-chose... Le maire de Neuilly a fait le maximum, contenu du peu de terrain que cette ville a de disponible.

C’est Nicolas Sarkozy par exemple, qui en septembre 2002 a prononcé le discours à la mémoire des pompiers disparus dans un incendie. D’aucuns prétendent qu’il préparerait l’arrivée de sa délicieuse épouse à la mairie. « La rumeur, et la délation, ont la dent dure en Pays Gaulois. En juin dernier, Nicolas Sarkozy confiait à Paul Amar, dont il était l’invité sur Paris Première, qu’il ne s’écoulait « pas un jour » sans qu’il pense « plusieurs fois » à la prise d’otages survenue le 13 mai 1993 à la maternelle Charcot de Neuilly. Ce jeudi matin là, Sarkozy, maire de Neuilly, est aussi ministre du Budget. Il est en réunion à Matignon. Un huissier interrompt la séance engagée avec Balladur et informe Sarkozy d’un appel d’urgence en provenance du Ministère de Intérieur. Charles Pasqua, alors ministre de l’intérieur, fait bref : une prise d’otages vient d’avoir lieu dans un groupe scolaire de Neuilly, un homme retient 21 gamins et leur blonde institutrice sous la menace d’une bombe qu’il porte à la ceinture.

Dans une lettre paraphée « HB », le forcené réclame une rançon de 100 millions de francs (15 millions d’euros). Le temps que les policiers comprennent que HB signifie Human Bomb, les hommes du Raid (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) verrouillent les abords de l’école. Parmi eux figure Christian Lambert, aujourd’hui aux commandes de ladite unité. L’affaire est confiée au commissaire divisionnaire Louis Bayon. Dans le même temps, Sarkozy, fort d’un « Allez-y foncez » énoncé par Edouard Balladur, file à toute allure sur ses terres électives. Là, informé par Pasqua retranché dans la cellule de crise installée Place Beauvau, Nicolas Sarkozy, fend une foule de parents au bord de la crise de nerfs. Et investit illico l’école.

Il n’en sortira véritablement qu’à 8 heures le samedi 15 mai, soit 46 heures plus tard. Après la « neutralisation », en d’autres termes la mort, d’HB, abattu dans son sommeil par les policiers du Raid sur ordre de Monsieur Pasqua. Au-delà de ce drame, deux jours durant, Sarkozy a fait preuve d’un vrai courage qui lui vaut la reconnaissance éternelle des parents d’élèves. Pendant deux nuits, entre la loge de la gardienne et le couloir qui mène à la classe, il négocie pied à pied avec celui dont enquêteurs et opinion apprendront après sa mort qu’il s’appelait Erick Schmitt. Dans l’après-midi puis la soirée du jeudi 13 mai, le courageux Nicolas obtient d’abord la libération de 15 enfants en échange d’argent, 100 millions en tout (15 millions d’euros). La seule chose qui importait, c’était de diminuer le nombre d’otages. Alors, on en échangeait un contre un message télé, un autre contre de l’argent, témoignera Sarkozy peu après le dénouement de l’affaire. Le vendredi, la situation se corse. Erick Schmitt s’énerve, exige un interlocuteur encore « plus important que Sarkozy » Lequel lui propose un marché :

« Prenez-moi en otage contre la libération des 6 enfants restants. » C’est non. Le procureur et le préfet des Hauts-de-Seine prennent alors le relais. Les négociations piétinent. Les parents, massés aux portes de l’établissement, sont sur de point de craquer. Nicolas Sarkozy, qui fait la navette intérieur-extérieur, leur demande de faire confiance aux autorités. HB commence à fatiguer Dans l’intervalle, histoire de lui prouver qu’il suit personnellement l’affaire, Pasqua lui a fait transmettre sa carte d’identité. La nuit tombe, l’épreuve de force marque une pause. La dernière. Le samedi à 5 heures 30, Pasqua donne au préfet l’autorisation de faire intervenir le Raid. Une heure plus tard, HB s’endort. Douze membres du Raid pénètrent dans la classe en silence.

Deux se placent en position de tir, l’un fait usage de son arme. A 7 h 25, Erick Schmitt est mort. A 7 heures 35, Nicolas Sarkozy quitte la loge de la concierge dans laquelle il était basé. Un peu avant 8 heures, Charles Pasqua se montre : face à la caméra, devant l’école, il annonce la fin de ce tragique épisode. Les morceaux de bravoure de ces 46 heures le rendent encore plus populaire, les habitants de Neuilly sont fiers de leur Premier Magistrat. Quand il devient ministre de l’intérieur, il demande illico des nouvelles de Louis Bayon, chef du Raid au moment des faits. La carrière de Bayon ronronne. Sarkozy le sort à juste titre du placard et en fait le boss des Groupements d’intervention régionaux (GIR). André-Michel Ventre, patron jusqu’à cet automne du tout-puissant syndicat des commissaires, était, en mai 1993, chef de poste au commissariat de Neuilly. Christian Lambert, patron du Raid et acteur de l’assaut de l’école, est plus que jamais dans les petits papiers ministériels. Après l’interpellation d’Yvan Colonna, Nicolas Sarkozy lui a signifié son « affection » en l’élevant au rang de contrôleur général des services actifs de la police nationale.

Maître du barreau.

Maire, Monsieur Sarkozy a toujours préféré le plaidoyer politique à la plaidoirie judiciaire, mais il a su apporter à ses associés de belles affaires.

À VINGT-TROIS ANS, Nicolas rêve déjà de devenir président de la République. Mais en attendant il lui faut un métier. En abandonnant le cursus de Sciences Politique, il sait que l’ENA n’est pas pour demain. Comme sa Mère, il sera donc avocat. Après une maîtrise de droit privé, il prête serment en 1981. Il était très fier dans sa robe toute neuve, se souvient Arnaud Claude, qui deviendra son associé. Pour lui c’était une réussite. Pas de quoi, pourtant, allumer l’étincelle de la vocation.

Il trouve son premier poste, à quelques pas du domicile familial, rue de Prony à Paris. Une amie de sa mère le recommande auprès de Guy Danet, membre associé d’un grand cabinet. Même si son équipe est au complet, Danet accepte de le recevoir. Déjà bon avocat, le jeune audacieux persuade son interlocuteur de l’embaucher comme collaborateur, et il emporte le morceau. Plus tard, lors des négociations, en 1993, sur le CIP, surnomme « SMIC Jeunes », Sarkozy, porte-parole du gouvernement Balladur, dira auprès des opposants au projet d’avoir commencé sa carrière à 3 200F par mois.

Quand il entre chez Danet, Sarkozy n’ambitionne pas de faire carrière. Il n’a jamais eu la prétention de devenir un grand avocat, confirme son ancien employeur. Dès le début, le conseiller municipal de Neuilly traîne la patte, préférant l’hôtel de ville au cabinet. Mais quand, en septembre 1981, Danet lui confie sa propre campagne pour être bâtonnier, Sarkozy se réveille. Quelle belle occasion de se faire la main. Il se démène. « C’est le collaborateur qui m’a le plus aidé, confie Danet.Tous les lundis on se retrouvait avec 15 à 20 confrères pour les convaincre de voter en ma faveur. » Et dans la foulée Nicolas en profite pour tisser son premier réseau chez les avocats. Pour moi c’était dans la poche, ajoute Danet, pourtant, tout le monde pensait le contraire car j’avais beaucoup de handicaps à surmonter face à mes concurrents.

La fin de la campagne et la prise de la mairie de Neuilly, quelques mois plus tard, éloignent durablement Monsieur Sarkozy du barreau. A la robe noire il préfère l’écharpe tricolore. Dès lors il n’est plus avocat qu’à mi temps. Depuis mai 2002, son poste de ministre étant incompatible avec son activité, le cabinet d’associés s’est converti on société d’exercice libéral, dans laquelle Nicolas Sarkozy n’est plus qu’actionnaire. Un bon arrangement qui lui permettra si besoin de retrouver sa place à la fin de ses fonctions. Mais le cabinet n’allait tout de même pas se priver d’une aussi belle enseigne. Il porte toujours son nom.

En s’emparant de la mairie de Neuilly on 1983, Nicolas Sarkozy s’est non seulement constitué une solide base électorale, mais il a aussi enrichi son carnet d’adresses de quelques administrés forts influents. Le jeune maire commence par s’attacher les faveurs de feu, Jean-Marc Vernes, banquier de son état et grand pourvoyeur du RPR, très proche des couples Chirac et Balladur. Comme son prédécesseur Achille Peretti, Sarkozy en fait son rapporteur général du budget à la mairie. Ce dont Florence d’Harcourt, ancienne députée de Neuilly, feint encore de s’étonner.

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