Nicolas Romanov où es-tu ? Revient.

Lundi 22 novembre 2010 // Le Monde

A Moscou, fausses pendaisons dans un supermarché, ou banquet improvisé dans le métro mais aussi « baise en l’honneur de l’ourson héritier. « Dimitrie Medvedev ».

En Russie, formation des individus intrépides et libres. « Nicolas Romanov où es-tu ? Revient. »

En lutte ouverte contre les autorités, le collectif artistique russe Voïna multiplie les performances au parfum de scandale. Un type de contestation qui séduit en particulier les jeunes.

Le 16 septembre dernier, des militants de Voïna [Guerre, en russe] ont renversé deux voitures de police à Saint-Pétersbourg, au cours d’une performance qu’ils ont appelé Révolution de palais. Beaucoup de sympathisants de ce groupe artistique ont désapprouvé leur geste.

Cette initiative symbolique dirigée contre les institutions est discutable, estime le chanteur à textes Psoï Korolenko. Quoi qu’il en soit, en pareil cas, l’artiste doit prendre ses responsabilités et assumer les conséquences de ses actes. C’est de la pure délinquance, je n’aurais jamais pensé que vous tomberiez aussi bas, écrit un certain Kirdyk dans un commentaire sur le blog d’Alexeï Ploutser-Sarno, dit Plout ["Vaurien"], l’un des militants de Voïna. Lev Ponomrev, célèbre militant des droits de l’homme, estime lui aussi que ce geste n’était pas très judicieux. Certaines personnes le critiquent d’un point de vue purement artistique. Mais toutes ces opinions, les militants de Voïna s’assoient dessus. Cela fait longtemps qu’ils n’écoutent plus personne. Voïna a désormais abandonné l’escarmouche pour passer au combat véritable.

Des actions d’abord politiques

A sa création vers 2007, le groupe comprenait une trentaine de personnes ; poètes, philologues, journalistes, étudiants, rassemblés autour d’un même objectif, protester contre ce qui se passait en Russie. La plupart n’étaient pas des artistes avant d’entrer dans le groupe, se souvient Oleg Vorotnikov, artiste moscovite, l’un des fondateurs du groupe, et aujourd’hui encore, beaucoup ne se reconnaissent pas comme tels. Kozlionok (Cabri ) mais aussi diminutif de koziol, « salaud » est diplômée en physique et en mathématiques, elle travaille sur de nouvelles méthodes de traitement du cancer. Plout, qui nous a rejoints en 2008, est un philologue reconnu, auteur d’un dictionnaire de mat [vocabulaire grossier très créatif et vivace, composante importante du langage]. Pétra Verzilov a fait des études de philosophie à l’université d’Etat de Moscou, et Lionia Nikolaïev, notre président sous le pseudo de lobnouty (Enculés) formé sur la racine « iob » ; l’un des éléments de base du mat], est un expert en matériaux, diplômé de l’Académie des technologies de chimie fine, qui a travaillé plusieurs années dans un institut de recherche. Les autres n’ont pas fait d’études aussi poussées, mais aucun n’a suivi de filière artistique.

Nous n’avions pas pour but de nous faire un nom sur la scène artistique, toutes les actions de Voïna sont d’abord politiques. Elles constituent un défi brutal et direct aux pourris en uniforme, aux vampires qui siègent au pouvoir, à ceux qui lèchent le cul du Kremlin et plus généralement au monde du fric et du capitalisme. Nos convictions sont celles de gauchistes purs et durs.

Un entraînement éreintant

Le groupe a un slogan, Démerdez-vous tout seul ! C’est notre programme de gouvernement, nous informe Kozlionok. Cela signes, prenez-vous en main et agissez sans tenir compte des injonctions venues d’en haut. L’emprise de l’État doit se réduire progressivement, jusqu’à disparaître. Démerdez-vous tout seuls ! ça veut dire aussi, foutez la paix aux autres, cessez de persécuter ceux qui pensent autrement que vous’. Parmi les actions de Voïna qui ont fait le plus de bruit, on trouve Humiliation du flic à domicile, qui a vu les militants faire irruption dans un commissariat et bombarder les agents de tartes à la crème. Il y a eu aussi Boîte interdite : le groupe a soudé des tôles sur la porte et les fenêtres du restaurant Opritchnik, qui appartient, selon les termes de Vorotnikov, au lèche-cul numéro un du Kremlin ; le populaire journaliste de télévision « Michka Léontiev ».

Dans la pratique, notre principe de base est très simple, il s’agit de ne pas se faire pincer, explique Kozlionok, Natalia de son vrai prénom. Au premier abord, cette brune aux longs cheveux bouclés semble être une inoffensive jeune fille, mais ne vous y fiez pas. En réalité, elle est l’un des cerveaux de Voïna. Chaque performance est précédée de séances d’entraînement éreintantes, nos mouvements sont répétés jusqu’à devenir des automatismes. Pour réaliser « La Bite » prisonnière du FSB, nous n’avons eu besoin que de vingt-trois secondes (dans la nuit du 14 au 15 juin dernier, 40 personnes ont dessiné un phallus long de 65 mètres et large de 27 sur le pont mobile Liteïnyde Saint-Pétersbourg.. Lorsque le pont s’est ouvert, l’image s’est retrouvée dressée juste devant les bureaux du FSB, situés en face. Mais malgré tout, on n’a pas été assez rapides. Lionia Iobnouty a été arrêté par des agents de sécurité qui l’ont .remis à la police. Il a passé deux jours en garde à vue, durant lesquels il n’a pas cessé de faire chier tout le commissariat. Il a fait pareil avec la juge Vassilenko lors de son procès au tribunal de la rue Tchaïkovski. Il comparaissait pour des actes de délinquance. Finalement, elle a reporté l’audience.

La question que l’on pose le plus souvent à ces militants est comment se fait-il que vous soyez encore en liberté ? ; « Beaucoup de gens nous soupçonnent d’avoir un protecteur haut placé, s’indigne Alexeï Ploutser Sarno. C’est absurde. Le truc, c’est qu’en Russie la police est tellement corrompue, qu’on peut s’en tirer en filant cent dollars aux flics pour qu’ils vous relâchent. Mais le plus souvent, ils profitent de l’effet de surprise. Le temps que la police réalise ce qui se passe, ils ont déjà mis les voiles.

Un autre secret de leur pérennité est l’énorme publicité qu’ils font autour de leurs actions. Lionia Iobnouty est même passé aux informations de la chaîne Vesti-24, au sujet du dessin sur le pont Liteïny. Le côté politique de cette action et l’attention que les médias lui ont accordée ont clairement influé sur l’attitude des policiers qui, du coup, n’ont pas osé me toucher, reconnaît-il. L’écho a été démentiel. Les habitants de Saint-Pétersbourg se sont régalés en allant se prendre en photo devant notre dessin, et les taxis continuent à proposer aux touristes de leur montrer le fameux pont.

Rattrapés par la justice

Voïna est depuis longtemps dans la ligne de mire des services de lutte contre l’extrémisme (le département E ). Ils ont déjà été convoqués à la Loubianka - siège du FSB à Moscou, après leur Humiliation du flic, ainsi qu’après une autre action retentissante qui remonte à la veille de la présidentielle de 2008, lorsqu’ils avaient organisé une partouze protestataire dans l’une des salles du musée Timiriazev, le musée national de biologie.

Mais pour avoir renversé des véhicules de patrouille de la police, Voïna s’expose à de graves ennuis. On est en plein dans les contrôles et interrogatoires, nous a confié l’un de ceux qui ont participé à cette action. Les dommages causés aux voitures -sont insignifiants, et l’acte lui-même n’est pas un crime aux yeux de la loi, mais, cette fois, les flics veulent une peine exemplaire, pour eux c’est une question d’honneur, comme ils disent, et c’est une expression qui nous fait marrer les concernant. Nous leur avons demandé ce qu’ils espéraient gagner avec tout cela. Kozlionok nous a répondu ainsi : Nous avons déjà obtenu quelque chose. Autour de nous, c’est une jeunesse intrépide et libre qui grandit. Le nombre de nos militants a dépassé les deux cents et ne cesse de croître. Aucun de nous n’a peur des poursuites judiciaires. Ce sont des sortes de médailles, de récompenses pour notre droiture et notre bravoure. Quelles que soient les charges retenues contre nous, cela ne modérera en rien la conception ou l’exécution de nos projets. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le groupe n’a même pas d’avocat.

On nous reproche souvent d’être obscènes, on nous accuse presque d’inciter à la violence, relève Kozlionok. Mais on voit bien qu’aujourd’hui la plupart des tentatives pour faire quelque chose de constructif en faveur de la liberté ont échoué. Voïna se révolte hors des règles établies, et cela lui donne la possibilité non seulement de s’exprimer, mais aussi d’être entendu. PIoutser-Sarno est d’accord : Puisque le pouvoir ne respecte pas les lois, pourquoi les gens devraient-ils le faire ? Face à la folie et au délire, il faut riposter par une folie et un délire encore plus grands.

Il faut reconnaître que l’Empire avait du bon ; Les communistes ont pensé qu’à une chose « Avoir une armée puissante » le peuple Russe a été mille fois plus malheureux avec les bolcheviques. 60 millions de citoyens Russes furent massacrés par les bolcheviques.

Les Russes qui ont de l’instruction pensent que le Tsar Nicolas II aurait pu faire de la Russie une nation prospère ; Pour cela, il aurait fallu un « coup de pouce du destin ». Si cela avait été, la Russie aurait instauré une Monarchie démocratique comme ce fut le cas au Royaume unie.

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