Nantes, l’entreprenante !

Vendredi 28 janvier 2011 // La France

Jean-Marc Ayrault, maire de Nates depuis 1989.

Sixième ville de France en poids démographique avec 283 000 habitants, Nantes s’affirme comme la ville-phare de l’Ouest. Elle trône au premier rang des villes françaises pour l’attractivité et la qualité de vie.

Nantes met tout en œuvre pour retrouver son faste d’antan, celui qui a incité les ducs de Bretagne à faire de cette ville bordée par l’océan et l’embouchure de la Loire, leur capitale. L’ancien Portus Namnetorum, qui prend un véritable essor économique au XVIe siècle grâce au commerce maritime et fluvial, est rattaché à la couronne de France en 1532. Ligueuse pendant les guerres de religion sous les ordres du duc de Mercoeur, elle est une des dernières grandes villes à reconnaître l’autorité d’Henri IV, de sorte que la promulgation de l’édit de Nantes, en 1598, ne correspond pas à l’opinion de ses habitants. C’est à la révocation de cet Edit en 1689 et lors de l’instauration du Code noir (textes réglant la vie des esclaves noirs dans les îles françaises données en mars 1685 par Louis XIV) que l’ancien duché prospère en devenant une plaque tournante du commerce du sucre, du tabac et des esclaves, avec les colonies.

Tiraillée entre catholicisme et protestantisme, Nantes est aussi déchirée entre royalisme et républicanisme pendant la Révolution, au point de devenir un enjeu stratégique, militaire et politique de premier ordre. En effet, elle fournit une base arrière aux armées « bleues », et prive les Vendéens d’un port où recevoir de l’aide de l’Angleterre. Tout le long du XIXe siècle, l’ancienne capitale de Bretagne s’appuie sur l’activité de son port, la production agricole régionale et sa forte réactivité commerciale, pour conserver son influence économique régionale et nationale. Elle se positionne notamment dans l’industrie alimentaire — biscuiteries (LU), conserveries (Saupiquet) — mais aussi le textile et la raffinerie du sucre (Beghin Say).

CAPITALE VERTE

Nantes sait aussi rebondir quand la désindustrialisation vient à toucher son industrie lourde, en particulier les chantiers navals. Elle compense cette perte par le développement de l’économie de services et des nouvelles technologies. Tant et si bien que Nantes affiche aujourd’hui un dynamisme remarqué. Première place française pour l’agroalimentaire et la thérapie génique, la « patrie » de Jules Verne détient le titre de premier pôle français de sous-traitance électronique. Elle occupe aussi la deuxième place en aéronautique et en finances. A elle seule, l’ancienne capitale des Namnètes a généré, en 2007, plus de 30 milliards d’euros de produit intérieur brut (PIB). L’aire de Nantes-Métropole (qui regroupe aussi Saint-Nazaire) dégage près de 200 milliards d’euros de PIB. Comme un bonheur ne vient jamais seul, cette ville phare du Grand Ouest vient d’être élue capitale verte de l’Union européenne pour 2013. C’est la première commune française à recevoir cette distinction plus qu’honorifique. Ce label récompense presqu’un quart de siècle de travaux engagés par la municipalité et ses acteurs locaux en matière de protection de l’environnement : qualité de l’air, transports, gestion de l’eau, espace vert, biodiversité. Le célèbre Time Europe magazine n’avait-il pas élu Nantes, en 2004, « ville la plus agréable d’Europe » ?

PAS D’OPPOSITION

En ce sens, Jean-Marc Ayrault (PS) peut être fier de son travail. Son élection et ses réélections successives depuis 1989 ont apporté une stabilité politique nécessaire au développement économique. Car Nantes, jugée souvent versatile, a vu pas moins de 133 maires se succéder depuis la Révolution. De 1945 à 1989, les cinq édiles qui ont siégé à l’Hôtel de Derval (fief de la municipalité nantaise) étaient alternativement de gauche et de droite : Jean Philipot (PCF-1945-47), Henry Orrion (CNI-1947-65), André Morice (CR1965-1977), Alain Chénard (1977-1983), Michel Chauty (1983-1989). Depuis 1989, Jean-Marc Ayrault a considérablement changé le profil de la ville. Réélu trois fois à la tête de cette métropole régionale, il peut se vanter d’avoir un bilan local très positif au point d’étouffer toute opposition. Reste sa position idéologique comme homme de gauche engagé : elle exaspère par ses choix sociologiques. Mais la droite peine à attaquer le bilan du maire.

En 2001, il a même été réélu dès le premier tour, événement très rare pour une agglomération de cette taille. Aujourd’hui, la plus grande métropole de l’Ouest ne manque pas de projets urbains : centre-ville, quartier Malakoff, Île de Nantes. Déjà forte de quatre pôles de compétitivité, la ville se dote d’un pôle d’attractivité international, Euronantes, de 500 000 m2 de bureaux qui attire déjà de nombreuses grandes entreprises comme Veolia, Cap Gemini, Fidelia Assistance, RFF, Vinci... Nantes veut devenir « l’Entrepre-Nantes ».

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