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NOTRE PREMIERE MONDIALISATION.

La mondialisation, la guerre et la paix.

Jeudi 30 avril 2009 // L’Histoire

Dans la décennie qui précéda 1914, un grand débat agita l’Europe, sur les relations entre l’internationalisation de l’économie et les risques de guerre. Dans les milieux politiques français, ces débats s’attachèrent surtout aux relations franco-allemandes. On se demandait notamment si l’État français devait normaliser ses échanges économiques avec l’Allemagne. Prendre une telle décision, c’était accepter l’idée d’une séparation entre le monde de la grande politique et celui des relations économiques, en soutenant que même si la France nouait les alliances diplomatiques qui pourraient lui permettre un jour de récupérer l’Alsace-Lorraine, les Français pouvaient aussi entretenir des relations économiques « normales » avec leurs voisins allemands. Telle fut la position de ceux qui s’opposaient au nationalisme agressif du ministre des Affaires étrangères Delcassé. C’était aussi la thèse de ceux qui, à l’instar de Testis, militait pour une libéralisation complète des exportations de capitaux.

II est un peu difficile en France de parler de l’Allemagne en toute liberté d’esprit. Elle est comme un voisin hautement qualifié, avec lequel on aurait jadis perdu un gros procès... Cependant, nous ne sommes pas en guerre avec l’Allemagne. Trente-sept ans se sont écoulés depuis la douloureuse épreuve de 1870. Nous sommes dans la situation où se trouvaient nos pères trente-sept ans après Waterloo au regard des Anglais, des Russes, des Prussiens, des Autrichiens, des Saxons, des Suédois, qui avaient envahi et diminué le territoire. Est-ce qu’en 1852 il serait venu à la pensée d’un Français de faire grief à des banquiers de Paris et de province d’avoir des relations importantes et suivies avec des correspondants de ces diverses nationalités ? Aujourd’hui même, qui blâme un négociant de Reims ou d’Épernay de vendre ses vins de Champagne ; un fabricant de Calais, ses dentelles ; un couturier, ses robes ; un grand magasinier, des articles de Paris, à des marchands ou clients de Berlin, de Hambourg ou de Francfort ? Comment ces négociants ou industriels qui commercent avec l’Allemagne recevraient-ils la contre-valeur de leurs livraisons, si des banquiers français ne s’en chargeaient pas par l’intermédiaire des banques allemandes, et comment ces rapports pourraient-ils naître et durer entre les sociétés de crédit des deux nations, s’ils ne comportaient
pas ces échanges de fonds sous toutes les formes... Car les banques vendent de l’argent, comme les hommes d’affaires qu’on vient de citer, vendent des dentelles, des toilettes, ou des articles de Paris.

Ceux qui refusaient la normalisation soutenaient qu’une telle politique avait pour corollaire l’abandon définitif de tout espoir de récupérer les provinces perdues en 1870. En laissant les Allemands accéder librement au marché français des capitaux, expliquaient-ils, on renforcerait les capacités militaires de l’Allemagne, ce qui rendrait la guerre plus probable et plus menaçante pour la France. Comme le disait Lysis, qui avait lancé le débat sur les exportations de capitaux : Prêter des capitaux à la grande industrie allemande, dans les conditions où elle fonctionne, c’est commanditer l’impérialisme allemand.

Lorsqu’il revint, après la guerre, sur les débats qui avaient accompagné l’internationalisation des marchés de capitaux, Lysis écrivit que la grande erreur des Français avait été de considérer la nationalité comme un concept démodé, voué à se dissoudre dans une économie mondiale ouverte. Quiconque parlait alors de pouvoir national ou de défense nationale se voyait taxé de chauvinisme :

Ah, ce pauvre Déroulède, était-il assez ridicule avec son Alsace‑Lorraine, ses grands gestes enflammés et sa longue redingote apparemment aussi démodée que ses idées ! Quel pompier ! Mais tout de même il avait raison, le brave homme. L’internationalisme, c’est très bien, écrit Lysis ; mais nous avons vraiment pris nos rêves pour des réalités :

Depuis quarante ans, nous étions convaincus que les nations allaient disparaître, alors qu’elles se renforçaient dans tous les pays du monde.

Les controverses sur la mondialisation et ses effets sur la guerre et la paix allaient bien au-delà de la question des relations franco-allemandes. La question centrale était de savoir si le réseau des interdépendances économiques rendrait les États moins susceptibles de se faire la guerre. La contribution la plus connue à ce débat fut le livre The Great Illusion, publié en 1910 par le journaliste anglais Norman Angell. Il soutenait que dans le monde moderne, la guerre de conquête ne permettait pas de véritables gains. Dans un monde d’activités économiques étroitement intégrées, la guerre aurait un effet dévastateur, même pour le vainqueur. Angell décrit la mondialisation dans un vocabulaire qui rappelle à beaucoup d’égards le nôtre :

L’interdépendance vitale, qui traverse les frontières fut surtout l’oeuvre des quarante dernières années. C’est le résultat d’un usage quotidien de ces inventions de notre civilisation, qui datent d’hier à peine : la poste rapide, la dissémination instantanée de l’information financière et commerciale par le moyen du télégraphe, et plus généralement l’incroyable accélération de la communication, qui a permis à la demi-douzaine de capitales de la chrétienté de se rapprocher sur le plan financier, les rendant plus dépendantes les unes des autres que ne l’étaient les grandes villes anglaises il n’y a même pas cent ans.

Angell tirait de cette interdépendance l’idée de l’irrationalité de la guerre, une guerre fort peu probable parce qu’elle coûterait trop cher aux réseaux des échanges économiques internationaux pour constituer une option crédible.

Le livre d’Angell fut traduit en vingt-cinq langues, on en vendit des millions et on en parla beaucoup en Europe et en Amérique. Jaurès en commenta favorablement certains extraits à la Chambre, concluant comme lui que le réseau des intérêts économiques et financiers oblige tous les peuples à se ménager les uns les autres, à éviter les grandes catastrophes de la guerre.

Dans un discours prononcé devant les députés le 20 décembre 1911, Jaurès revenait sur ce sujet : De plus en plus les intérêts se diversifient, se mobilisent, se mêlent, s’enchevêtrent ; par-dessus les frontières des races et pardessus les frontières des douanes travaillent les grandes coopérations du capitalisme industriel et financières (Très bien ! Très bien !) et les banques, les grandes banques s’installent derrière les entreprises, elles les commanditent, elles les subventionnent, et en les commanditant, en les subventionnant, elles les coordonnent, et comme elles subventionnent en même temps les succursales lointaines dans tous les pays et par-delà les mers, voilà que la puissance des banques se dresse, coordonnant les capitaux, enchevêtrant les intérêts de telle sorte qu’une seule maille de crédit déchirée à Paris, le crédit est ébranlé à Hambourg, à New York, et qu’il se fait ainsi un commencement de solidarité capitaliste, redoutable quand elle est manœuvrée par des intérêts inférieurs, mais qui, sous l’inspiration de la volonté commune des peuples, peut devenir à certaines heures une garantie pour la paix.

Jaurès considérait, certes, la recherche de profits à l’étranger par les capitalistes comme un danger potentiel, quand elle se conjuguait avec la recherche de puissance et de prestige des États dans la course à la colonisation. Au cours des débats parlementaires sur Fachoda, la crise marocaine ou l’emprunt turc, Jaurès dénonça les puissants intérêts qui dirigeaient la politique gouvernementale, les querelles avec les Anglais et les Allemands autour du gâteau impérialiste, avertissait-il, pouvaient échapper au contrôle des politiques et déboucher sur un conflit armé. Il condamna ainsi le rôle des ventes d’armes dans l’exportation de capitaux, en évoquant « l’internationalisme des obus et des profits ». Mais en même temps, il soutenait que l’internationalisation de l’économie avait créé une situation dans laquelle les institutions démocratiques et la pression du mouvement ouvrier mondial pouvaient jouer en faveur de la paix.

Le monde présent est ambigu et mêlé. Il n’y a en lui aucune fatalité, aucune certitude. Ni le prolétariat n’est assez fort pour qu’il y ait certitude de paix, ni il n’est assez faible pour qu’il y ait fatalité de guerre.

Dans cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l’action humaine peut beaucoup.

Le 20 juillet 1914, Jaurès croit encore que la guerre peut être évitée, notamment si les capitalistes prennent conscience du danger qui menace leurs avoirs à l’étranger et s’ils interviennent à temps pour enrayer le fatal engrenage. Il écrit dans l’Humanité ; » Le capitalisme même, en ce qu’il a de plus sain, de plus fécond, de plus universel, a intérêt à apaiser et prévenir les conflits.

Jaurès pensait que l’internationalisation du capital pouvait jouer en faveur de la paix, notamment conjuguée à la pression des forces démocratiques. Ce relatif optimisme était partagé par d’autres socialistes, même s’ils y arrivaient par des raisonnements différents. Comme Jaurès, Jules Guesde considérait que la guerre trouvait ses causes profondes dans le capitalisme, mais il pensait que l’internationalisation de l’économie la rendait moins probable :

On pourrait donc presque dire que l’ère des grandes guerres européennes est close.

La Guerre sociale, le journal de l’antimilitariste Gustave Hervé, appelait les travailleurs à refuser de servir si le conflit éclatait ; ils devraient au contraire profiter de cette brèche dans le glacis de la loi et de l’ordre pour lancer un mouvement insurrectionnel. Mais Hervé, lui aussi, considérait que l’enchevêtrement des intérêts capitalistes par-delà les frontières réduisait la probabilité d’un conflit armé, évoquant cet avantage qui n’est pas à dédaigner, de diminuer les chances de guerre de nation à nation.

C’est à cette vision d’une mondialisation susceptible de créer des collaborations transnationales et par là de préserver la paix que s’en prit Lénine dans son opuscule de 1916, « l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme ». L’ennemi désigné, c’était Karl Kautsky, dont les idées sur les tendances pacifistes des cartels internationaux rejoignaient les vues de Jaurès et de Guesde. Pour Lénine, le « capitalisme monopolistique international » faisait alterner des phases de compétition pacifique et des moments de guerre, quand les capitalistes luttaient pour se partager les territoires du monde afin d’extraire leurs ressources et d’étendre leurs marchés. Les alliances qui pouvaient alors se nouer dans cette opération impérialiste étaient temporaires. Les forces relatives de leurs économies nationales évoluant, les puissances impérialistes tentaient de se tailler une part plus importante des territoires du monde. Les puissances les plus anciennes résistent, et la guerre est le moyen naturel de ce partage dans lequel se redessinent les rapports de force. Lénine décrit ainsi la croissance des capacités productives de l’Allemagne face au relatif déclin anglais, et la lutte qui s’ensuit pour traduire ce nouveau rapport de force dans les jeux d’influences de l’économie mondiale.

Faut-il se demander s’il y avait, sur le terrain du capitalisme, un moyen autre que la guerre de remédier à la disproportion entre, d’une part, le développement des forces productives et l’accumulation des capitaux, et, d’autre part, le partage des colonies et des « zones d’influence » pour le capital financier » ?

De fait, la Grande Guerre et l’effondrement immédiat des échanges transnationaux ôtèrent beaucoup de leur force aux arguments de ceux qui, comme Angell, pensaient que l’internationalisation économique rendrait les guerres moins rentables et donc moins probables. Même ceux qui y voyaient, en association avec la division du monde en empires coloniaux, une source de violences entre les nations, n’auraient jamais imaginé une guerre si totale et si massive qu’elle détruirait presque tous les liens de l’interdépendance économique. Personne non plus n’avait prévu l’effet destructeur de la guerre, non seulement pour la mondialisation, mais aussi pour les classes possédantes européennes. Prenons le cas de la France, qui fit partie des vainqueurs. À l’issue de la guerre, les deux tiers des investissements français à l’étranger étaient perdus. Et la propriété avait été détruite à un point tel que les inégalités en furent sévèrement réduites. « La guerre, comme l’a montré Thomas Piketty dans son ouvrage sur l’inégalité des richesses au siècle passé, s’est avérée le moyen le plus efficace de niveler les fortunes ».

La leçon de la Première Guerre mondiale, pour celui qui cherche à comprendre aujourd’hui les liens entre la mondialisation, la guerre et la paix, est simple et terrible : les liens internationaux d’un système économique mondial ne génèrent pas spontanément l’ordre et la sécurité. Le tissu d’investissements et de relations commerciales de la première mondialisation ne fut pas capable de produire un environnement politique moins propice à la guerre. Pas plus qu’il ne put contenir, dans la politique nationale, les passions nationalistes ou les ambitions expansionnistes. La recherche de profits qui amenait les capitalistes à poursuivre leurs opérations au-delà des frontières ne permit pas de nouer des liens d’interdépendance suffisamment solides pour empêcher les États d’entrer en conflit. Les réseaux commerciaux et financiers qui associaient les capitalistes du monde s’évanouirent quand la guerre éclata. Même l’extrême droite nationaliste se vit détromper, elle qui pensait que les investissements germaniques dans les usines et les mines françaises pourraient servir à l’Allemagne en temps de guerre. Dès le début des hostilités, en France comme ailleurs, les propriétés appartenant aux nationaux des pays ennemis furent confisquées par l’État.

La fin de la première mondialisation nous apprend donc que l’intégration économique internationale n’engendre pas spontanément un ordre mondial fondé sur des échanges pacifiques entre les nations. Quel que fût le degré d’interpénétration des intérêts politiques et économiques dans les pays de l’économie Nord-atlantique en 1914, les grands acteurs économiques se montrèrent incapables de freiner la course à la guerre. Même si la civilisation de l’argent et de l’industrie avait commencé à transformer les anciennes élites, éprises de gloires martiales, les passions nationalistes furent assez fortes pour envoyer des millions d’hommes se faire tuer pendant quatre ans. La City de Londres, qui s’était opposée à tout engagement britannique, se tue dès la déclaration de guerre.

L’effondrement instantané du système économique international suggère une conclusion : la création d’un ordre international fondé sur l’État de droit et la résolution pacifique des conflits ne peut se faire qu’à travers une action politique délibérée et acceptée. Il ne suffit pas de prendre les acteurs politiques nationaux dans une toile d’interdépendances économiques. Avec la création de la Société des Nations, puis de l’Organisation des Nations unies, on tenta de mettre en place le cadre institutionnel d’un tel ordre. Mais dans les deux cas, le sort de ces institutions dépend de la bonne volonté des acteurs les plus puissants. Si l’ouverture internationale fut – et ce pourrait encore être le cas – parmi les premières victimes de la guerre, on peut supposer que les pays dont les économies dépendent étroitement des échanges internationaux, ceux qui croient le plus au marché et aux vertus de la mondialisation, joueront un rôle de pionniers dans l’élaboration des institutions internationales. Les théories des relations internationales ont formalisé cette hypothèse, en montrant que les périodes d’ouverture et de paix internationales correspondent souvent à la domination hégémonique d’un seul pays, comme par exemple la Grande-Bretagne au milieu du XIX° siècle. Les avantages que retire ce pays d’une ouverture économique internationale dans un contexte de paix sont si grands, qu’il pourrait prendre à sa charge une bonne partie du coût du système. Les Britanniques, ainsi, soutinrent l’étalon or en devenant les prêteurs en dernier ressort. Les États-Unis, pendant la guerre froide, contribuèrent largement à assurer la sécurité du monde libre et démocratique, et ils firent de leur marché domestique un « acheteur en dernier ressort » des biens manufacturés qui sortaient des usines de leurs alliés, même quand les marchés intérieurs de certains de ces alliés, comme le Japon et la Corée du Sud, restaient fermer aux produits américains.

Le monde de 2007-2008 connaît un pouvoir hégémonique : les États-Unis. Mais ils semblent de moins en moins désireux de construire un État de droit international qui pourrait contraindre leur propre action. À travers un large éventail de questions (des accords de Kyoto à la Cour pénale internationale en passant par le non-respect des conventions sur les armes chimiques et les mines antipersonnel), les Etats-Unis de Georges Bush font la démonstration qu’ils préfèrent conserver leur politique, leurs normes et leurs tribunaux, et demeurer à l’écart des institutions mises en place par les accords internationaux. Tout en défendant les idéaux de la mondialisation en général et plus particulièrement la libéralisation des marchés, les États-Unis n’ont pas hésité à adopter une attitude protectionniste sur certains secteurs, quand leurs intérêts étaient en jeu. L’Amérique refuse de payer le prix des institutions et des normes internationales, c’est-à-dire d’accepter les règles qui pourraient contraindre ses propres actions. Du coup, la mondialisation est plus vulnérable, aussi bien aux attaques dont elle fait l’objet de l’intérieur qu’aux coups qui lui sont portés de l’extérieur.

 La comparaison des débats politiques de la première et de la seconde mondialisation fait apparaître une différence notable : nos doutes grandissant quant aux possibilités d’intervention des politiques nationales sur l’économie internationale contrastent fortement avec les attentes et les stratégies des réformistes d’il y a cent ans. L’internationalisme de la gauche, en France, avant la Première Guerre mondiale, aspirait à changer les règles du jeu via une législation de redistribution. En même temps, la gauche acceptait l’entrée de nouvelles nations dans le cercle des pays industrialisés, et tentait de s’en accommoder. Elle essayait d’intégrer ces salariés étrangers aux qualifications et aux exigences croissantes dans une communauté internationale fraternelle et fondée sur l’égalité, tout en travaillant à protéger et à étendre les droits des ouvriers français. Il y avait dans cet internationalisme une solidarité idéologique, mais aussi une composante stratégique. Pour que la gauche puisse mettre en œuvre ses objectifs politiques, elle devait s’associer à une coalition démocratique assez large et il était clair que pour construire une telle coalition, on devait en passer par une plate-forme commune rejetant le protectionnisme et acceptant l’économie internationale ouverte. Comme l’a noté Karl Polanyi pour qualifier ce consensus entre les socialistes et les libéraux, « quand Ricardo et Marx étaient d’accord, le XIX° siècle n’avait plus aucun doute ». Pour la gauche, le principal objectif de cette alliance républicaine était de faire avancer les réformes démocratiques en France, et ce fut un succès. Dans un monde où les États ne disposaient pas encore des instruments qui pouvaient leur permettre de contrôler la mobilité des facteurs de production par-delà les frontières, alors que les adversaires des réformes prophétisaient les pires conséquences, la gauche réussit à mettre en place les structures de base d’un système fiscal progressif et de l’État-providence.

Bien sûr, on ne pourrait pas reprendre telle quelle cette approche internationaliste pour résoudre nos dilemmes actuels. La gauche française de l’époque se rendait bien compte que les usines textiles construites dans la Pologne russe par Édouard Motte, non seulement contribuaient à réduire le taux d’investissement sur le sol national, mais menaçaient en outre de faire concurrence aux textiles français. Cette anticipation lointaine est devenue aujourd’hui une réalité quotidienne : la mondialisation est un défi au niveau et à la qualité de vie des salariés des pays développés. Les structures de la production et de la distribution, jadis organisées à l’intérieur du territoire national, sont à présent en train de se réorganiser en une longue chaîne de fournisseurs, sous-traitants et distributeurs répartis sur toute la surface du globe. Du fait des délocalisations massives à destination des pays moins développés où les salaires sont plus faibles, du recours de plus en plus systématique à la sous-traitance dans l’industrie et dans les services (ainsi de l’informatique en Inde), la mondialisation actuelle semble se traduire par une restructuration des économies nationales d’une ampleur inégalée.

Les économistes discutent encore de la profondeur des modifications en cours et de la portée de leur impact. Il est difficile, par exemple, d’évaluer le rôle exact de la mondialisation sur la montée des inégalités, parce que les pays industriels sont soumis à d’autres transformations les nouvelles technologies qui exigent un plus haut degré de qualification, ou le passage d’une économie industrielle à une économie de services. Ces mutations concomitantes pourraient bien être à l’origine d’une bonne partie des effets que l’on attribue à la mondialisation. Si la part des activités industrielles se réduit dans les pays développés, ce n’est pas seulement, ni principalement, du fait du transfert des usines et des emplois vers d’autres pays, mais à cause de la croissance du secteur des services. Le commerce international et les mouvements de capitaux vers l’étranger contribuent sans doute à accroître des inégalités entre les travailleurs bien payés et ceux qui le sont moins, mais cela vient aussi des évolutions technologiques qui demandent un niveau de formation bien supérieur à celui des anciens ouvriers d’usine.

Quelles que soient les incertitudes sur les rôles respectifs de la mondialisation et des autres évolutions qui affectent les pays industriels, une chose est claire : le coût des restructurations est presque entièrement supporté par certains groupes particulièrement vulnérables. Ainsi de ces ouvriers d’usine dont le niveau d’études et l’expérience professionnelle ne permettent pas de retrouver un emploi avec un salaire équivalent quand leur poste est supprimé. Les États-Unis ont connu au cours des dix dernières années une véritable hémorragie d’emplois industriels, en partie imputable au dollar fort et aux récessions en Asie et en Amérique latine. Quand les salariés moyens se font licencier dans l’industrie, très peu retrouvent un salaire comparable à celui qu’ils ont perdu. Les emplois de qualité créés en masse dans l’économie américaine au cours des dix dernières années ne leur sont pas accessibles, faute de compétences et d’un niveau de formation suffisants. Ce sont des jeunes plus diplômés qui prennent ces emplois. Les bénéfices de la mondialisation sont largement distribués à l’ensemble de la société, mais ses coûts sont concentrés. La misère et les bouleversements qui en résultent ne pourraient-ils pas être pris en charge ? Au-delà des programmes de reconversion des chômeurs, qui n’ont guère fait leurs preuves, il est possible d’entreprendre des réformes sociales plus ambitieuses qui redistribueraient certains coûts de la mondialisation. Aux États-Unis, les candidats évidents seraient l’assurance maladie universelle et une protection des droits à la retraite, à la formation permanente et éventuellement à une extension des aides au revenu, sous une forme fiscale ou sous la forme d’un revenu minimum. Avec l’élection de Monsieur Obama aux Etats-Unis d’Amérique du Nord, le monde et surtout les USA sont à nouveau gagné par l’espoir de connaître un univers meilleur que sous la « Dictature » de Bush.

On comprendra aisément que tels n’étaient pas les objectifs poursuivis par l’administration républicaine et sa majorité au Congrès. Même en France, la politique de redistribution marque le pas, et pas seulement sous les gouvernements de droite. L’élan initial de l’internationalisme de gauche, qui luttait pour les droits des travailleurs et pour une part plus large sur les bénéfices de leurs efforts tout en soutenant une ouverture économique qui pouvait tirer vers le haut le sort des salariés au-delà des frontières nationales, s’est bien affaibli aujourd’hui.

Nous ne tenons plus pour acquis, comme la gauche social-démocrate avait pu le faire avant la Première Guerre mondiale, que la distribution du pouvoir et des richesses puisse se jouer dans le cadre politique de la nation. À nos yeux, la menace de la mondialisation est un défi radicalement nouveau pour la démocratie. Dans la tension fondamentale entre démocratie et capitalisme entre une distribution du pouvoir déterminée par le suffrage et une autre dépendant des relations sociales liées à la production et à la propriété, nous craignons que la mondialisation n’accorde un avantage décisif au capital. Sa mobilité ne semble plus connaître de limites. Il sort librement des pays à législation sociale contraignante et aux salaires élevés. En pianotant sur un clavier, on peut le déplacer instantanément d’un pays à un autre, alors que le travail, lui, reste plus ou moins confiné dans les espaces nationaux. Face à une telle asymétrie, comment la démocratie pourrait-elle arbitrer entre ceux qui possèdent le pouvoir économique et la majorité de la population ?

Certains pensent, en Europe, que la construction communautaire serait « la bonne échelle » pour « répondre » à la mondialisation, et ce point constituerait une autre grande différence entre l’expérience des années 1870-1914 et la nôtre. Nous avons peu évoqué l’Europe, mais on peut douter qu’elle permettrait de relever le défi démocratique et social de la mondialisation, pour au moins deux raisons.
Tout d’abord, il n’est pas du tout évident que l’Europe soit une réponse à la mondialisation plutôt qu’un de ses vecteurs les plus puissants via le marché et la déréglementation. Le récent débat sur l’élargissement de l’Union à l’est, a montré que, loin de rester à la porte de l’ensemble européen, les difficultés de la mondialisation le traversent de part en part et en éprouvent la cohésion. Beaucoup à l’ouest craignent que des pays comme la Pologne n’utilisent à leurs dépens leurs avantages comparatifs (notamment les faibles coûts salariaux) et l’ouverture des frontières pour attirer les investissements. Beaucoup redoutent également de puissants flux migratoires en provenance de l’est.

La seconde raison, plus fondamentale encore, concerne le défi démocratique. L’Europe est-elle de nature à promouvoir une initiative politique dont les États ne seraient plus capables ? Il faudrait pour cela qu’elle donne des gages sérieux quant à la réduction de son « déficit démocratique ». Or, les efforts en ce sens ne sont guère convaincants. Non seulement l’Europe ne parvient pas à restaurer un lieu du politique, mais elle passe auprès des opinions publiques pour en être l’un des principaux fossoyeurs après la mondialisation. Ici encore, elle déplace le problème plus qu’elle ne le résout.

Dans ces conditions, pourrait-on reporter à nouveau sur les États nationaux la charge de concilier démocratie et économie de marché global ? Sur ce point, la première mondialisation nous donne à la fois un sérieux avertissement et de bonnes raisons d’espérer. La force du nationalisme en 1914, la vulnérabilité avérée de tous les réseaux d’investissement et de production quand la guerre éclata, la désintégration de l’économie nord-atlantique qui avait émergé depuis le milieu du XIX° siècle, tout cela montre bien la résistance de l’État national dans ce qu’il a de plus sombre. Et quelles que soient les différences entre les deux époques, un tel désastre reste toujours possible.

Mais l’expérience de la période 1870-1914 montre aussi que les marges d’initiative de l’État n’avaient pas disparu, alors même qu’il avait été soumis à des pressions similaires aux nôtres en termes d’ouverture des frontières et de mobilité des capitaux, ce qui avait permis à la gauche des années 1870-1914 de faire aboutir des réformes sociales d’envergure. Aujourd’hui, comme ce fut le cas lors de la première mondialisation, les frontières continuent à jouer un rôle vital dans la régulation du flux des activités économiques. Le capital s’avère plus profondément attaché aux territoires nationaux que ne le laissent penser certains économistes ou les militants antimondialistes. La plupart des multinationales concentrent encore leurs activités à forte valeur ajoutée, comme la recherche et développement, le design, le marketing, dans leur pays d’origine. Dans les zones d’activités comme la Silicon Valley, Sophia-Antipolis ou les régions industrielles du nord de l’Italie où l’on trouve des salaires élevés et des profits considérables, le capital est fortement enraciné. Même entre les États-Unis et le Canada, ou entre les États membres de l’Union européenne qui ont fait disparaître tous les obstacles aux échanges en adoptant la même monnaie et en supprimant les quotas et les tarifs, les effets de frontière restent élevés et l’on continue à préférer de très loin faire des affaires dans son propre pays.

Même si les flux commerciaux et les investissements spéculatifs débordent les frontières, la plus grande partie des économies échappe encore au commerce international. La mondialisation devient plus importante pour ceux qui travaillent dans les services, pour la population très qualifiée qui s’occupe de la conception des produits, du design, du marketing et de la recherche ; et même pour certains salariés du secteur public, dans la partie non marchande de l’économie. Mais les menaces angoissantes qui pèseraient sur l’avenir de ces activités dans une économie internationale ouverte sont largement surévaluées, parce que leur rôle et leur efficacité restent étroitement liés à leur ancrage territorial.

Le problème qui se pose aujourd’hui, comme il a pu se poser avec les formes traditionnelles et nationales du capitalisme, ce n’est pas cette course vers le bas dont l’État ne serait qu’un spectateur impuissant. C’est le fait que le système économique, en l’absence de régulation, engendre des inégalités toujours croissantes de revenu et de pouvoir, et qu’aucun rééquilibrage naturel ne vient corriger ces inégalités ni redistribuer la charge d’évolutions aussi soudaines que rapides. Le vrai défi de la mondialisation, c’est au fond celui-là même que les démocraties ont dû relever tout au long de l’histoire de leur coexistence conflictuelle avec le capitalisme. Dès lors, le principal problème est politique et il dépend de nos propres concitoyens : c’est la difficile réunion, pour soutenir les politiques de redistribution, d’une volonté politique et d’un large accord social.

Pour nous Français, l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, est un gage de future prospérité, essor que l’on pourra constater, lorsque la crise financière qui traverse l’ensemble de notre planète prendra fin. Le Chef de l’État Français a pu, en prenant des mesures financières indispensables minimiser l’effet catastrophique de cette crise. Certes, les licenciements et le chômage endémique, responsables des malheurs de millier de salariés, a pour cause l’état lamentable de la finance internationale ; Mais de Grâce cessons de faire l’amalgame entre des patrons voyous, et un Président qui n’a de cesse de prouver, par ses décisions qu’il est conscient des difficultés que traversent nos salariés, nos PME nos PMI, et au-delà l’ensemble des grandes entreprises qui pour la majorité d’entre elles ont pour PATRONS des citoyens US.

Au lieu de souffler sur les braises du désespoir, les opposants au Président Sarkozy feraient mieux de faire bloc avec le gouvernement. Si tel était le cas, les socialistes et la majorité des médias (Qui sont dans une opposition chronique) se comporteraient en résistants et non en collaborateurs cyniques d’une guerre économique.

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