NICOLAS SARKOZY : DÉFAITE ANNONCÉE ?

Vendredi 14 octobre 2011 // La France

Victoire de la gauche aux élections sénatoriales, multiplication des affaires, crise économique : le président sortant est-il déjà battu ou peut-il rebondir ?

Fin septembre, après la défaite de la majorité aux sénatoriales, les trois principaux hebdomadaires (Le Point, L’Express et Le Nouvel observateur) annoncent à la une la « fin de règne » de Nicolas Sarkozy. Il est vrai que le climat s’est beaucoup assombri depuis le retour des vacances : le déficit public augmente, la crise grecque risque de provoquer un séisme bancaire et une explosion de la zone euro, l’affaire Takieddine révélée par le site Mediapart fait de gros remous : à la télévision, ce marchand d’armes mêlé à l’affaire du contrat d’armement avec le Pakistan et récemment mis en examen profère des menaces contre le proche entourage du président de là république.et demande à être reçu par ce dernier. L’assurance de Ziad Takieddine n’est pas de bon augure quant à l’énorme affaire de corruption qui a déjà entraîné la mise en examen de deux proches collaborateurs d’Edouard Balladur.

Comme divers responsables de la majorité comparent régulièrement la situation électorale de Nicolas Sarkozy à celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1980, il est logique qu’une partie de la presse annonce la défaite. Et ce n’est pas un hasard si, fin septembre, maints projecteurs médiatiques se concentrent sur Alain Juppé : Le Point publie les bonnes feuilles d’un livre du ministre des Affaires étrangères, qui a été au centre d’une soirée organisée par France 2 le 29 septembre.

Une petite phrase prononcée ce soir-là a suscité maints commentaires : « Je rêve heureusement, même avec avec les yeux ouverts. Mais quoi... ». Ce rêve secret a été mis en relation avec une autre petite, phrase prononcée en juin ». Si, pour des raisons qui aujourd’hui sont hautement improbables et que je ne souhaite pas, (Nicolas Sarkozy) « Mais Alain Juppé a souligné sa fidélité à Nicolas Sarkozy et le recours que l’ancien Premier ministre pourrait représenter n’apparaît qu’en pointillés.

Mais le président de la République n’a pas à craindre une réplique du discours de Rome de février 1969 au cours duquel Georges Pompidou s’était porté candidat à la succession du Général de Gaulle. Alain Juppé n’est pas le seul recours possible : François Fillon peut lui aussi s’affirmer comme successeur puisqu’il est à Matignon depuis 2007. Une rivalité entre les deux hommes ouvrirait une fracture profonde à l’UMP, même si des circonstance exceptionnelles amenaient Nicolas Sarkozy à renoncer.

Mais le Chef de l’Etat n’est pas prêt d’abandonner. Il n’annoncera pas sa candidature avant février mais il est déjà engagé dans une campagne électorale qui se confond avec l’exercice de ses fonctions. Le Monde (1er octobre) a recensé les initiatives censées séduire divers groupes sociaux : personnes âgées, familles nombreuses, ouvriers opposés aux fonctionnaires protégés par leur statut, médecins ; intellectuels, sans oublier les descendants des Arméniens réfugiés en France. Et puis, il a réussi à obtenir du centriste Borloo qu’il ne soit pas candidat.

Pour le moment, Nicolas Sarkozy vise diverses « cibles » sans qu’on puisse deviner les thèmes majeurs de sa campagne.

Face au Parti socialiste et au Front national, le futur candidat de la droite peut décider de concurrencer Marine Le Pen sur son propre terrain en développant la thématique identitaire déjà privilégiée en 2010. Mais cela ne permettrait sans doute pas de gagner beaucoup de voix car l’électorat du Front national est très sensible aux arguments protectionnistes développés par la nouvelle direction frontiste. Comme le candidat socialiste reste son principal adversaire, Nicolas Sarkozy pourrait faire valoir qu’il est le pilote expérimenté qui tient la barre depuis le début de la tempête financière. Le thème du Président qui protège les Français des contraintes impitoyables imposées aux Grecs est souvent utilisé et pourrait servir d’argument décisif pour une politique de rassemblement national. Mais le désir de rejet, toujours très fort dans les consultations électorales depuis trente ans, sera très difficile à bloquer.

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