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The Queen

N’est pas royal qui veut...

Lundi 11 décembre 2006, par Hilaire de Crémiers // La France

Elle est la Reine. Elle l’est par nature. Par droit- Par devoir C’est lié. C’est
incontestable. Ainsi le film The Queen réalisé par Stéphan Frears,
représente-t-il Elisabeth II. C’est un grand film politique. Helen Mirren
campe une reine plus vraie que nature, Michaël Sheen va au coeur du
personnage de Tony Blair. Le moment choisi, la mort et l’enterrement de
Diana, fait l’unité dramatique du film. La vraisemblance, légèrement
appuyée, de la mise en scène exprime mieux le fond des choses que la réalité
elle-même.

Et voici le débat : la Reine est confrontée à une immense difficulté,
politique, psychologique, sociologique, médiatique. Faut-il accorder,
contrairement aux usages de la Couronne, un enterrement officiel de
princesse de Galles à celle qui, divorcée, ne pensait plus qu’à son destin
personnel, bien qu’elle fût la mère des héritiers de la Couronne ? Une vague
populaire, se laissant emporter par les élans du coeur, a plébiscité une
Diana morte qui, vivante, se servait de son renom, entretenu à grand renfort
de publicité dans des oeuvres humanitaires, pour mener la guerre contre la
famille royale qu’elle détestait et dont elle était définitivement écartée.
Les tabloïdes sont alors déchaînés et accusent la famille royale des pires
intentions. La monarchie, elle-même, dans son institution est remise en
cause.

Tony Blair est le Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté, le dix-huitième,
lui a précisé la Reine le jour de son investiture, le premier ayant été Sir
Winston Churchill c’est dire où est la durée. Tout - et d’abord son
entourage - pousserait Tony Blair à jouer contre la Couronne la carte facile
de la popularité. Eh bien, non. C’est qu’il a compris. Oui, compris ce que d’autres
ne comprennent pas, ne veulent pas comprendre, et compris grâce à la
relation nouvelle et particulière qu’il a nouée avec sa souveraine. Et qu’a-t-il
compris ? Eh bien, que l’Angleterre n’existe, et ne durera que par et dans
sa monarchie, sa reine vivante qui incarne l’institution millénaire. Il
remplira loyalement son rôle de Premier ministre, allant même jusqu’à
conseiller celle qui, constitutionnellement, doit le conseiller. Subtilité
des rapports que seules peuvent créer des traditions immémoriales souplement
adaptées aux exigences du moment.

L’institution qui Sauve.

Et la Reine, de son côté, qui a, elle aussi, son entourage, se plie, mais
sans démagogie et sans rien laisser manifester d’une émotion interdite,
pour mieux rester fidèle à son serment prêté devant Dieu - et devant Dieu
seul - de maintenir l’institution royale et le royaume de Grande-Bretagne
dans leur intégrité. Elle suit finalement - mais sans lui céder - l’avis de
son Premier ministre. L’Angleterre éternelle domine l’instant fugace et
turbulent. Sa Reine est là, vraiment royale.

On peut penser ce que l’on veut de l’Angleterre, déplorer et critiquer des
manières de penser et d’agir qui peuvent être considérées comme du cynisme
moral, politique, économique, commercial et financier. Et il est vrai que
tant de cynisme finit par nuire et, en matière de moeurs et de bioéthique,
aller jusqu’à l’odieux et l’inhumain. Il n’empêche que l’Angleterre a des
institutions et, dans les heures difficiles, ces institutions historiques
sont encore et toujours l’expression de la force et de la permanence du
pays. Tous les renouveaux sont possibles.

La France est dépourvue d’institutions historiques nationales. Les communes
sont aujourd’hui les derniers restes de ce qui fût et demeure la France. D’où
la raison pour laquelle au Congrès des maires de France à Paris, fin
novembre, se sont empressés les futurs candidats à la présidence de la
République, ils sont venus y chercher une sorte d’adoubement et, fort
concrètement, des signatures dont ils ont besoin. Jacques Chirac leur a
parlé de laïcité, d’égalité, de parité hommes et femmes, du projet de loi
sur le sujet qui était examiné en Conseil des ministres. Il a ajouté un
morceau de bravoure qui ne lui coûte pas cher, sur l’égalité des territoires
au regard des services publics, sur la politique industrielle et l’aménagement
du territoire, sur le rôle renforcé du maire dans la prévention de la
délinquance. Qui ne le sent ? Il y a quelque chose de tragique et de ridicule
dans cette rencontre du chef de l’État avec les élus locaux, et qui ne tient
pas tant à la personne de Jacques Chirac, qu’au caractère ambigu de son
intervention : A quel titre faisait-il cette prestation ? Il se posait en
« rassembleur Mais de quoi donc ? Était-il chef de l’État ? Était-il candidat
 ? Parlait-il de son programme ? De son bilan ? De sa conception de l’État
et de la politique ? Ou venait-il, au nom de la France, de son passé et de
son avenir, insister sur les points essentiels qui font la permanence du
pays

Il n’est pas douteux que tout responsable local, en charge d’intérêts
communs, pour peu qu’il ne soit pas trop entiché d’esprit idéologique et
partisan - et c’est la grande majorité - aimerait entendre ce grand discours
national, simple, clair, net, que tout le monde attend et qui se résoudrait
en des actes, eux-mêmes simples, clairs et nets. Car les discours, en
vérité, il n’y en a que trop. La nature du régime qui livre à la dispute et
à la contestation permanente jusqu’aux plus hautes magistratures de l’État,
transforme l’homme politique français et le Français en général en machine à
discours ; chacun y va de son avis aussi inefficace qu’inutile sur toutes
les ondes, devant toutes les caméras, dans tous les forums, et toujours au
nom du « grand débat citoyen » que chacun juge décisif. Pour un esprit un
tant soit peu critique, Ce n’est plus de la comédie, c’est de la farce.

L’institution qui perd.

L’heure n’est pas seulement à la lutte des partis, mais aux rivalités au
sein même des partis. Pas un analyste qui ne sache pertinemment que tout
sera fait dans les milieux chiraquo-villepinistes pour « tuer » Sarkozy. La
guerre intestine permanente est exacerbée parce que le sommet de l’État est
l’enjeu d’une vulgaire loterie. C’est là-dessus qu’il convient de se poser
des questions. Il apparaît clairement que c’est absurde, comme toutes ces
candidatures qui se multiplient et dont le nombre suffit à dire le niveau
où se situe le prétendu discours national. Tout en est galvaudé, même les
bonnes idées. Et à quoi ça sert ? Franchement. Tout le monde devine en gros
le scénario qui va se rejouer : Si Jean-Marie le Pen a ses 500 signatures,
il est possible et sans doute probable qu’il sera au second tour et, s’il
est au second tour, le candidat qui sera en face de lui, deviendra le
candidat « répub1icain » pour lequel se redonnera le grand spectacle d’avril
2002. Avec pleureuses officielles, opéra tragique, grosses caisses
médiatiques.

Et « rediscours » sur l’électorat égaré qu’on va comprendre, qu’on a compris
Et fermes résolutions sur les réformes à opérer ! Quel est le candidat un
peu bien placé qui n’y songe ? Non sans une forte hypocrisie ? À moins que
le Pen, revu et corrigé, ne soit lui aussi, labélisé « républicain » ? Qui
sait, tout peut arriver dans ce régime. Bref, cela n’a rien des hauteurs
tragiques du film The Queen ; La France en est réduite à ces « Jardins en
automne » d’Otar Iosseliani, autre film politique de la saison, drôlatique
celui-là, fort subtil lui aussi, sa manière caricaturale mais si vraie, et
qui peint les moeurs du pouvoir dans une démocratie chaotique et sans
direction. Des ministres qui se succèdent, incapables de rien résoudre dans
une atmosphère de révolte et de dissolution, et dont la principale activité
est de jouer les uns contre les autres. Question de régime !

Mais Ségolène Royal, dira-t-on ? Il n’y en a plus que pour Ségolène. Elle
aurait réconcilié le peuple et la démocratie, l’opinion et le régime, elle
aurait fait entendre une voix différente, elle aurait par sa vertu éliminé
les caciques du parti socialiste La vérité est qu’elle n’est pas plus que
les autres.

Maintenant qu’elle est la candidate officielle dudit parti socialiste, elle
ne cesse de parler de la France, certes, - comme son papa, le colonel
réactionnaire -, de s’identifier à elle, mais à sa façon très ségolèniste,
c’est-à-dire très égotique. C’est sa cause personnelle qu’elle idéalise en
cause nationale. Et toutes les femmes politiques en frémissent ; on se
croirait dans une comédie d’Aristophane, L’assemblée des femmes ou
Lysistrata ! Non, ce n’est pas Jeanne d’Arc.

Le programme dit royaliste n’est qu’un étrange salmigondis de propositions
contradictoires censées donna une image de démocratie participative. La
famille, mais en même temps, la non-famille que la dame, d’ailleurs, a
illustrée par son choix de vie personnelle, l’État justicier et jacobin,
mais la liberté d’entreprendre, le travail austère mais aussi le désir d’avenir
et de loisir, « le tout permis » moral et social mais « l’ordre juste » dont
jusqu’à présent personne n’a donné la définition, le parti socialiste sans
le parti, mais avec les présidents de région qui sont ségolènistes mais
parce que socialistes, l’immigration mais qui ne soit pas une immigration,
l’Europe mais pas l’Europe qui détruit les services publics et les
entreprises françaises, mais alors quelle Europe ? Et tout à l’avenant Cela
plaira. Comme toujours en France.

Mais il n’est pas difficile de prévoir que si elle parvient à ramasser la
mise, à la « rafler » - car ce n’est rien d’autre que cela qu’elle vise
concrètement, comme tout ordinaire politicien - l’état dc grâce ne durera
pas longtemps. Elle ne résistera pas aux difficultés du moment. Ses humeurs
la desserviront. Elle n’aura point cette vue d’avenir qui permet d’institutionnaliser
les progrès nécessaires. Elle n’aura jamais été qu’une candidate qui déçoit
comme tout autre candidat et qui, né des querelles internes et externes des
partis, ne fait jamais qu’une politique partisane, fut-elle essentiellement
personnelle comme celle d’un Mitterrand ou d’un Chirac. Comment dans de
pareilles conditions se hisser jamais à la hauteur des vrais enjeux
nationaux ? La France ne sera pas sauvée par Ségolène. Elle n’institutionnalisera
qu’une querelle supplémentaire, même si elle pense qu’une fois à l’Élysée,
elle sera la « Royal » de tous les Français, rêve de tous les présidents,
obsédés par la fonction que, par la nature même du régime, ils ne peuvent
pas remplir !

L’illusion sera courte, et la réalité la trahira durement. Elle s’imagine,
elle aussi, plus qu’elle n’est. Loin d’être la Reine, elle est si peu royale
qu’elle n’est que Ségolène.

 

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