Mourir pour l’Afghanistan.

Mercredi 3 août 2011 // Le Monde

On se souvient que, cinq mois avant le declenchement. de la Seconde Guerre mondiale, le pacifiste Marcel Déat posait la question : Mourir pour Dantzig ? On peut également se rappeler que, l’année précédente, y avait en quelque sorte répondu par anticipation la fameuse adresse de Churchill à Chamberlain : « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Aujourd’hui, n’est-ce pas la même problématique qui se pose à propos de l’Afghanistan ?

La situation semble sérieusement se dégrader là-bas, et pas seulement pour les militaires français. Le 18, les talibans ont revendiqué le meurtrede Jan Mohammad Khan, un conseiller très proche d’Hamid Ksarzaï. Cet assassinat, ainsi que cèlui d’un député, s’est produit moins d’une semaine après celui du frère du président abattu par l’un de ses gardes du corps alors que tous deux constituaient ses principaux relais dans cette région très instable du sud qu’est la province de Kandahar.

Alors qu’on parle de plus en plus de retrait d’ici à deux ans, les opérations alliées deviennent de plus en plus meurtrières pour les combattants de l’Otan. Pour environ 150.000 hommes, non compris les milliers d’employés, des sociétés privées, il y a eu, en dix ans, en plus des 5.500 membres des forces armées afghanes et le double de victimes civiles, 2,671 morts, dont 1.656 des Etats-Unis et 70 de France. En l’espace de quelques jours, pendant la première quinzaine de juillet le contingent français a vu ses pertes atteindre le chiffre de 70.

On parle beaucoup moins d’eux que des deux journalistes libérés après un an et demi de captivité. Le réflexe de caste a joué en faveur de ces derniers, alors que beaucoup de questions demeuraient sans réponse. Les militaires ont remarqué qu’ils n’avaient rien dit des soldats français morts au combat et certains se sont étonnés qu’ils aient pu affirmer qu’on ne leur avait pas parlé des risques qu’ils prenaient et qu’ils savaient que, en fait, leur vie n’était pas menacée...

De son côté, s’étant rendu sur place ie 12 juillet, le président Nicolas Sarkozy s’est efforcé de montrer que la nation se trouvait derrière les soldats français et que leur action méritait d’être mise à I’honneur ne serait-ce qu’à cause de leur « connaissance remarquable du terrain, maison par maison, famille par famille » et de leur « grand respect pour les habitants et leur culture ». Mais, selon l’aumônier Benoît Jullien de Pommerol, les instructions données sur place font parfois penser à une soumission à l’islam.

Tout cela au moment oû la candidate écologiste à la présidence de la République, ancienne magistrale, conteste le défilé militaire du 14 juillet. Pourtant, le père d’Eva Joly confectionnait des habits militaires et elle-même était auditrice de l’Institut des hautes études de défense nationale...

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