Monarchie de Juillet : Histoire d’un échec non programmé.

Samedi 15 octobre 2011, par Pascal Beaucher // L’Histoire

La chute de la branche aînée des Bourbon était inéluctable. La conduite des affaires par Louis XVIII durant son règne avait le mérite de ménager les choses et de conduire une politique qui présentait un semblant d’équilibre. L’arrivée au trône de Charles X allait changer tout cela et en quelques mois les éléments les plus réactionnaires et les plus contre-révolutionnaires des élites françaises reprirent la main et réduirent à néant les patients efforts du précédent roi. Diverses lois renforcèrent la mainmise de l’Église et de ce que l’on nommait l’esprit jésuite sur la société française. D’erreur en erreur, de maladresse en maladresse les bases du trône se sont fissurées jusqu’à la crise finale des ordonnances sur la presse.

C’est que la société continuait son évolution. Les années de la Restauration furent fécondes au plan des idées politiques, les recherches et les publications doctrinales furent nombreuses, d’une extraordinaire qualité et d’un grand retentissement. Les hommes nouveaux ont refait la société française tant en politique que dans le domaine des arts, n’oubliant rien, eux, des quarante années qui s’étaient écoulé depuis 1789. Le romantisme gagna les esprits et les cœurs, et une grande partie des élites se rallia peu à peu à l’idée qu’un changement dynastique pouvait permettre à toutes ces idées d’éclore, de se propager et de s’appliquer pour le plus grand profit de la monarchie, de la France et des Français. Le gouvernement n’ignorait évidemment rien de toutes ces nouveautés mais jamais il ne fut en mesure d’y opposer des éléments doctrinaux susceptibles de les contrecarrer.

L’un des nombreux intérêts de cet ouvrage réside dans les citations, souvent longues des auteurs les plus divers, de Chateaubriand à Hugo, de Thiers à Guizot en passant évidemment par le duc de Broglie, ancêtre de l’auteur qui a laissé des Mémoires et des lettres évidemment abondamment et très heureusement utilisées. Ces relectures permettent de saisir avec exactitude les positions et les évolutions des esprits, tant avant juillet 1830 qu’après. C’est un foisonnement dont est sortie la Révolution puis l’installation et l’évolution du nouveau régime. L’enchaînement des événements qui va conduire aux Trois Glorieuses, l’attitude même du duc d’Orléans, tout est décortiqué.

L’acclimatation du parlementarisme, pierre angulaire des travaux des publicistes a été une réussite, même si l’on doit bien évidemment regretter Le mode de suffrage qui même élargi reste inégalitaire. La fédération de groupes pourtant fort divers de tempérament, d’idéologie et de pratique a réussi à mettre à bas un régime pour lui substituer un autre plus conforme aux moeurs et à l’époque. Les hommes de valeur ne manquaient pas mais pour autant le tout fut emporté en 1848.

Alors pourquoi la chute de 1848 ? Outre les rivalités qui opposèrent, plus sur un plan personnel que sur le plan politique, les tenants du régime, l’auteur met l’accent sur les difficultés qui se firent jour assez vite. L’attitude de Louis-Philippe, sa conception du pouvoir et de son exercice ne sont pas les moindres problèmes. Pour libéral qu’il fut, le roi n’en restait pas moins un homme du dix-huitième siècle et les difficultés qu’il a connues avec certains de ses ministres viennent de là. Le conformisme social des élites, leurs menées routinières et conservatrices n’arrangèrent rien. Pas plus d’ailleurs que les scandales divers qui émaillèrent le règne.

Longtemps j’ai pensé, avec d’autres, que l’échec final du régime de Louis-Philippe était inscrit et il faut avouer que les arguments de Gabriel de Broglie ont introduit le doute chez moi et le feront immanquablement chez d’autres. Le livre mérite une lecture extrêmement attentive. Le style est clair, précis et agréable ; l’argumentation fouillée et difficile à mettre en difficulté ; la construction intelligente et démonstrative. J’avais déjà dit tout le bien qu’il fallait penser de l’étude de Munro Price. Il convient d’y ajouter celle-ci pour avoir une vision panoramique de la période.

Plein de préjugés sur notre académicien, tous tombés, je le confesse, il faut affirmer que le sérieux de cet ouvrage permet de compter Gabriel de Broglie au rang de la demi-douzaine de spécialistes de la période. Il est vrai qu’il lui a consacré bon nombre d’ouvrages, des biographies généralement qui lui ont permis d’en connaître parfaitement les protagonistes avant que de parachever soi’ oeuvre avec celui-ci. A recommander donc, chaudement, à lire et à discuter.

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