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Mon père, Reza Chah le Grand.

Mardi 17 mars 2009 // L’Histoire

En 1907, au moment de la signature du traité anglorusse, mon père, qui avait alors la trentaine, commandait une unité de cosaques iraniens. C’était un géant, adoré de ses cavaliers, redouté des chefs de bande le plus souvent au service des grandes familles féodales qui dominaient le pays. Écrivains, sculpteurs, peintres ont laissé de lui des portraits que journalistes, photographes et cinéastes ont popularisés durant plus d’un demi-siècle.

Au début de la Première Guerre mondiale, il est déjà Reza Maxim, du nom de la mitrailleuse Maxim une photo le représente derrière Sa mitrailleuse percée d’une balle. Il ne devait pas y avoir plus de cinq ou six Maxim dans le pays à cette époque. Sa renommée ne cesse de grandir. En 1915, c’est avec douleur et colère qu’il voit notre pays devenir le champ clos où s’affrontent Turcs et Allemands contre Russes et Anglais.

Après le traité de Versailles de 1919, la Perse n’est ni plus ni moins qu’un protectorat britannique, tandis que, dans les provinces du nord, gronde la révolution bolchevique et qu’une république soviétique y peut être à tout moment proclamée.

C’est au milieu de ces troubles affreux que je nais, à Téhéran, le 26 octobre 1919. Mon père, qui rentre d’une campagne victorieuse dans le nord, est heureux d’avoir un fils, un héritier.

Le général Reza Khan élu empereur.

Il me l’a confié bien souvent c’était alors à désespérer de la patrie. Le gouvernement central est inexistant. Les principaux chefs de bande se sont partagé le pays. Il n’y a plus ni loi, ni ordre, ni armée, ni police. Les tribunaux sont ceux d’un clergé ignorant et trop souvent intéressé. Les bandes armées ont leur cour martiale dont la justice est encore plus expéditive. Cependant l’étranger, fût-il malfaiteur avéré, ne peut, en venu de protocoles de capitulation signés avec les grandes puissances, être jugé. A Téhéran même, on se garde de sortir après la nuit tombée, sauf en cas d’urgence, pour chercher un médecin, le plus souvent introuvable. On peut être détroussé ou assassiné à tous les coins de rue.

Notre système de communications est détérioré au point que, pour aller de Téhéran à Machad dans le nord-est, il faut traverser la Russie afin d’éviter les chemins infestés de bandits. Pour se rendre de la capitale au Khouzistan, province du sud-ouest, il est nécessaire de transiter par la Turquie et la Mésopotamie !

Mon père, qui lutte difficilement contre les bandes armées, est, tout juste avant ma naissance, saisi d’un tel écoeurement qu’il décide de trouver la mort honorable d’un soldat : il enfourche son cheval blanc et galope bien au-delà de ses postes d’avant-garde ; les ennemis, d’abord frappés d’étonnement, le prennent pour cible et, inexplicablement, le manquent !

La mort ne voulant pas de lui, Reza Khan continue de servir. Au moment de la révolution bolchevique, il a chassé les officiers russes, « blancs  » en principe, mais peu sûrs, et pris en main les cosaques iraniens. Le voici désormais à la tête de 2 500 cavaliers à Ghazvine, place stratégique alors occupée par les Britanniques. Nous sommes en août 1920. Il comprend qu’il s’agit de la vie ou de la mort de la patrie et décide d’agir.

Quittant Ghazvine en secret, il marche sur Téhéran, investit la ville et oblige Ahmad Chah, le souverain de l’époque, à changer le gouvernement (23 février 1921). Ce putsch éclair ne fit que très peu de victimes et on prête au général anglais Ironside, commandant des forces britanniques en Perse, ce jugement « Reza Khan est le seul homme capable de sauver l’Iran.  »

Mon père avait pour allier un jeune journaliste politique, Seyed Zia ed-Din, dont l’anglophilie était notoire. Pendant trois mois, ce dernier présida le nouveau gouvernement, après quoi mon père qui détenait le portefeuille de la guerre l’encouragea fortement à quitter le pays. Il entendait ainsi affirmer sa volonté d’indépendance à l’égard de l’étranger. Ahmad Chah acquiesça, constitua un nouveau gouvernement, et confirma mon père dans ses fonctions de ministre de la Guerre avant de se rendre en Europe comme il en avait l’intention.

Devenu généralissime (Sardar Sepah) Reza Khan n’avait aucunement l’intention de détrôner le roi. Bien au contraire, il demanda avec insistance à Ahmad Chah de regagner son pays et, lorsque celui-ci s’y décida enfin, il alla l’accueillir à Bandar-Bouchehr, sur le golfe Persique. Lorsque, quelque temps plus tard, le souverain décida de repartir pour la France il devait y mourir Reza Khan comprit que l’Iran avait besoin d’un autre régime. L’absence d’une autorité véritable à la tête du pays était inconcevable.

A cette époque, tous les regards se portaient vers Mustapha Kemal qui s’employait à faire de la Turquie un État moderne. Mon père l’admirait beaucoup et je peux dire que le grand homme d’État turc le lui rendait bien. Une anecdote l’atteste quelques années plus tard, alors que mon père, devenu empereur, effectuait une visite officielle en Turquie, Mustapha Kemal fit agenouiller devant lui le porte-drapeau de l’unité qui rendait les honneurs. Mon père avait pourtant songé à l’instauration d’une république dans le style de celle à laquelle Mustapha Kemal attacha son nom et dont il aurait brigué la présidence.

C’est le haut clergé chi’ite qui, avec la plupart des politiciens et des commerçants, s’y opposa en faisant valoir que la Perse, à la différence de la Turquie, était un empire où cohabitaient des ethnies aux langues diverses et qu’il fallait un souverain pour incarner et préserver son unité.

C’est dans ces conditions que, le 31 octobre 1925, le Parlement vota la déchéance des Khadjars. Une assemblée constituante fut élue qui, à l’unanimité moins quatre voix, remit la couronne au généralissime Reza Khan.

Le nouvel empereur devint Reza Chah Pahlavi.

Il avait emprunte à l’histoire de notre pays ce mot de pahlavi qui désignait la langue et l’écriture officielles de l’Empire d’Iran, à l’époque des Sassanides. C’est le nom patronymique qu’il m’a légué pour le transmettre à mon tour à mes enfants.

La cérémonie du couronnement eut lieu le 25 avril 1926. Au cours de cette cérémonie je fus proclamé prince héritier. Je n’avais pas sept ans.

Mon père nous aimait tendrement, profondément. Nous étions onze enfants, qui avions pour lui un amour admiratif et, tant il nous paraissait puissant et redoutable, une espèce de crainte respectueuse. Je compris bientôt que, sous son aspect de rude cavalier, il était d’une grande bonté. Ses adversaires mêmes l’ont reconnu il fut un de ces hommes providentiels qui apparaissent au cours des siècles pour empêcher que la patrie ne sombre dans le néant. C’est finalement son caractère entier, impétueux, qui lui permit de surmonter les pires difficultés pendant son règne, mais fut aussi cause de son départ.

Il n’avait rien du monarque oriental et ses taches impériales constituaient pour lui un véritable service militaire. Il couchait à même le sol, sur un simple matelas. Debout à cinq heures du matin, il prenait dans la journée deux repas très simples, et travaillait le reste du temps.

Lutte pour l’unité et l’indépendance nationale.

J’ai dit ailleurs combien grand fut son mérite !.

Peu après le coup d’État, la Perse et la Russie soviétique signaient un pacte de non-agression et d’amitié qui abolissait les privilèges et capitulations stipulés par les conventions antérieures. Les clauses du traité anglo-iranien de 1919 qui n’avait jamais été ratifiées par le Parlement, furent officiellement dénoncées.

Mon père refit aussi l’unité intérieure. Les chefs de certaines tribus, propriétaires d’actions de l’Anglo-Iranian Oil Co, étaient chargés, en échange, d’assurer l’ordre et la sécurité dans les régions pétrolifères. Ce qui permettait aux Britanniques de manoeuvrer ces tribus. Mon père racheta les actions et soumit les tribus une à une, dans le Centre, le Sud et le Sud-Ouest.

Après la marche sur Téhéran, mon père se lamentait « Si je disposais seulement de mille fusils du même calibre !  »Son premier soin avait donc été de créer un instrument militaire. L’armée iranienne devint forte d’une division d’infanterie, d’une brigade autonome, d’unités spéciales assurant la sécurité des voies de communication. Des fortins furent d’ailleurs édifiés aux carrefours stratégiques des routes nationales. Par la suite, mon père créa une marine et une aviation. Les premiers cadres de l’armée nouvelle furent constitués par des officiers français et les futurs officiers iraniens firent leurs études en France, à Saint-Cyr, Saumur, Saint-Maixent. Plus tard, je fus moi-même instruit en Iran par des officiers saint-cyriens.

Parallèlement, une infrastructure industrielle fut créée, afin que la nation pût au plus vite disposer de produits manufacturés.

Il fit tous ses efforts pour que les richesses du pays devinssent richesses nationales. C’est ainsi que, dès le mois de décembre 1932, il dénonça le contrat de concession signé en 1901 avec d’Arcy puis transféré à l’Anglo-Persian Oil Go. La production pétrolière de l’Iran, qui ne dépassait pas 2 365 000 tonnes en 1923, atteignait déjà 10 300 000 tonnes en 1938. En 1977, la production annuelle avoisinait 300 millions de tonnes. Celle du gaz naturel dépassait 40 milliards de mètres cubes.

Entrer dans le siècle au lieu d’en sortir.

En 1926-1927 est introduit en Iran un système judiciaire sur le modèle français. L’instauration de l’enseignement primaire obligatoire et laïque est entreprise, malgré la pénurie de maîtres compétents. Les attributions juridiques parfois inquisitoriales du clergé se trouvèrent ainsi supprimées.

Il faut comprendre l’importance capitale de cette évolution, qui se manifesta d’ailleurs dans tout le Proche-Orient islamique. L’instauration par mon père, le développement par moi-même, d’un régime politique moderne en partie inspiré de l’Occident, ont enlevé au clergé une grande partie de ses privilèges d’antan.

Au lieu d’utiliser cet allégement pour développer en son sein la vie spirituelle et accroître ainsi son rayonnement, son influence morale et civilisatrice, une partie des prêtres chi’ites s’est d’abord rabattue sur la très ancienne position politique tenant à sa nature même celle qui consiste à regarder tout pouvoir temporel, quel qu’il soit, comme nécessairement usurpateur.

Quant aux marxistes, ils inventèrent l’invraisemblable et antinomique déviation, dite du marxisme islamique. Mais au temps de mon père, il faut bien reconnaître que, s il n’avait pas combattu la tendance politicienne d’un certain cléricalisme, la tâche entreprise eût été beaucoup plus difficile. L’Iran n’aurait pu avant longtemps devenir un pays moderne.

C’est parce que mon père estimait peu certains hiérarques particulièrement fanatiques et sectaires qu’on le disait bien à tort irréligieux. Il était profondément croyant, comme je le suis moi-même. Sa foi était celle d’un homme brave et droit.

L’autorité spirituelle du clergé restait incontestable et incontestée. La primauté morale du spirituel sur le temporel étant indiscutable et indiscutée, il s’agissait de faire entrer l’Iran dans son siècle, alors qu’on veut aujourd’hui l’en faire sortir. Ce qu’affirmait Reza Chah, c’est qu’il était impossible à une nation de vivre et de subsister, au XX° siècle, dans l’obscurantisme.

La véritable spiritualité devait se tenir au-dessus de la politique et de l’économie. Reza Chah était trop croyant pour considérer Dieu comme une sorte d’agent électoral supérieur, ou d’ingénieur en chef des puits de pétrole.

Il donna à tous ses fils le nom de l’Imâm Reza avec un premier prénom, afin qu’on pût les distinguer car il avait une vénération particulière pour ce descendant d’Ali. Souvent, Reza Chah se rendait en pèlerinage à Machad, au tombeau du saint Imâm. La fondation religieuse de l’Imâm Reza était, lorsque Reza Chah prit le pouvoir, à l’abandon et endettée. Les bâtiments tombaient en ruine. Reza Chah les releva.

Sous mon règne, la fondation est devenue l’une des plus importantes et des plus prospères du monde islamique. Les dons des fidèles, et parmi eux les miens, ont transformé cette fondation en un extraordinaire complexe religieux, du reste propriétaire de fabriques, d’unités agricoles mécanisées, d’hôpitaux et de nombreuses institutions charitables. Disons en passant que j’ai de même restauré et enrichi de très nombreux monuments et mosquées en Iran, mais aussi à l’étranger. On sait que les donations faites aux fondations religieuses sont définitives. Or le prétendu nouveau gouvernement de Téhéran les a placées sous séquestre !

Mon père avait aussi conscience de protéger notre religion contre la propagande d’un matérialisme intolérant qui invitait à « raser les mosquées ». Mais cela ne signifiait nullement qu’il acceptait toutes les prétentions de religieux vivant obstinément hors du siècle.

Ainsi décida-t-il que les citoyens abandonneraient définitivement le costume oriental, Leur large pantalon, leur turban et leur bonne : ce ne fut pas du goût de certains. Et lorsque les femmes furent invitées à renoncer au voile noir, ces mesures, « prises au nom du simple bon sens  », furent vivement contestées par une partie du clergé. Je devais me montrer beaucoup moins intransigeant sous mon règne, femmes et jeunes filles furent parfaitement libres de porter ou non le tchador.

Le fait reste qu’une certaine hiérarchie ecclésiastique fut, dès 1926, ouvertement opposée aux réformes du Chah et à la métamorphose de l’Iran en pays moderne. Cette opposition se retrouvera lors des événements insurrectionnels de 1952-1953, de 1963 et de 1978-1979.

Puissance de la prière et de la foi.

C’est grâce à l’exemple de mon père que j’ai compris, très jeune, quelle pouvait être la puissance de la prière, qui ne fut jamais, pour l’enfant que j’étais, récitation de formules apprises par coeur.

De nombreux chroniqueurs ont publié des récits plus ou moins exacts de mon enfance. Peu de temps après le couronnement de mon père, me voici au lit avec la typhoïde. On craint le pire lorsqu’une nuit, en rêve, je vois Ali. Dans ma conscience d’enfant, je sais qu’il s’agit d’Ali, le premier de nos Imâms. De la main droite, il tient ce sabre à deux tranchants qu’on lui voit sur nos images, et de l’autre un bol contenant un liquide qu’il m’ordonne de boire. J’obéis. Le lendemain, la fièvre tombe et je guéris rapidement.

Un peu plus tard, durant l’été, en me rendant à Emamzadeh-Daoud, lieu de pèlerinage dans la montagne, je tombe de cheval sur les rochers et m’évanouis. On me croit mort, je n’ai pas une égratignure. En tombant, j’ai eu la vision de l’un de nos saints, Abbas, qui me soutenait dans ma chute.

A ce rêve, puis à cette vision, devait succéder, un peu plus tard, près du palais royal de Chimran, une apparition : celle de L’lmâm, descendant du Prophète, qui, selon notre foi, doit réapparaître sur terre pour sauver le monde. Rêve, vision, apparition ces formes d’activité mentale restent mystérieuses pour ceux qui n’ont pas la foi.

En quatre occasions graves la foi, qui ne m’a jamais abandonné, m’a été d’un grand secours. Elle m’a sauvé la vie à deux reprises lors d’accidents qui auraient dû m’être fatals et lors de deux attentats perpétrés contre moi.

Mon premier accident d’avion eut lieu alors que je me rendais, aux commandes d’un « Tiger moth  ». près d’Ispahan où l’on procédait à l’aménagement du cours d’une rivière. Le général commandant la division d’Ispahan m’accompagnait. C’était un officier de cavalerie. En cours de route, brusquement, mon moteur a des ratés et se met à hoqueter. Il fallait que je me pose au plus tôt. Un coup d’oeil à la ronde me montra que ce ne serait pas facile. Nous nous trouvions face à un village à ma droite une montagne, à ma gauche des champs fraîchement labourés sur lesquels il ne pouvait êtrequestion de me poser.

Je me résous donc à virer sur ma droite en gardant une vitesse suffisante pour ne pas tomber. Soudain je m’aperçois que la montagne est coupée par un grand ravin. Je tire alors sur le balai et d’extrême justesse nous passons. Il ne me restait pas autre chose à faire que de me poser sur le flanc de la montagne, ce que je fis. A peine avais-je pris contact avec le sol que je me trouvai face à un rocher. Impossible de l’éviter. Le train d’atterrissage fut arraché et l’appareil poursuivit sa course sur le ventre ce qui eut pour effet de la ralentir fort opportunément. Une minute plus tard l’hélice heurta un autre rocher et l’appareil culbuta.

Mon compagnon de voyage et moi-même, nous nous retrouvâmes pendus, la tête en bas. Non sans difficultés, nous nous débarrassâmes de nos sangles. Le général était verdâtre.

Un autre appareil nous suivait. Il parvint à se poser sans casse derrière le village. Entre-temps, ceux qui nous accompagnaient nous avaient rejoints en voiture, et ses occupants coururent vers nous, passablement inquiets. Je m’empressai de les rassurer et je leur dis : « Eh bien maintenant, je vais continuer avec l’autre appareil !  » J’étais entouré de généraux qui protestèrent vigoureusement. Voyant que j’étais peu disposé à céder, ils se couchèrent devant l’appareil « Sire, vous ne partirez pas !  »

C’est donc en voiture que je terminai le parcours et j’eus la satisfaction d’arriver à Ispahan pour y faire à temps ce qui avait motivé mon déplacement.

Une autre fois, une aventure à peu près comparable m’advint. Aux commandes de mon avion, je m’engageai dans un défilé très étroit. Je me rends compte aussitôt qu’il nous sera impossible de franchir la passe montagneuse. Obligé de faire demi-tour au moment où l’indicateur montrait que l’appareil était en perte de vitesse, je parvins, ailes à la verticale, sol à quelques mètres, à redresser mon avion, défiant contre toute attente les lois de la pesanteur et de l’aérodynamique. Sans cette manoeuvre désespérée, une mort assurée nous attendait. Nous aurions dû, en bonne logique, nous écraser.

Le jeune pilote qui m’accompagnait était si étonné, à l’atterrisage, de nous voir encore vivants, lui et moi, qu’il voulut me faire, sur-le-champ et à son tour, une démonstration de ses talents.

Je le voyais désireux de n’être pas en reste. Il se proposait donc de volet sur le dos à la sortie d’un looping, de raser le sol, puis de se redresser, avant d’achever sa figure acrobatique.

Comme je le savais tout à fait capable de réussir une figure aérienne aussi difficile, j’acceptai. Malheureusement, il ne parvint pas, ayant volé tête en bas, à se redresser et il s’écrasa sous mes yeux. Devant une si grande cruauté du sort, je dus convenir, une fois de plus, que mon heure n’était pas venue.

L’attentat dont je fus victime le 4 février 1949 me convainquit une fois encore que j’étais protégé. Au début de l’après-midi, ce jour-là, je devais assister à la cérémonie annuelle qui commémore la fondation de l’Université de Téhéran. J’étais en uniforme et devais présider la remise des diplômes aux lauréats.

Il était un peu plus de 15 heures lorsque je pris la tête du cortège officiel. Déjà les photographes s’affairaient. Un homme se détacha de leur groupe et, à moins de trois mètres de moi il braqua une arme dans ma direction.

Trois balles firent voler ma casquette, m’effleurant le crâne la quatrième balle m’atteignit à la pommette droite, fit basculer ma tête et ressortit sous le nez. Je n’avais pas quitté des yeux mon agresseur et je compris qu’il allait tirer encore une fois. J’eus le temps de me retourner, m’inclinant légèrement, de sorte que la balle que j’aurais dû recevoir en plein coeur m’atteignit à l’épaule. Il lui restait encore une balle mais l’arme s’enraya.

L’homme, un certain Fakhr Araï, fut immédiatement tué. Peut-être avait-on intérêt à ce qu’il ne parlât pas.

Nous sûmes pourtant qu’il avait des liens étroits d’amitié avec de pseudo-religieux du clan ultra-conservateur, On découvrit chez lui des tracts et des brochures du parti Toudeh, le parti communiste iranien qui n’était pas encore interdit et qui tenait précisément son congrès à ce moment-là.

Le miraculeux échec de cet attentat me prouva une fois de plus que j’étais protégé. J’ai toujours eu le sentiment que ne doit arriver que « ce qui est écrit ».

Ma foi a toujours dicté ma conduite celle de l’homme et celle du chef d’Etat et j’ai toujours considéré que l’un de mes plus impérieux devoirs était de donner et de conserver à notre religion la place qui lui revient.

Une civilisation athée n’en est pas une et j’ai toujours veillé que la Révolution blanche à laquelle j’ai consacré tant d’années de mon règne soit en tous points conforme aux principes de l’Islam. La religion est le ciment qui permet à l’édifice social de tenir debout. Elle est la base même de la vie familiale et nationale.

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