Mobilisation de classe.

Vendredi 10 février 2012 // La France

Une bande de scouts est entrée en campagne avec pour tout bagage des discours ripolinés. En face, la classe dominante mobilisée cogne à tout va et excelle dans les coups bas.

Le chef des scouts, c’est François Hollande. Avec lui, Martine et ses copains, qui ont leur morale en bandoulière et un programme dans la musette. Ils sont sûrs de gagner en mai prochain, car leurs adversaires sont méchants, grossiers et sans scrupules. Que les bons triomphent des méchants, c’est dans tous les romans scouts de la série du Prince Éric.

Mais dans la vraie vie  ?

Eh bien ! parfois des méchants ratatinent les bonnes gens. Et moi, mécréante en matière de sondages, je me demande si l’assurance des socialistes n’est pas une illusion dangereuse. Je m’explique.

S’il n’y avait qu’une forme possible de vote de rejet, le candidat socialiste serait sûr de gagner. Mais face à la droite, il y a deux rejets possibles comme en 2002 et en 2007 : François Hollande et Marine Le Pen. Il faut donc que les socialistes se battent sur les deux fronts. Ils le savent, mais, sur ces deux fronts, ils se battent mal.

La droite sarkozyste, c’est une classe sociale mobilisée qui lutte pour la préservation de ses privilèges. Elle peut bénéficier dans la population des voix de ceux qui détestent la gauche pour diverses raisons, de ceux qui croient que Nicolas Sarkozy les protégera comme il l’a promis, de ceux qui prendront telle promesse faite in extremis pour argent comptant… Tout cela n’est pas nouveau mais cela peut ramener des électeurs vers cette droite qui se bat avec une violence inouïe, sous l’égide d’un président, d’un Premier ministre et de quelques ministres qui n’ont jamais su qu’ils étaient, par fonction, au service de l’intérêt général.

Sous la direction de Claude Guéant, c’est le programme du Front national qui est en cours d’application. Avec Nadine Morano, Bernard Accoyer, Jean-François Copé, on flingue à tout va.

Quand le candidat socialiste ne dit rien, on s’exclame qu’il n’a pas de projet. Quand il hasarde une idée, on hurle à l’étranglement de la France. Tel fut le cas avec l’affaire du quotient familial. Michel Sapin a dit à des journalistes qu’on pourrait le remplacer
par une réduction d’impôts. L’affaire a été montée en mayonnaise par les sarkozystes qui ont hurlé à tous échos que les socialistes attaquaient les familles françaises. François Hollande et ses proches ne sont certainement pas capables d’un tel attentat, eux qui sont en train de reculer sur la révolution fiscale qu’ils avaient annoncée, mais ils ont perdu la bataille de l’opinion pendant deux jours. Les spadassins de l’UMP en relanceront une autre, et peu importe si certains coups sont mal assurés.

Bernard Accoyer est allé jusqu’à affirmer qu’en cas de victoire de la gauche « les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre  ». Comme la phrase faisait scandale, Nicolas Sarkozy, chef de l’UMP, candidat qui n’est pas encampagne s’est empressé de désavouer publiquement le président de l’Assemblée nationale devant Martine Aubry, comme s’il était un subordonné imprudent.

Ces polémiques subalternes n’auront pas de conséquences le jour de l’élection présidentielle. Mais elles devraient servir de leçon aux stratèges de la rue de Solferino. Dans la guerre de classe menée par le président des riches, les socialistes ne peuvent se contenter de présenter un programme fragmentaire, marqué par le respect des préceptes de l’idéologie dominante. Face à Marine Le Pen, ils ne peuvent réduire leur réplique à une invocation de la République.

Contre les hautes classes de droite, contre la gauche libre échangiste, un nombre important d’électeurs de droite et de gauche s’apprête à voter pour le protectionnisme et la sortie de l’euro. Des doses massives de moraline et des appels à la création d’euro-obligations ne suffiront pas à les dissuader de voter pour la présidente du Front national.

Pour tenir un discours de combat et présenter un projet à la hauteur de la crise, François Hollande devrait d’abord vaincre son propre entourage Pierre Moscovici, Michel Sapin, Élie Cohen qui cultive la religion européiste et s’est rendu depuis belle lurette à l’ultra-libéralisme.

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