Misère en France : de pire en pire…

Mercredi 16 novembre 2011 // La France

Environ 500 « indignés » se sont retrouvés hier en fin d’après-midi dans le quartier d’affaires de La Défense, « symbole de la finance » près de Paris, avec l’intention de camper sur place pour plusieurs jours. Une dizaine de tentes ont été installées sous L’Arche de La Défense, où des militants se succédaient au mégaphone « Lebut est de s’installer et d’attendre les gens qui ont manifesté à Nice et à Cannes contre le G 20 et qui doivent revenir ce week-end. On voudrait tenir la nuit et rester le plus longtemps possible », explique Nicolas d’Occupy France. Les manifestants, venus avec leurs tentes et leurs sacs de couchage, n’ont eu l’autorisation de la préfecture que pour un rassemblement jusqu’à 21 heures. Une douzaine de véhicules de la police et de la gendarmerie se tenaient vendredi à proximité du rassemblement.

Ces indignés veulent faire savoir que la pauvreté touche de plus en plus de personnes qui travaillent. Une honte pour la France qui se dit pays riche.

La France manque de logements sociaux .

Les gouvernements : de Droite comme de Gauche nous mentent et abusent honteusement de notre droit à posséder une habitation. Des promesses ; Le plus lent à promettre est toujours le plus fidèle à tenir.

Ce lundi, la Fondation abbé Pierre vient de rendre public son quinzième rapport sur le logement. Ce lien permet de télécharger tout ou partie du rapport et de ne pas se contenter des quelques lignes de résumé de nos journaux habituels (Web ou papier).

10 millions de personnes pas, très mal ou mal logées. Parmi les mal logées, sont comptées les personnes qui vivent en meublés et celles qui ont des difficultés à payer les factures nécessaires au chauffage de leur logement.

En 2009, il y aurait un déficit de 900.000 logements, soit 100.000 de plus qu’en 2008. Et manquent bien sûr des logements sociaux.

La Fondation formule des propositions pour résoudre le problème. Ce sont des propositions à court terme. Comme pour les retraites : pas dire de choses désagréables mais pas vraiment résoudre de problème.

Construire plus de logements sociaux. Fausse bonne idée. Les logements sociaux ne sont majoritairement pas occupés par des gens qui en ont vraiment besoin.

Un organisme de logement social ne renvoie jamais un locataire qui paie son loyer. Sauf dans quelques départements particuliers, les taux d’impayés dans les logements sociaux sont ridiculement bas. Pas parce que les loyers sont adaptés aux revenus. Mais parce que la plupart des locataires de logements sociaux ne les quittent pas en raison de l’intérêt pour eux de garder des loyers très bas.

Bref, une fois qu’on y est entré, si on paie son loyer, on peut mourir dans un logement social, même si en route, on s’est acheté une résidence secondaire.

Ceux qui ont eu la chance d’avoir un logement social à Paris, par exemple, ne les quittent bien souvent pas. Nous connaissons tous des familles qui sont entrés dans des logements de l’OPAC avec des enfants, qui 20 ans plus tard n’hébergent plus leurs enfants qui se sont mariés et/ou sont partis vivre leur vie et ces ménages devenus sans enfants continuent d’habiter leurs 4, 5 ou 6 pièces. Or au fur et à mesure de leur avancée dans leur vie, leurs moyens ont augmenté et pourtant, ils restent dans leurs logements sociaux.

Pour toutes les bonnes raisons du monde : ils aiment ou se sont habitués à leur quartier, c’est beaucoup moins cher que les loyers du marché libre, ils ont décoré leur appartement et n’ont pas envie de recommencer, etc.. Mais, il n’en demeure pas moins qu’ils prennent la place de ménages ou de familles contraintes de se loger en loyer libres et qui peuvent donc se retrouver ainsi trop petitement logés ou mal chauffés. Je connais même un ménage retraité de 80 ans qui vit toujours dans son duplex de 150 m² à deux !

D’autre part, ce que l’on ignore assez souvent, c’est que là où il y a besoin de logements sociaux, il n’y a globalement pas de place pour les construire. Les sociétés de HLM de Roanne (au hasard) démolissent leurs immeubles. A Chateauroux aussi. Les villes se dépeuplent et il n’y a donc aucun besoin de logement social à Roanne, Chateauroux, Auxerre et d’autres villes de moins de 100.000 habitants. C’est vrai de très nombreuses villes de province.

Et qui va forcer les mal logés de Paris à aller vivre à Roanne, Guéret et autres villes qui ont des logements libres ? A Paris et dans la région parisienne, il n’y a plus de place pour construire.

Dans Paris, on ne peut pas construire plus de 8 étages. Qui connaît dans Paris des terrains où l’on pourrait construire des ensembles immobiliers ? C’est évidemment vrai aussi de la proche banlieue. Cette zone est la plus dense de France. C’est vrai de Lyon et ses alentours, Marseille et ses alentours, Lille et ses alentours. Il ne reste que les espaces verts (on n’y touche pas, faut garder du vert dans nos villes), les espaces publics (oui, mais quand on entasse des gens, il faut aussi leur permettre de circuler).

Dans les années 60, on a essayé les « villes nouvelles » devenues depuis « villes dortoirs ». On s’est aperçu, face aux théoriciens de l’urbanisme moderne, que, si, les gens aiment vivre là où il y a des commerces de proximité, dans une ville qui ressemble à une ville et que les grands centres commerciaux, c’est bien quand il y a ces petits commerçants en bas de chez soi.

Par ailleurs, les villes de plus lointaine banlieue, dans lesquelles il reste des terrains où l’on pourrait construire, ne veulent pas ou plus de logements sociaux. Les logements sociaux, c’est besoin de plus d’écoles, de services publics, de transports, …, bref plus de dépenses pour des gens qui ne sont pas forcément des électeurs et que les électeurs déjà présents n’ont pas envie de voir arriver, pour des gens qui paieront une taxe d’habitation sans rentabilité au regard de l’augmentation des charges des communes.

Que croyez-vous, même un maire socialiste/communiste préférera participer à la construction d’un commissariat de police qu’à celle de logements sociaux. Même avec des emprunts à taux zéro, nombre de communes ne veulent pas construire de nouveaux logements sociaux.

Le Peuple parle !

Colette, 49 ans, cherche toujours un emploi à TOULOUSE (HAUTE-GARONNE) 5 ans après c’est toujours la galère », assure Colette Soulié, 49 ans. Cette mère de famille a travaillé pendant trente ans comme magasinière à l’usine de Ville-mur-sur-Tam. Malgré ses nombreuses démarches pour retrouver un emploi elle attend toujours sa reconversion « Je me suis beaucoup investie avec le cabinet de reclassement, mais je n’ai eu aucune réponse positive à la centaine de CV envoyée, raconte-t-elle. J’ai aussi fait du porte-à-porte dans les entreprises, le problème pour les employeurs c’est mon âge. C’est dur d’entendre ça. » Nous on voulait et on veut toujours travailler.

Abattue par les refus, Colette Soulié a fait une dépression pendant deux mois.« Je ne voulais plu sortir de chez moi, j’étais démotivée, confie-t-elle avec amertume. J’avais peur de repartir à zéro, en bas de l’échelle après avoir travaillé dur pendant trente ans. Mon mari, lui aussi un ancien Molex, a été embauché par le repreneur VMI. Aujourd’hui, j’espère encore être reprise à mon tour. Ce qui n’a pas changé, c’est sa colère contre molex. Mes indemnités de licenciement courant jusqu’à fin 2012, je refuse pour l’instant les petits boulots car je veux un emploi pérenne à plein temps.

CHRISTINE BOUTIN VEUT DE LA DEONTOLOGIE DANS LES AGENCES

CHRISTINE BOUTIN VEUT DE LA DEONTOLOGIE DANS LES AGENCES

Du 18 au 28 septembre, Christine Boutin et son ministère du logement prendront leurs quartiers dans des Algeco place Bellecour.

La ministre catho-sociale témoigne d’un fort volontarisme pour mettre fin au mal-logement, comme aux abus des agences immobilières.

Lyon Capitale : Depuis la sortie d’un rapport très sévère, la profession des agents immobiliers est sous le feu des critiques. Avez-vous prévu de faire le ménage ?

Chirtine Boutin : Le rapport de la direction de la concurrence est sorti jeudi. J’ai immédiatement saisi Christine Lagarde le ministre de l’Économie et la FNAIM (fédération des agences). Il faut définir des règles de déontologie dans cette profession. Il me semble indispensable aussi de développer la formation des agents immobiliers. À Lyon, justement, je dois visiter un institut de formation à ces métiers. C’est trop tôt pour annoncer quoi que ce soit, mais les choses devraient être recadrées. Trop d’agences immobilières se sont créées en dehors même des structures professionnelles qui les encadrent, sans apporter les garanties de déontologie qu’une telle profession exige... surtout dans un marché aussi tendu !

Vous entendez faire le ménage entre les bonnes et les mauvaises agences ?
C’est exactement ce dont il s’agit, il faut tirer le bon grain de l’ivraie. Il convient en particulier au ministre du logement d’aider les fédérations professionnelles à se protéger contre tous ceux qui veulent exercer cette profession sans en respecter les règles.

La semaine prochaine, vous allez délocaliser votre ministère à Lyon. Est-ce qu’il y a un modèle lyonnais en matière de logement ? Le logement n’est pas une affaire municipale, mais nationale. Le ministre du logement a un rendez-vous obligatoire : le congrès des HLM. Il se trouve que cette année, ce congrès a lieu à Lyon et que dans le même temps, se tiennent le congrès des notaires et celui des promoteurs. J’ai donc décidé de délocaliser mon ministère, en faisant venir tous les partenaires concernés par la construction. Il va se passer des choses très importantes à Lyon. Car je veux que tous ensemble - les propriétaires, les locataires, les bailleurs, le secteur public et le privé, les banques... - nous réunissions nos forces et signions des partenariats pour que tout le monde ait un logement décent dans notre pays !

Reprenez-vous à votre compte l’objectif « zéro SDF » de Jospin ? Mon objectif, c’est de mettre fin à l’extrême précarité et j’ai la volonté d’y parvenir. Le président de la République a réhabilité la valeur “travail, c’est essentiel. Il nous revient maintenant de faire du logement la seconde priorité. Sans toit, il est impossible de s’insérer dans la société, de travailler, de fonder une famille...

Gérard Collomb vous a prévenue : « Vous êtes la bienvenue, sauf si vous venez pour faire la pub de Perben... Non, ce n’est pas l’objectif. Je ne vais pas non plus le démolir, pas plus que je ne le ferai pour Gérard Collomb. Tous deux m’ont d’ailleurs demandé de ne pas en faire une affaire municipale.

Nicolas Sarkozy veut « faire de la France un pays de propriétaires ». Quand on voit l’envolée des prix immobilier, n’est-ce pas déjà trop tard ? Non. Si les prix sont si hauts dans les “zones tendues", comme Lyon ou Paris, c’est parce qu’il n’y a pas assez de logements ! Il faut donc construire plus pour ceux qui n’arrivent pas à se loger, et faire baisser ainsi corrélativement les prix. Je vous rappelle que 72% de la population française répond aux critères d’attribution des HLM, mais qu’à peine 22% en bénéficie...

On ne peut pas faire 72% de HLM ! Non, mais cela signifie que 55% de Français font un effort considérable pour se loger. Comment imaginer que des gens qui ont du travail, et même des CDI, soient obligés de dormir dans leur voiture ? Je ne peux l’admettre et c’est pourquoi je lance ce Grand Chantier National pour le Logement.

Vous avez un objectif de 500 000 logements neuf par an. Dont combien de HLM ? 120 000. Nous avons la chance en France d’avoir un vaste panel de types de logements. L’Espagne compte 85% de propriétaires, ce qui pose des problèmes importants. Nous, nous avons des HLM, du privé, du locatif... La vie n’est plus un long fleuve tranquille. On peut être propriétaire un jour et être obligé de redevenir locataire... Il faut que l’habitat tienne compte des cohabitations, des familles recomposées, des personnes âgées... 

Sanctionnerez-vous les mairies qui n’appliquent pas la règle des 20% de HLM, comme Neuilly ? Neuilly a commencé à faire des efforts ! Je le dis clairement, je ferai appliquer la loi SRU. Mais certains élus préfèrent payer une amende, plutôt que construire des HLM. Moi, je ne veux pas d’argent, je veux des logements ! Ces choix concernent les élus, mais aussi les habitants. Vous connaissez certainement des projets qui n’aboutissent pas, parce que des riverains n’en veulent pas et usent de tous les moyens de procédure possibles. Je souhaite qu’il y ait, à Lyon, une prise de conscience générale !

En cette période de restriction, avez vous obtenu de nouveaux budgets pour restructurer des banlieues ? Les moyens, je les ai ! Mon ministère est d’ailleurs le seul qui ait obtenu des créations de postes... Aujourd’hui, le plus important pour moi c’est de provoquer la concertation les habitants. Or dans les 500 dossiers de restructuration en cours, elle n’est pas toujours suffisante. Je veux aussi qu’avant de démolir, on soit sûr de reconstruire au moins autant de logements qu’il en existait auparavant.

Les banques françaises étaient déjà réputées pour prêter difficilement... Avec la crise, ce sera encore plus dur d’obtenir un prêt ! Les banques ont aussi besoin d’avoir des clients. Ce qui me ravit plutôt, c’est la décision de Jean-Claude Trichet de ne pas augmenter les taux. Parce que là, on aurait eu un vrai problème ! À Lyon, je réunirai les différents établissements bancaires et je leur demanderai des efforts nouveaux pour proposer les financements adaptés aux nouveaux acquéreurs.

Le logement compte beaucoup dans les problématiques environnementales. Quelles sont vos priorités en la matière ? Je veux qu’on fasse un effort tout particulier pour la réhabilitation des logements où vivent les ménages les plus modestes. Il ne faut pas que les plus défavorisés soient doublement pénalisés par leur incapacité à remettre leur habitation aux normes et obligés de payer des factures élevées de chauffage et d’électricité.

En 2008, beaucoup de copropriétés devront refaire leurs ascenseurs, ce qui va faire exploser leurs charges... La réglementation sur les ascenseurs a été mise en place pour répondre à des risques particulièrement graves pour les personnes. Les délais posent aujourd’hui de telles contraintes qu’il apparaît que tous les travaux prévus avant la première échéance du 3 juillet 2008 ne pourront pas être réalisés dans de bonnes conditions. En conservant les mêmes règles techniques, je proposerai au Premier Ministre qu’un décret reporte de l’ordre de 18 mois, soit à fin 2010, cette première échéance qui concerne la réalisation des travaux de sécurité les plus importants.

Et il n’y a pas que ce problème. Les charges deviennent insupportables... J’aurai l’occasion d’en parler à Lyon. Ça ne peut pas durer comme ça. 

Les problèmes ont commencé après l’achat de notre appartement.

Suzanne Santos-Neves 35 ans.

Tout a commencé en juin 2008. Suzanne, assistante maternelle, et son mari, Emmanuel, -vivent confortablement à Strasbourg (Bas-Rhin). « Mon mari avait créé son entreprise, raconte Suzanne. Nous avions mis de l’argent de côté. Près de 25 000 €. Tout allait bien. »

Le couple vit en location dans une HLM. Il décide d’acheter. « Nous avions repéré un endroit qui nous convenait bien, se souvient Suzanne. Un appartement avec un petit terrain. Nous avons donc dépensé nos économies et contracté un prêt immobilier de 180000 €. C’était notre première acquisition, nous remboursions 1 000 € par mois. Avec nos deux salaires, nous avions encore de quoi vivre. »

Et puis les problèmes ont commencé un litige en justice perdu avec un promoteur immobilier et la faillite de l’entreprise d’Emmanuel. « Nous avons dû souscrire un autre prêt de 5 000 €. Nous pensions que cela nous laisserait du temps pour arranger nos finances. On s’est trompés, cela a engendré des dépenses supplémentaires. »Emmanuel ne parvient pas à trouver d’emploi, il enchaîne les intérims. « Cest là que nous avons commencé à recevoir des lettres d’huissiers », raconte Suzanne. Il y a quelques mois, le couple n’a pas eu d’autre choix que d’entamer une démarche de surendettement « Lorsque l’on est en faillite personnelle à 35 ans, on ressent une honte, confie la jeune femme. Chaque jour, on doit presque choisir entre se nourrir et payer ses factures. Je ne pensais pas en arriver là un jour... »

Nous avons réfléchi ; Comment sortir de cette situation catastrophique.

Je n’ai pas la prétention de résoudre à moi toute seule ce problème mais je me demande si une solution ne passerait pas par deux mesures :

  • instaurer un maximum de revenus pour rester dans un logement social et un rapport nombre de personnes/nombre de pièces, de sorte que les logements sociaux soient occupés par les foyers qui ne peuvent se loger décemment hors d’appartements sociaux.
  • instaurer un véritable parc de logements à loyers médians en faisant plus participer les personnes privées à la construction de logements intermédiaires. Il faudrait améliorer le système des logements Besson de sorte qu’il devienne encore plus intéressant pour les propriétaires d’acheter des logements construits pour être loués à des loyers intermédiaires et de louer à des loyers intermédiaires : revenus locatifs non imposables par exemple, déduction des emprunts des autres revenus, que sais-je encore…

Détruire la misère et gérer la pauvreté ?

Article de Pierre Saglio, président d’ATD Quart Monde paru dans Le Monde du mercredi 5 mars 2005 (et hélas….faisons le bilan aujourd’hui ! ! !)

Durant cette période hivernale, dès que le thermomètre descend, les flashs d’information nous apprennent que le plan d’urgence de niveau 2 ou de niveau 3 a été déclenché dans tel ou tel département, prévoyant d’augmenter les rondes pour repérer les personnes à la rue et de disposer de places d’hébergement supplémentaires... Que de tels plans existent est bien légitime car ils relèvent du devoir " d’assistance à personne en danger " et c’est l’honneur et la responsabilité de l’État via ses préfets, et des élus de les organiser et de les prendre en charge.

Mais les annonces publiques répétées dans les médias ont une autre incidence ; chacun de nous risque de penser que la situation est bien maîtrisée, et qu’au fond, il n’y a pas de scandale à ce que certains de nos concitoyens soient à la rue puisqu’on sait leur éviter de mourir de froid lorsque la température diminue.

S’il arrive malgré tout qu’une personne à la rue meure, on s’interrogera pour savoir si elle a accepté ou refusé les moyens mis en place pour lui venir en aide.

De même en début d’hiver, journaux, radios et télévisions se sont largement mobilisés pour que chacun de nous aide les distributions alimentaires à se mettre en place, avec toujours plus de moyens d’une année sur l’autre. Ce mode d’action a d’ailleurs été privilégié par le Gouvernement lorsqu’il a décidé, avec l’appui quasi unanime des parlementaires, d’accroître, au profit des associations organisant des distributions, l’exonération fiscale à laquelle ouvrent droit les dons aux associations.

Comme si distribuer de la nourriture était considéré comme plus important que, par exemple, apprendre à des adultes à lire et écrire pour qu’ils puissent acquérir qualification et emploi !

Là encore, beaucoup finiront par penser qu’il n’est pas scandaleux que des hommes et des femmes n’aient pas de revenus suffisants pour se nourrir et nourrir leur famille puisque leur situation est gérée et que l’on saura chaque hiver pourvoir à leurs besoins par des distributions de toutes sortes.

  • Est ce ainsi que l’on répond à l’attente de nos concitoyens les plus meurtris par la grande pauvreté ?
  • Est-ce ainsi que l’on conforte leur résistance ?
  • Est ce ainsi que l’on va vers l’éradication de la grande pauvreté ?

Assurément non, bien au contraire. Ce faisant, on gère la pauvreté, en n’ayant d’autre ambition que d’en corriger les effets en soulageant ceux qui en sont victimes. Ce faisant, on risque de réduire la lutte contre la pauvreté à une affaire de distribution. On distribue de la nourriture à ceux qui n’ont rien, un hébergement à ceux qui n’ont pas de toit, parfois des consultations médicales à ceux qui n’ont pas accès à la sécurité sociale ; on distribuera aussi des places gratuites pour aller à tel ou tel spectacle à ceux qui n’ont pas d’autre moyen d’accès à la culture.

Pourtant, détruire la grande pauvreté et non la gérer reste bien l’ambition que notre pays s’est fixé depuis le vote de la loi contre les exclusions en 1998.

Il rejoignait ainsi l’ambition et le combat constant que le Quart Monde nous invite à partager avec lui. C’est pourquoi, il est de notre responsabilité de continuer à exiger sa mise en œuvre.

Qu’en est-il en réalité ?

Que signifie aujourd’hui comme l’affirme la loi de 1998 dans son article premier, faire de la lutte contre les exclusions " un impératif national et une priorité de l’ensemble des politiques publiques " ? Que signifie " rendre effectifs les droits fondamentaux fondés sur l’égale dignité de chacun " ?

Que signifie associer

Ceux qui vivent quotidiennement la grande pauvreté " à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques " de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ? Une telle ambition ne doit-elle pas nous inciter à ne jamais accepter pour d’autres ce que nous n’accepterions pas pour nous-mêmes ?

L’égale dignité affirmée comme fondement des droits fondamentaux n’est-elle pas à ce prix ?

Or, qui accepterait de devoir vivre durablement sans toit ?

Qui accepterait de devoir, chaque hiver, recourir aux distributions alimentaires pour nourrir ses enfants et sa famille ?

Qui accepterait que ses enfants sortent un à un de l’école sans maîtriser les savoirs de base permettant d’accéder à une formation qualifiante ?

A force de nous être habitués à ce que la misère soit gérée, nous en sommes arrivés à accepter bien souvent qu’une partie de nos concitoyens vivent d’une façon qu’aucun de nous n’accepterait pour lui-même.

Le déficit commercial français en débat

Les déficits font peur. En témoignent les cris d’alarme poussés, sur la scène publique française, à droite comme à gauche, à l’annonce du « triste record » battu par la France en 2007 : 39 milliards d’euros (environ 2 % du Pib), soit près de 11 milliards de plus que le déficit de 2006, déjà sans précédent. 2007 est la quatrième année consécutive de déficit des échanges commerciaux français. Certains, pourtant, dont François David, président de la Coface, ont fait entendre une autre voix : tant que la croissance est au rendez-vous, y a-t-il réellement lieu de s’alarmer ? Ce débat, vite écarté par une certaine propension hexagonale à se complaire dans la morosité du « déclin français », mérite toutefois qu’on y revienne tant il est exemplaire des différentes « herméneutiques » à l’œuvre aujourd’hui pour rendre compte de la place réelle, ou supposée, de la France dans l’économie européenne et internationale.

Quel déficit, et pourquoi ?

Un fort déficit commercial signifie que nous importons davantage que nous n’exportons. En 1999, nous étions à l’origine de 6,5 % des échanges mondiaux nous n’en sommes plus qu’à 4,5 % aujourd’hui. Le « décrochage » actuel entre nos exportations et nos importations devient visible autour du tournant des années 1999-2000. Il semble s’être aggravé, depuis lors : notre tissu industriel, contrairement à celui des Allemands ou des Japonais, n’a pas profité de la nouvelle richesse des producteurs de matières premières et des pays émergents à qui nous n’avons pas su vendre des produits innovants.

L’euro ne peut pas être tenu pour seul responsable de ces résultats décevants, même s’il pénalise certainement nos ventes d’avions ou de centrales nucléaires. L’Allemagne, en effet, subit tout autant que nous son niveau trop élevé, et fait pourtant beaucoup mieux en matière d’exportations. La flambée du pétrole non plus puisque nous sommes également déficitaires hors importations de pétrole. Qui plus est, nos centrales nucléaires devraient nous mettre davantage à l’abri du prix du pétrole que les Allemands. Nos coûts de production industrielle ne peuvent pas davantage servir de boucs émissaires : ils sont à peu près identiques en France et en Allemagne depuis plusieurs années (en dépit des 35 heures). Les statistiques de l’Ocde font d’ailleurs apparaître que la France est le deuxième pays exportateur par habitant de l’Europe après la Norvège : ce ne sont donc pas les travailleurs français qui, par leur prétendu « manque de compétitivité », provoquent le déficit commercial. En outre, la déformation du partage de la valeur ajoutée entre salaires et rendements du capital, au profit des seconds, relevée par presque tous les économistes français aujourd’hui, indique que ce n’est pas du côté d’une « pressurisation » supplémentaire des salaires qu’il faut chercher le remède.

Que la loi Aubry, quant à elle, ait été mise en place à une très mauvaise période – celle d’une baisse continue du pouvoir d’achat réel, de sorte que les ménages actifs ne pouvaient que souscrire à un mot d’ordre comme « travailler plus pour gagner plus » – ne suffit pas à la rendre responsable de tous nos maux, y compris de notre déficit commercial. Le véritable problème, concernant les ménages, c’est la revalorisation de leur pouvoir d’achat davantage que l’hypothétique pénalisation que les 35 heures auraient fait subir à l’appareil industriel français tourné vers l’exportation.

L’origine du creusement inédit de notre déficit commercial est donc à chercher du côté de l’offre industrielle et de la faiblesse de nos investissements. Or, aujourd’hui, sur les 1 000 géants du commerce mondial, 56 sont français et seulement 40 allemands : c’est que les plus grosses entreprises françaises ont su s’internationaliser, alors que notre tissu de Pme non seulement n’est pas assez ouvert à l’international, mais encore est intrinsèquement trop peu développé. En termes relatifs, l’Allemagne a trois fois plus de Pme que la France, et trois fois plus d’exportations… C’est là sans doute l’une des questions clefs posées par le déficit actuel. Redynamiser le secteur des Pme, d’ailleurs, serait tout à fait cohérent avec la perspective d’un « virage » économique et politique vers une social-démocratie à la scandinave, dont on peut douter qu’il soit à l’ordre du jour de notre gouvernement, en dépit de son mot d’ordre en faveur de la « flexicurité ».

La difficulté des Pme françaises à conquérir des parts de marché (aussi bien intérieur qu’international) est sans doute liée à une insuffisance de spécialisation performante : nos Pme n’ont pas encore trouvé l’équivalent des machines-outils de haute qualité et du secteur de l’automobile qui tirent l’Allemagne vers le haut ou du secteur des métaux de base et des appareils de communication qui font le succès des exportations nippones. Cet argument, toutefois, ne devrait pas être surestimé : le succès de l’Allemagne tient aussi, en grande partie, au fait que le tissu industriel des ex-pays de l’Est s’étant effondré, c’est elle qui est venue combler le vide en exportant ses machines. Il n’en reste pas moins qu’inventer de nouvelles spécialisations, susceptibles d’intéresser les consommateurs des pays émergents, ou explorer des niches où la concurrence internationale soit encore faible, suppose pour nous un effort considérable en recherche et développement, et renvoie au peu de soutien dont bénéficient l’innovation et la recherche en France depuis des décennies. Certes, des efforts ont été faits par le gouvernement Villepin et par l’actuel gouvernement, via l’Agence nationale de la recherche, l’Agence pour l’innovation industrielle et les 66 pôles de compétitivité. Néanmoins, beaucoup reste encore à faire en matière de formation et de recherche : aujourd’hui, la France investit en moyenne 8 000 euros par an pour un étudiant, contre 20 000 au nord de l’Europe. Est-il à notre portée de revitaliser la recherche et le développement ? La France s’était spécialisée dans les industries ferroviaires : « mauvais créneau » avait-on clamé au début des années 80. La technologie du TGV a pourtant fait d’Alstom un fleuron mondial du domaine.

Changer de point de vue…

Tout ceci étant reconnu, il importe de relativiser la gravité du déficit français. « Il y a une croissance de nos exportations, une réorientation vers des bonnes destinations et surtout une forte augmentation du nombre des exportateurs » a rappelé la ministre, Christine Lagarde. En particulier, vers l’Inde, nos exportations ont crû de 71 % et de 31 % vers la Chine en 2007. Et surtout, pour la première fois depuis 2003, le nombre de Pme exportatrices est en augmentation. On pourrait ajouter que notre consommation intérieure a été beaucoup plus dynamique qu’en Allemagne en 2007, ce qui nous pénalise doublement dans la comparaison : d’une part, elle gonfle davantage le poste des importations qu’outre-Rhin, de l’autre l’atonie de la consommation en Allemagne (qui reste notre premier client) muselle le poste de nos exportations. De ce point de vue, d’ailleurs, le relèvement de la TVA sur la consommation en Allemagne en 2007 ne devrait pas améliorer la situation. Certes, notre secteur de Pme souffre d’un manque de soutien à l’innovation, mais cela ne veut pas dire que le tissu industriel français tout entier est malade.

Par ailleurs, le déficit commercial peut se lire comme la différence entre l’investissement et l’épargne intérieurs privés et publics : si nos importations excèdent nos exportations, en effet, cela implique que nous consommons davantage que nous ne produisons. Par bouclage macro-économique, pareil déséquilibre n’est possible que si notre épargne (à la fois privée, celle des ménages, et publique, celle de l’Etat) est inférieure à nos investissements (privés et publics). L’intérêt de ce changement de point de vue, c’est que le déficit commercial n’est alors plus compris comme résultant seulement des décisions des ménages – combien épargner et quoi consommer ? – et des entreprises – quoi produire et à qui le vendre ? –, mais aussi de décisions gouvernementales qui affectent aussi bien l’investissement que l’épargne globale de notre pays. Les impôts et les dépenses publiques que l’on décide de mettre en oeuvre déterminent le montant des recettes ou du déficit gouvernemental et donc conditionnent le déficit commercial. L’excédent commercial chinois se comprend ainsi comme la conséquence d’une épargne de précaution considérable de la part des ménages – une politique de protection sociale le fera nécessairement diminuer. Inversement, des privilèges fiscaux pourraient produire, chez nous, une épargne privée légèrement plus importante, mais la perte de revenus fiscaux induite par le « bouclier fiscal » mis en place au cours de l’été 2007 (4 milliards tous les ans, auxquels s’ajoute l’engagement de 11 milliards destinés à rémunérer d’éventuelles heures supplémentaires) fait plus qu’en contrebalancer les bénéfices, tout en contribuant à réduire en fait l’épargne au niveau national par l’accroissement du déficit fiscal de l’Etat.

Dans cette optique, la conclusion - on ne l’entend guère dans le débat public français - c’est que le moyen le plus sûr de réduire le déficit commercial français, si l’on y tient, est de diminuer le déficit fiscal. Concrètement, cela voudrait dire, par exemple : augmenter les impôts (des rendements du capital puisque, comme nous l’avons vu, les salaires sont déjà excessivement mis à contribution), diminuer les subventions à l’agriculture, pratiquer une politique de change d’un euro moins fort… Cesser d’analyser le déficit commercial français uniquement en termes d’offre industrielle exportée conduit ainsi à des conclusions très éloignées des mesures récemment annoncées sur le paiement des RTT et des heures supplémentaires des fonctionnaires, ou sur le déblocage des réserves de participations à 10 000 euros… : si elles relancent un peu la consommation (qui est pourtant déjà notre point fort), ces mesures risquent surtout de creuser encore le déficit commercial…

L’échelle européenne

Mais tient-on vraiment à réduire ce déficit ? On peut en douter et c’est plutôt heureux dans la mesure où l’indicateur du commerce extérieur français, aujourd’hui, n’est plus réellement significatif. D’abord, parce que la libéralisation des échanges de biens, de capitaux et de personnes pose des problèmes méthodologiques redoutables de mesure des transactions effectuées au sein de la zone euro. Les statistiques douanières à l’intérieur de l’Union sont-elles fiables ? Sont-elles même encore pertinentes, alors que nous avons nous-mêmes décidé de transformer l’Union en un vaste marché unique ? La définition géographique du commerce français n’a plus grand-chose à voir avec la réalité des entreprises qui ont un siège social en France ou un management français : 85 % des résultats consolidés des sociétés du CAC sont obtenus hors de France, alors que les sociétés américaines cotées réalisent 85 % de leur chiffre d’affaires aux Etats-Unis. Le déficit commercial abyssal outre-atlantique (1,5 milliards de dollars de déficit par jour) n’a pas du tout la même signification géographique que chez nous, et le véritable indicateur pertinent pour nous, c’est celui de la balance commerciale à l’échelle européenne. Or celui-ci est presque nul (-0,4 % du Pib européen agrégé) en dépit des déficits cumulés de l’Espagne (-8,4 % du Pib), de la Grande-Bretagne (-2,2 %) et de l’Italie (-2,3 %). La comparaison avec nos deux voisins anglo-saxons – l’un de nos exercices favoris – est biaisée. Notre déficit est supérieur à celui de l’Allemagne et notre taux de croissance inférieur à celui de la Grande-Bretagne ? On pourrait renverser le point de vue : notre croissance est supérieure à celle de l’Allemagne et notre déficit inférieur à celui des Anglais…

Le vrai débat se situe à l’échelle européenne et, là non plus, il ne se formule pas exclusivement en termes d’offre industrielle à l’exportation, mais aussi en termes de « déficit fiscal » agrégé, de subventions et de politique monétaire.

Pourquoi, dans ces conditions, le débat français se focalise-t-il sur la partie hexagonale et industrielle des paramètres du problème ? Peut-être parce qu’ainsi orientée, et compte tenu de la réticence du gouvernement à aborder de front la question salariale, la discussion atterrira invariablement sur le terrain du coût de la main-d’œuvre française (pourtant comparable, on l’a dit, à celui de l’Allemagne), et d’une nécessaire flexibilisation du marché du travail, dont on sait toute l’ambiguïté.

Comment peser sur l’avenir du commerce mondial ?

Passer d’une analyse hexagonale à un point de vue européen et macro-économique (qui intègre notamment le déficit fiscal) ne suffit pourtant pas à identifier l’ensemble des partenaires dont dépend notre commerce extérieur. Le déséquilibre commercial majeur, aujourd’hui, à l’échelle internationale, est celui des États-Unis. Et il est au moins aussi important, pour la France, que l’Union européenne pèse sur les négociations internationales pour mettre en place une régulation permettant une gouvernance mondiale des échanges que de favoriser les Pme françaises en leur accordant des avantages fiscaux ou en déréglementant davantage le droit du travail. La Chine enregistre un excédent commercial record avec les Etats-Unis mais le système des échanges internationaux ne survit que parce que la Chine investit les milliards de devises qu’elle accumule dans des bons du Trésor américains : les placements chinois comblent le déficit américain . Ni la Chine, ni les Etats-Unis n’ont intérêt à une chute brutale du dollar, quoique les exportations chinoises retirent bien des avantages de sa lente agonie. Quant aux pays de la zone euro, dont la France, ils sont doublement perdants : plus le dollar descend, plus la compétitivité de nos exportations s’amenuise et plus nous nous exposons aux importations issues des pays émergents… qu’une crise majeure du dollar ne ferait qu’aggraver.

Est-ce à dire qu’au fond, le sort économique des Français, aujourd’hui, ne leur appartient plus ? Qu’il se décide ailleurs, quelque part entre Los-Angeles, Bruxelles et Pékin ? L’Union européenne est un partenaire commercial indispensable pour les Etats-Unis ; si elle pouvait parler d’une seule voix, elle serait nécessairement entendue, et pourrait proposer des solutions de sortie par le haut du champ de mines qu’est devenu notre système d’échanges internationaux à la suite du démantèlement des accords de Bretton-Woods. Contrairement à ce que voudrait une certaine vulgate, la mondialisation des échanges n’est pas seulement un développement « naturel » des nouvelles technologies de communication  ; elle est aussi le résultat d’une déréglementation sciemment menée. L’Europe pourrait jouer un rôle de force de proposition afin d’inventer de nouveaux modes de régulation internationale, voire de substituer l’euro au dollar. Quant aux décisions prises au sein de l’Union européenne, elles ne sont jamais autre chose que des compromis résultant des négociations multilatérales de ses pays membres. Et la France pèse de manière non négligeable dans ces négociations. Malheureusement, il est vrai, l’unité politique des pays de l’Union n’est pas acquise, et les négociations européennes sont actuellement confisquées de la scène politique française. Quand discute-t-on au Palais Bourbon des positions adoptées à Bruxelles par les représentants français ?

Autrement dit, la question en apparence « technique » du déficit commercial français, qui semblerait devoir être confiée aux batailles d’experts, renvoie à une question tout à fait politique, et qui devrait être au centre du débat démocratique : celle de la façon dont, en France, nous entendons contribuer à la construction d’une politique européenne économique commune, et la façon dont celle-ci peut participer à la mise en place d’instances de régulations des échanges internationaux.

Répondre à cet article