Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France.

Dimanche 7 septembre 2008 // La France

1er septembre 2008 (Nouvelle Solidarité) — Michel Rocard mâche de moins en moins ses mots lorsqu’il s’agit de parler de la crise financière que nous subissons actuellement et des causes qui en sont à l’origine. Très présent à l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle ce week-end, Michel Rocard a prononcé quelques paroles lourdes au cours de son intervention dans l’atelier consacré à ce que doit être aujourd’hui la politique économique et sociale.

Prenant la parole à la fin d’un panel de sept intervenants parmi lesquels Vincent Peillon, Michel Sapin, Gérard Colomb et Jean Marc Eyrault, Michel Rocard a d’abord insisté sur la gravité de la crise, estimant que ses prédécesseurs qui avaient tous pourtant traité de la crise, n’en avaient pas assez insisté sur sa gravité. Il s’en est pris à l’immoralité du capitalisme financier qui a mis fin aux « trente glorieuses » d’après guerre, comme étant à l’origine de cette crise. L’ancien Premier ministre n’a pas hésité à dénoncer « l’ordure morale » de cette forme de capitalisme qui endette délibérément des personnes incapables de tenir leurs engagements hypothécaires, se disant qu’il suffira de saisir leur bien pour se rembourser, en cas de pépin.

À ce capitalisme financier prédateur à l’origine de crises spéculatives de plus en plus graves tous les cinq ans et qui portent désormais atteinte à l’ensemble du système, Michel Rocard a opposé la stabilité des « Trente glorieuses », une période de plein emploi qui n’a pas connu de crise financière et où la croissance oscillait entre 3 et 5.5%.

Michel Rocard, qui avait cosigné un texte paru dans Le Monde du 11 mars, avec quatorze anciens chefs de gouvernement et responsables de grandes institutions, appelant à une conférence internationale de chefs d’État pour poser les bases d’un nouveau système monétaire et économique international, a évoqué le rôle nécessaire du crédit à bon marché dans le développement économique.

Il ne peut y avoir de création de richesses sans anticipation monétaire, a dit l’ancien Premier ministre en substance, soulignant que les critères de Maastricht nous ont poussé vers une économie extrêmement malthusienne. Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toute façon, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission.

Face à l’urgence de la crise, Michel Rocard a estimé que plutôt que de poser immédiatement la question du statut de la Banque centrale européenne, car cela exigerait de revoir les traités, il fallait utiliser, dans l’urgence, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a laquelle aucun statut n’interdit de faire du crédit pour des investissements dans d’importants projets d’infrastructures ou en faveur des PMI/PME innovantes. Selon ses statuts, la BEI dont les capitaux sont souscrits par les États, peut prêter à hauteur de 250 % ses capitaux propres qui atteignent actuellement, près de 165 milliards d’euros. Elle aurait donc, en principe, un trésor de guerre représentant un peu plus de 400 milliards d’euros, ce qui est bien loin de ce qui est requis pour sortir de la crise que nous connaissons.

Il n’a pas, cependant, précisé si elle a les moyens d’émettre du crédit public, à bas taux d’intérêt afin de rendre ces investissements intéressants, ou si elle est obligée d’emprunter sur les marchés aux taux élevés pratiqués par ceux-ci, cas dans lequel ces investissements ne pourraient pas représenter une sortie à la crise actuelle. État nous-mêmes à l’origine des propositions en faveur d’un nouveau Bretton Woods que nous avons très largement diffusées depuis des années dans tous les milieux politiques concernés, en France et au niveau international, nous attendons impatiemment des explications supplémentaires de l’ancien Premier ministre sur le mécanisme qu’il envisage.

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