Météo ? Haro !

Vendredi 31 décembre 2010 // La France

Une forte chute de neige, des dizaines de milliers de personnes dans l’épreuve et le gouvernement dans l’embarras. Solution ? Trouver ; un bouc émissaire !

Berlin, dimanche 5 décembre. Des passagers français repartent de la capitale allemande, parfaitement détendus. Là-bas, il fait moins treize degrés et une neige abondante recouvre la ville. Mais voitures et autobus circulent, les avions atterrissent et décollent, et chacun vaque à ses occupations...

Paris, mercredi 8 décembre. La neige tombe à gros flocons tout l’après-midi et la région parisienne est peu à peu paralysée. A Paris, les autobus ne circulent plus. En banlieue, des automobilistes sont bloqués durant de longues heures, certains doivent dormir dans des gymnases ou dans leur voiture ou abandonner celle-ci (que quelques-uns retrouveront le lendemain couverte de procès-verbaux pour défaut de paiement du paramètre !). Des trains de banlieue patinent, le trafic sur les aéroports parisiens est fortement ralenti.

Comme presque toujours, le gouvernement se croit obligé de réagir immédiatement, alors que les passants qui risquent à chaque pas de se casser une jambe préféreraient que les employés municipaux prennent les mesures appropriées sans que le ministre de l’Intérieur ne s’en mêle. Mais Brice Hortefeux fait une déclaration solennelle destinée à rester dans les archives de la semaine : « Il n’y a pas de pagaille ».

Comme si cette bévue ne suffisait pas, François Fillon, en visite officielle à Moscou, tente d’apaiser la polémique qui enfle en faisant porter le poids de l’incontestable pagaille sur Météo France comme s’il était naturel de critiquer à l’étranger les services publics de son pays. C’est ainsi que les Parisiens mal remis de leurs émotions de la veille ont appris de leur Premier ministre que « Météo France n’avait pas prévu cet épisode neigeux, en tout cas pas son intensité puisque les prévisions étaient de trois centimètres et qu’il est tombé, je crois, 12 centimètres sur Paris même, et 20 centimètres sur certaines régions de la banlieue. Donc, il est Incontestable que les services chargés du déneigement ont été pris au dépourvu ».

Ces précisions données en Russie (où l’on a dû sourire d’une pagaille provoquée par si peu de neige) étaient impressionnantes de précision mais des journalistes scrupuleux ont retrouvé le « bulletin national de suivi » de Météo France en date du 7 décembre à 16h03 : la veille de la tempête de neige, le bulletin n° 0712DPO4 annonçait des chutes de neige pouvant couvrir la région parisienne de dix centimètres !

Le gouvernement aurait facilement pu éviter cette petite humiliation due à une conduite paradoxale : à chaque événement fortement répercuté par les médias, les autorités poli- tiques réagissent en communiquant immédiatement pour montrer qu’elles sont à l’écoute des Français et au plus près de leurs problèmes ; mais ces réactions se font sur la base de notes hâtivement rédigées par les fonctionnaires qui n’ont pas intérêt à dire qu’on manque d’éléments pour apprécier la situation. D’où des accusations sans preuve lancées par des ministres, ou des communiqués rassurants - comme celui de Jean-Louis Borloo annonçant en octobre, au mépris de l’évidence, que la grève des raffineries était sans conséquences. C’est ainsi que le gouvernement qui se dit « proche des gens » donne aux Français l’impression qu’il est enfermé dans son petit univers. Encore a-t-on échappé ici au réflexe habituel : « un fait divers = un projet de loi »

S’ajoute à ces considérations générales une observation pratique : ce n’est pas en réduisant le nombre des agents de l’Equipement que l’on peut faire face aux imprévus climatiques. Il y a des économies de personnel qui coûtent cher.

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