Medvedev en passe de lâcher Kadhafi ?

Par Afrique Education

Lundi 27 juin 2011 // Le Monde

On savait que la Russie n’est pas l’Union Soviétique. On savait aussi que l’époque de la Guerre Froide est désormais révolue, que la guerre idéologique entre l’Est et l’Ouest, a été largement gagnée par les Occidentaux, et que le capitalisme est triomphant dans neuf pays sur dix. Mais de là à considérer la Russie comme une grande puissance de seconde zone, il n’y a qu’un pas que les Russes sont en train de franchir avec le prévisible lâchage de Kadhafi, sous la pression des Américains et de l’Otan.

De manière générale, Moscou est en train d’abandonner à leur propre sort, tous ses alliés d’hier : la Syrie, la Libye, et demain peut-être, l’Algérie. Elle le fait sans dignité, sans se soucier des qu’en dira-t-on, comme si elle aurait eu des injonctions de l’Ouest. Étonnant !

Alors que l’OTAN (Organisation du Traité Atlantique Nord) intensifie ses raids sur Tripoli, la Russie n’a pas bougé le petit doigt pour soutenir le régime de Mu’ammar al Kadhafi, ni militairement, ni diplomatiquement, ni même au Conseil de sécurité où toutes les résolutions anti-Kadhafi passent comme une lettre à la poste. Plus grave, Dimitri Medvedev a ordonné à Kadhafi de cesser de « faire couler le sang » de la population libyenne. Et que fait alors l’Otan avec ses bombardements aveugles ? On croit rêver. Par la voix de Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe qui a depuis longtemps été séduit par Hillary Clinton, la Russie appelle le régime libyen à « pleinement mettre en couvre la résolution du Conseil de sécurité », comme si l’OTAN respectait la sienne.

Pour la crise libyenne, Moscou n’a même pas tenu compte de la position officielle de l’Union africaine (UA) avant de se déterminer. Notons que l’UA a présenté un plan de cessez-le-feu accepté par Kadhafi et refusé par le Conseil national de transition (CNT), plan que l’OTAN (et donc les Nations-Unies) refuse d’examiner.

Pour plaire encore à l’OTAN, la Russie demande à Tripoli de « coopérer avec l’ONU pour permettre de livrer l’aide humanitaire sur tout le territoire libyen », alors qu’elle sait que ce sera le meilleur moyen de précipiter la chute du régime parce que les humanitaires seront infiltrés par d’affreux spécialistes des services américains, britanniques et français.

Alliée traditionnelle de la Libye, dans le temps, la Russie s’était détachée de la coalition internationale en s’opposant à une intervention militaire. Mais membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ce pays n’a fait que s’abstenir le 17 mars lors du vote de la résolution 1973 qui a permis l’intervention d’une coalition internationale en Libye, alors qu’on s’attendait à ce qu’elle oppose son droit de veto. En tournant aujourd’hui le dos à la Libye, la Russie fait preuve de grande lâcheté et encourage les pays africains, voire, du tiers-monde, à beaucoup se méfier d’elle. Si elle voulait adopter une position logique et crédible dans ce conflit, elle n’avait qu’à suivre la position officielle de l’UA qui est celle de toute l’Afrique, et qui demande un cessez-le-feu immédiat et la résolution du problème par les moyens diplomatiques.

Le plus grave, c’est de constater que la Russie lâche la Libye au moment où, sous la pression de Washington, de Paris et de Londres, le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, demande aux juges de délivrer un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité contre le frère guide, son fils Saïf AI-Islam et le chef des renseignements libyens Abdallah AI-Senoussi. A cette allure, on se demande si, dans quelques années, la Russie ne va pas carrément demander son adhésion à l’OTAN. Car le reniement est tel qu’on ne reconnaît plus la diplomatie de ce grand pays.

Répondre à cet article