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Medvedev-Poutine : Le temdem patine...

Samedi 9 avril 2011 // Le Monde

Medvedev-Poutine : Le temdem patine...

Alors que se profile la présidentielle de 2012, les derniers sondages font état d’un net tassement de la popularité des deux dirigeants russes. Il faut dire que les citoyens ont des raisons d’être mécontents.

Aussitôt après l’élection de Dimitri Medvedev, en mars 2008, nous écrivions qu’il avait fait naître au sein d’une partie de la population l’espoir, vague et sans fondement, d’un changement de régime. Trois ans plus tard, force est de constater non seûlement que cet espoir ne s’est pas concrétisé, mais qu’il a été remplacé par un sentiment encore plus trouble de perte de la principale conquête de l’ère Poutine, l’impression de stabilité. Et des raisons d’être mécontent sont apparues non seulement chez les simples citoyens, mais au sein de la classe dirigeante. En ce début 2011, le président ne peut se targuer d’aucun succès tangible auprès de l’homme de la rue. Dans un sondage du Centre Levada [institut d’étude de l’opinion] de février 2008, la majorité des personnes interrogées avait désigné, parmi les tâches prioritaires du futur président, la baisse des prix, l’indexation des salaires et des retraites sur l’inflation et la lutte contre la corruption. En 2011, seule l’indexation a été réalisée. Par ailleurs, les deux autres problèmes n’ayant pas été résolus, les effets positifs sur la vie quotidienne sont restés faibles.

Un sentiment d’instabilité

Parmi les autres attentes des électeurs, figuraient début 2008 le renforcement de l’ordre et de la légalité ainsi que le règlement des problèmes du Caucase du Nord. Pour ce qui est du respect de la loi, on a pu voir ce qu’il en était à Kouchtchevskaïa. Pendant des années, une organisation criminelle protégée par les autorités et les forces de l’ordre locales avait maintenu sous sa coupe cette petite ville de la région du Kouban, dans le sud de la Russie ses exactions ont été découvertes en novembre loto, après l’assassinat de douze personnes dans une maison de la ville. bans la région de Moscou, une enquête est en train de révéler que le parquet et la police couvraient un réseau de jeux clandestins. Quant à la situation dans le Caucase, elle est telle aujourd’hui que les victimes des attentats terroristes ne sont plus seulement des militaires et des policiers, mais de simples civils, des Russes qui avaient cru aux intentions des pouvoirs publics de transformer la région en paradis touristique (il.existe d’ambitieux projets pour développer les sports de glisse et le tourisme thermal, grands atouts de la zone, mais, en février, un minibus de touristes moscovites a subi une attaque qui a fait plusieurs morts, et des installations de ski ont été détruites).

En marge de ces cas révélateurs, le sentiment d’instabilité est aggravé par certaines déclarations et démarches ambiguës en provenance du sommet de l’Etat. Ainsi, on ne sait plus que penser de l’attitude à adopter envers l’opposition radicale. La mater "à coups de matraque sur la tête", comme le propose le Premier ministre, ou au contraire la laisser s’exprimer librement, comme le souhaite le président ? Lorsque les manifestations de l’opposition étaient interdites, les choses étaient plus simples. Quand certaines actions ont soudain été autorisées, les bons citoyens que les manifestants empêchaient de se rendre à leur datcha ont commencé, logiquement, à se demander dans quoi on s’embarquait.

Sans parler de la question du chef véritable. On ne peut que se féliciter quand le président se déplace gare de Kiev [à Moscou, pour vérifier les mesures de sécurité après les attentats dans le métro et Medvedev pourrait renoncer à briguer un second mandat dans un aéroport de la capitale] et passe un savon aux responsables. Mais pourquoi les divers ministres concernés n’ont-ils pas réussi à mettre cette sécurité en place avant que le chef de l’Etat se rende sur le terrain ? Les ordres du président ne signifieraient-ils rien pour eux ? Notre président n’est-il pas tout à fait réel ? Les responsables ont-ils besoin que ce soit un autre dirigeant, plus influent, qui s’adresse à eux ? Dans ce cas, à quoi sert le président actuel s’il existe un vrai chef, dont le regard implacable fait trembler les ministres les plus aguerris ? Les citoyens sont en droit de se poser la question.

Et les hommes d’affaires, que doivent-ils penser du président ? En février 2008, ils s’attendaient à une baisse des taxes. En ce début aoii, il vient de leur signifier une hausse de leurs cotisations obligatoires aux caisses d’assurance. Certes, l’initiative en revient au gouvernement dirigé par Vladimir Poutine, mais où était Medvedev, avec ses grands discours sur l’innovation et la modernisation, quand la décision a été prise ? L’humanisation des articles du Code pénal et du Code de procédure pénale portant sur les délits et crimes économiques n’est pas non plus entrée dans les moeurs. On le voit tous les jours, si les siloviki [police, renseignements] veulent la peau d’un patron, ils l’auront.

Tout cela montre que, du haut en bas de la société, on éprouve le même genre de sentiments même si on les exprime de façon différente. Ceux que l’on a coutume d’appeler 1"élite" semblent avoir hâte que le tandem se décide sur le nom du prochain homme fort pour les six années à venir, parce qu’il leur est impossible de continuer à répartir leurs oeufs dans deux paniers. Les simples citoyens, eux, ont une autre manière de réagir à l’instabilité qu’ils éprouvent : 38 % d’entre eux pensent que la Russie pourrait connaître une révolte comme celle qui vient de se produire en Egypte. Face à ce mécontentement global de la société, un éventuel refus de Dmitri Medvedev de briguer un second mandat s’expliquerait fort bien.

D’autres sondages du Centre Levada, portant cette fois sur le rapport des Russes à leurs dirigeants, font eux aussi réfléchir. Si l’on prend les cotes de popularité, Medvedev s’en sort plutôt bien. En mai 2008 les personnes qui approuvaient son action à la tête de l’Etat étaient 70%, et en février 2011,69%. Mais, dès que l’on aborde les questions précises, il arrive loin derrière Poutine. L’élève ne dépasse le maître que dans deux catégories : pour 37% des personnes interrogées il est plus apte que Poutine à mener à bien la modernisation du pays, et pour 28% meilleur garant des libertés démocratiques que le Premier ministre. Mais ces réponses semblent surtout fondées sur les déclarations publiques de Medvedev, où les termes "modernisation" et "liberté" apparaissent plus souvent que dans les discours de Poutine. Lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes concrets, l’ancien président est jugé plus efficace que l’actuel, en particulier en ce qui concerne les difficultés économiques (42% contre 23%), le maintien de la place que la Russie mérite dans le monde (43% contre 31%) et la garantie de l’ordre dans le pays (36% contre 23%). Par ailleurs, dans l’esprit des Russes, c’est Vladimir Poutine qui reste le plus engagé dans la lutte contre le crime et pour la justice sociale.

Poutine jugé moins honnête

Cependant, ce qui frappe quand on compare les résultats de Poutine avec les sondages des années précédentes, c’est la chute radicale de ses scores par. rapport à la fin de son second mandat. Il est 1,5 fois moins souvent considéré comme un bon professionnel, 2 fois moins de personnes le trouvent intelligent, et 3 fois moins le jugent honnête et non corrompu. Dmitri Medvedev, en revanche, a progressé partout depuis février 2008 sauf sur trois points : les Russes sont 0,25 fois moins à le considérer comme honnête, 1,5 fois moins à être sous le charme et 1,8 fois moins à noter sa proximité avec Poutine.

Quand il s’agit de diriger la Russie, on peut en conclure que, en dépit du proverbe, c’est bien la fonction qui fait l’homme. Difficile en effet d’imaginer que Poutine, en passant du Kremlin à la Maison blanche [siège du gouvernement], soit soudain devenu moins expérimenté, moins éduqué ou moins courageux. Simplement, il passe moins à la télévision. De même, si Medvedev est perçu comme plus cultivé et plus efficace par ses concitoyens, c’est qu’ils ont plus souvent la possibilité de le remarquer depuis qu’il est président. Quant au recul des indicateurs concernant sa proximité avec Poutine et son charme personnel, il peut être vu comme un progrès, une affirmation de son indépendance croissante.

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