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Matteo Ricci.

Jeudi 10 mars 2011 // L’Histoire

Le quatrième centenaire de la mort du jésuite Mattec Ricci, décédé la même année que notre Henri IV, a donné lieu à des commémorations qui ont mis en évidence la place symbolique du personnage dans les relations de la Chine et de l’Occident.

Que l’or imagine l’Empire du milieu à la fin du XVI° siècle. Pour les Occidentaux, la Chine est une terra incognita ! Ur monde impénétrable et mystérieux. Certes, trois siècles auparavant le marchand vénitien Marco Polo est déjà venu dans ce pays qu’il a décrit dans son Livre des merveilles. Mais lorsque Matteo Ricci arrivera en Chine, il lui faudra identifier cette région du monde que son prédécesseur appelait Cathay, car l’opinion par générale voulait qu’il s’agisse d’autre chose, d’un autre empire situé plus au nord-ouest, comme l’attestaient les cartes du temps. Très vite, le jésuite reconnaîtra les lieux parcourus par Marco Polo, mais il aura du mal à en convaincre ses supérieurs.

C’est dire à quel point pénétrer la Chine de la dynastie des Ming représente une aventure presque inimaginable. Mais rien ne pourrait arrêter ce fils de saint Ignace de Loyola, voué dès le plus jeune âge à l’évangélisation de l’Asie.

C’est en effet, dès après la fondation de la Compagnie de Jésus, que la vocation missionnaire des jésuites s’est affirmée, les menant en Afrique, en Amérique du Sud, en Inde, à Malacca, au Japon et dans l’archipel des Moluques. Mais la Chine est rebelle aux incursions des Européens. François-Xavier, le compagnon d’Ignace est mort sur la petite île de Shangchuan, à dix kilomètres des côtes chinoises, sans avoir pu pénétrer dans l’empire, qu’il considérait à juste titre, comme l’objectif décisif de la mission. Ricci qui naît quelques mois après la disparition de François-Xavier, réalisera son rêve. Et s’il parvient au but, qui est d’accéder au coeur même de la Chine, dans la capitale impériale, c’est qu’il est persuadé dès le départ que c’est avec les seules armes de l’intelligence. de la culture, de la science, que la jeune Compagnie cultive en pleine cohérence avec la foi chrétienne, qu’il parviendra à l’impossible. De ce point de vue, Ricci est un précurseur, inspiré par le génie ignatien.

Les jésuites sont, en effet, imprégnés de l’humanisme de la Renaissance. Leur curiosité intellectuelle est sans limites et ils n’imaginent pas de partir jusqu’aux limites de la Terre, sans utiliser les ressources de l’esprit. Ce sont celles-ci qui vont permettre à Ricci de gagner progressivement l’intérêt et la sympathie des lettrés chinois. Il n’y a dans sa tête aucun projet d’associer l’Évangile à une conquête militaire ou coloniale, comme c’est le cas dans la plupart des continents à l’époque, singulièrement l’Amérique du Sud. Ricci respecte et admire les richesses d’une civilisation très ancienne. Il désire d’abord la connaître, s’imprégner de ses traditions, apprendre sa langue jusque dans ses raffinements littéraires. Ce n’est qu’en se faisant accepter comme étranger amical qu’il pourra entreprendre un dialogue missionnaire. Encore faut-il qu’il ait la patience d’apprivoiser ses hôtes, de leur exprimer son estime, d’intégrer les rites de politesse et de s’initier aux subtils rouages d’un système politique. Il mettra tout le temps nécessaire.

Ainsi que l’écrit Marianne Bastide-Bruguière dans la préface de la biographie écrite par Michela Fontana, une savante italienne qui a elle-même vécu quatre années en Chine : « Dix ans pour parvenir à écrire le chinois comme un bon lettré et baptiser vingt-deux Chinois d’extraction médiocre. Dix-huit ans avant de réussir la conversion d’un lauréat des examens, encore n’était-ce qu’un militaire à la retraite. Dix-neuf ans pour obtenir le droit de s’établir à Pékin et une audience à la cour où il ne vit jamais l’empereur. Et pour finir, à la mort de Ricci en 1610, environ deux mille chrétiens dans toute la Chine dont trois cents à Pékin, parmi lesquels on comptait quarante-huit lettrés et fonctionnaires impériaux, plusieurs dizaines de dames de la cour et des membres de la famille impériale, la majorité étant des petites gens qu’attirct la protection charitable des Jésuites plus souvent que leur théologie. » Le bilan paraît modeste, il est en fait considérable » !

Cette modestie ne nous impressionne que parce que nous savons que le projet de Ricci est resté dans sa phase initiale. Il n’a pu se développer, pour diverses raisons dont la querelle des rites est sans doute une des plus déterminantes. Ricci, qui était pourtant d’une rigueur absolue avec les pratiques idolâtriques et superstitieuses, avait admis certains rites traditionnels comme le culte des ancêtres. Encore était-ce avec des réserves.

Ce ne fut pas accepté par d’autres ordres religieux qui se lancèrent dans une féroce polémique et Rome arbitra en leur faveur. Puis tout fut consommé avec le bannissement du catholicisme en Chine au début du dix-huitième siècle et même par la suppression de la Compagnie d’Ignace, de François-Xavier et de Ricci en 1773. On pouvait imaginer un autre avenir à l’ouvre incomparable de notre pionnier ! Mais en dépit des obstacles, des échecs et des aléas de l’Histoire, sa mémoire est demeurée en Chine et en Occident comme le symbole même de la rencontre des civilisations. On en veut pour preuve toutes les manifestations culturelles qui ont eu lieu l’année dernière ainsi que l’inscription de son œuvre dans le patrimoine chinois.

La tombe de Matteo Ricci est toujours honorée au centre de Pékin. Elle a été restaurée après que les gardes-rouges eurent détruit le site où il reposait avec ses compagnons et ses successeurs. Le Premier ministre de Mao, Zhou En lai avait auparavant pris les dispositions pour garder intactes les trois tombes principales alors qu’une école du parti communiste avait été construite sur les lieux. Aujourd’hui, « le cimetière, entouré de cyprès et d’un mur de pierre clos par un portail est encore une petite oasis de paix hors du temps, totalement isolée de la vie trépidante de la capitale chinoise. » Quel symbole ! Ricci est considéré à lui seul comme un monument de la culture et son oeuvre donne lieu à une véritable encyclopédie du savoir. Il est même présent dans la mémoire populaire comme le patron des horlogers, ayant introduit jusque dans la Cité interdite des horloges qui faisaient l’admiration de l’empereur Wanli, celui que Ricci ne vit jamais, bien qu’il fut admis dans l’enceinte du palais et qu’il bénéficia jusqu’après sa mort de la protection suprême. Ce n’était pas rien que cette éthique supérieure qui avait permis au jésuite de conquérir l’amitié des lettrés et des savants. Il s’en dégage encore une leçon singulière à l’heure où l’on s’interroge sur le choc ou le dialogue des civilisations. Il y a ainsi une manière de communiquer, par le haut, en sachant reconnaître partout les marques de l’Esprit, sans accepter la moindre démagogie et en étant fidèle à ses plus fortes convictions. Matteo Ricci, fils de saint Ignace et homme de la Renaissance demeure un contemporain capital.

Michela Fontana - « Matteo Ricci (1552-1610) - Un jésuite à la cour des Ming », éditions Salvator, prix franco : 29,50 €.

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