Marine Le Pen

Lundi 17 mai 2010 // La France

Marine Le Pen

De nombreux observateurs politiques se posaient cette question en décembre 2009 : « le Front national peut-il se refaire après les régionales ? ». Force est de constater que le parti de Jean- Marie Le Pen a repris des couleurs au lendemain du 21 mars 2010. Mais il reste encore de délicats dossiers à gérer. En particulier ceux des finances et de la succession.

LE FRONT NATIONAL aurait pu reprendre à son compte la devise de Paris : Fluctuat nec mergitur. Il tangue mais ne sombre pas. Son président, Jean-Marie Le Pen, l’a lui-même reconnu. Le navire FN a passé une forte tempête après l’élection présidentielle de 2007. Cette échéance ne lui a pas permis de réitérer la performance de 2002. Car, en chassant en partie sur ses terres, Nicolas Sarkozy est parvenu à se rallier quelques précieux suffrages. Les élections législatives qui ont suivi ont électoralement, et par conséquent, financièrement pénalisé le FN.

INFORTUNE.

Après que de nombreux candidats ont subi des revers électoraux, les comptes du parti ont plongé dans le rouge, les subventions publiques étant calculées sur ces résultats. Juste avant les élections de 2007 (Présidentielle et législatives), le FN pointait encore à la quatrième place des partis politiques avec un budget de près de 17 millions d’euros, très loin derrière l’UMP (53 millions €), le Parti socialiste (48,5 millions €) et le PCF (32,3 millions €). Plus de la moitié de ses ressources provenait alors du financement public : 4,6 millions sur 7,92. Surtout le parti accusait un déficit de près de 10 millions. Fin 2008, le FN avait considérablement réduit son train de vie et déménagé, à Nanterre quittant son siège historique de Saint-Cloud, « le Paquebot ». Malgré les efforts, le déficit restait important : plus de 3 millions d’euros. Comme s’il fallait que le « vieux chef » boive le calice de l’infortune jusqu’à la lie, la Cour d’appel de Versailles a condamné, le 9 février 2009, le Front national à rembourser plus de 6,3 millions d’euros de dettes majorées de près de 600 000 euros d’intérêts à Fernand Le Rachinel, ancien lieutenant de Jean-Marie et ex-eurodéputé (2004-2009). Ce dernier a réclamé, début avril 2010, la vente forcée du Paquebot pour que le FN lui rembourse une partie des dettes qu’il avait contractées en son nom. Cependant, la dette se réduit, Fernand Le Rachinel ayant saisi la subvention publique 2010 du parti frontiste, estimée à 1,8 million d’euros.

DÉPOUSSIÉRAGE.

Bien qu’il ne soit pas encore financièrement tiré d’affaire, le FN redresse « politiquement » la tête. Le score réalisé lors des dernières élections régionales devrait lui permettre d’apurer une partie de ses dettes. Avec près de 9% des voix sur le plan national, des pointes à plus de 20% dans deux régions, et son maintien pour le second tour dans 12 régions sur 26, il est revenu sur le devant de la scène politique. Peu d’observateurs avaient parié sur un rebond qui résulte de trois facteurs majeurs. Premièrement, l’effet balancier a joué en sens inverse de 2007 Nicolas Sarkozy qui avait enfourché le cheval de bataille de la sécurité et de la lutte contre l’immigration a déçu ses propres troupes et nombre de ses sympathisants issus des rangs villiéristes et lepénistes. Les brebis égarées du FN reviennent petit à petit au bercail. Deuxièmement, le FN a trouvé un terreau fertile pour rassembler des voix contestataires ou protestataires qui restent son apport électoral principal : une crise économique lancinante et persistante, des banlieues surchauffées, le maigre bilan du gouvernement en matière de lutte contre la délinquance, la politique d’ouverture à gauche réitérée juste avant l’élection avec notamment les nominations de Michel Charasse au Conseil constitutionnel et de Didier Migaud à la Cour des Comptes...

Le débat, sur « l’Identité Nationale » jugé comme « un artifice électoral » par le député Thierry Mariani (UMP, Var) a fini par convaincre les électeurs de se détourner des partis institutionnels. Troisièmement, l’affaire, Frédéric Mitterrand, fin 2009 a dépoussiéré l’image vieillotte du FN, en partie grâce à Marine Le Pen. Cette dernière a su trouver les mots justes, prouver que le parti frontiste pouvait se retrouver au centre du jeu politique et médiatique, qu’il pouvait jouer les trouble-fête et s’ériger en solution de rechange pour conserver les valeurs patriotiques.

LA MARQUE LE PEN.

Le successeur de Jean-Marie Le Pen, qui sera connu lors du congrès du FN en janvier 2011, trouvera donc un parti ragaillardi par les derniers succès électoraux mais encore financièrement fragile. Toute la question est de savoir qui succédera au « vieux chef » qui part « sans regrets, sans remords ni repentir ». Deux candidats sont, à ce jour, officiellement sur les rangs : Marine Le Pen, 41 ans, fille du président sortant et Bruno Gollnisch, 60 ans, vieux compagnon de route du chef frontiste. Tous ,deux sont conseillers régionaux et députés européens. Dans la course à la succession, Marine Le Pen semble avoir une longueur d’avance sur son concurrent direct. Forte de ses scores aux élections régionales, de son score aux législatives (41% au second tour), c’est elle qui incarne médiatiquement son parti. C’est la figure connue du Front, alors que Bruno Gollnisch reste plus « anonyme ». Elle est détentrice de la « marque Le Pen » et influe sur la ligne politique du Front national. Dernier exemple en date : Jean-Marie Le Pen a annoncé que le FN allait participer aux prochaines élections cantonales, comme le souhaitait sa fille. Cependant, la vice-présidente du parti est contestée par des cadres qui lui reprochent sa ligne de « dédiabolisation » .

DÉDIABOLISATION ET RASSEMBLEMENT.

Bruno Gollnisch passe en revanche pour le gardien de la tradition, à la différence de la benjamine des filles de Jean-Marie Le Pen, qui a toujours marqué sa différence et s’apprêterait à rogner sur certains principes pour faire du FN un parti plus « respectable ». Bruno Gollnisch serait, aux yeux des militants, auprès desquels il reste toujours très populaire, un acteur plus présentable sur l’échiquier politique national. Mais ses principaux soutiens chez les cadres sont, en revanche, partis à la suite des différentes scissions. Partisan d’une ligne « classique » de la droite nationale, et fort de ses réseaux internationaux, Bruno Gollnisch pourrait rassembler une droite française sûre d’elle-même mais divisée, à la différence de Marine Le Pen qui opte pour une « dédiabolisation » du FN, option qui « clive », sinon qui divise certains militants.

Éternel problème électoral : Comment réussir quand on se veut un parti politique qui se doit constamment de gagner des voix ? L’exercice a ses limites dans un sens comme dans un autre. L’élection se déroulera lors du XIV° congrès du parti les 15 et 16 janvier 2011. C’est Jean-François Jalkh, « secrétaire général ad hoc » selon Jean-Marie Le Pen, qui organisera le congrès et le vote interne, Louis Aliot, actuel secrétaire général ayant préféré ne pas s’en occuper puisqu’il soutient activement la candidature de Marine Le Pen. Quelle que soit l’issue du scrutin, il sera difficile de succéder à Jean-Marie Le Pen qui, depuis 1974, a fait du FN ce qu’il est devenu aujourd’hui : Un parti qui compte sur l’échiquier politique français.

Répondre à cet article