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Marianne à Versailles, l’absolutisme républicain.

En politique, malgré les apparences, rien de nouveau.

Jeudi 30 juillet 2009 // La France

Le Président s’est exprimé devant le Parlement réuni en congrès en usant du nouveau droit que lui attribue la dernière modification constitutionnelle qu’il a lui-même voulue et fait voter par ce même congrès l’an passé. Il montre par là qu’il a de la suite dans les idées et qu’il avance toujours dans la même voie.

L’occasion était trop belle. Son parti, c’est-à-dire lui-même, a gagné les élections européennes il y a vu un assentiment de son action, même si l’abstention a été largement majoritaire, mais dans son esprit peu importe.

Le voici à mi-mandat. Il a imposé un premier train de réformes : le boulier fiscal, l’autonomie des universités, l’éducation nationale et la recherche, la justice, l’hôpital, le RSA, la fusion ANPE-ASSEDIC... Elles sont toutes, ou presque toutes violemment contestées, bien qu’elles ne soient, pour la plupart, qu’amorcées. Or il veut plus, il veut poursuivre, il veut dès maintenant en entamer d’autres : la réforme territoriale et fiscale qui touche à des intérêts politiques considérables, la refonte des retraites qui reviendra sur des droits considérés comme acquis. Il a décidé de s’attaquer à tout ce qui ne va pas dans la République et la liste est longue, des prisons aux banlieues ; il pense à développer des mesures qui puissent assurer une plus grande égalité des chances et de meilleures possibilités d’intégration pour tous ceux qui précisément ne sont pas intégrés. Il tient à dire solennellement que « la burqa » n’est pas bienvenue dans la République. Pour lui, ce n’est pas un signe religieux, mais l’appareil manifeste d’une oppression sociale de la femme, inadmissible en France. Le Président a mille fois raisons.

Il ne lâche donc pas d’un pouce sur les objectifs qu’il s’est fixés. Pour la France, aussi bien que pour l’Europe en laquelle il croit toujours, surtout si c’est lui qui en imprime la direction, sans, toutefois, se faire d’illusions sur les capacités actuelles de l’Union européenne : elles sont, pour ainsi dire, nulles.

La crise financière est peut-être en train de se résorber ; mais la crise économique et donc sociale est là, plus que jamais dramatique : elle n’a pas fini d’exercer ses ravages. Il estime qu’en dépit de tout il a bien géré ces moments difficiles, et qu’il continue à bien les gérer, en tout cas qu’il a fait et qu’il essaye de faire le nécessaire. Il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État. Les déficits s’accumulent. La crise les aggrave et assèche les recettes. Il dit ne pas vouloir augmenter les impôts ; il a choisi de réduire les charges de l’État, de trancher dans ses dépenses de fonctionnement sans porter atteinte à tout ce qui est investissement et qui prépare l’avenir, ce qu’il appelle les bons déficits.

Et comme il pense qu’il faut associer les Français à cette œuvre d’assainissement, il en a profité pour annoncer un grand emprunt national qui, dans son esprit, en plus de son utilité du moment, doit manifester clairement la volonté de participation des Français au redressement qui leur est proposé.
Il sait que cette ligne de conduite que lui-même définit, sera mise en question, discutée, contredite, attaquée sur sa droite comme sur sa gauche. D’autant plus que tout se tient et, comme tout se tient, tout de la même façon renforce sa position personnelle dont tous ses adversaires qui le connaissent enragent. Il s’engage totalement, il prend tous les risques, il gagne ou il perd. Et jusqu’à présent il s’est arrangé pour gagner, sinon socialement, politiquement.

Il veut, il dit, il fait. Sa légitimité lui vient de l’exercice constitutionnel de sa fonction de Président de la République, de Chef de l’État légalement élu pour un mandat de cinq ans. Il est allé, il continue à aller jusqu’au bout de la présidentialisation du régime ; il la juge normale, logique et bénéfique ; il l’accentue sans scrupule. Il assume tout. Et c’est pourquoi, chef de l’état, en charge de la souveraineté de la France dans son ensemble, investi d’un mandat qu’il juge impératif au moins dans ses buts, il n’a pas hésité à exercer le droit qu’il a tenu par avance à se faire octroyer, de s’adresser aux deux chambres réuniess, Assemblée nationale et Sénat, censées représenter elles aussi la souveraineté nationale, mais dont les mandats — et cela en dépit de la théorie constitutionnelle française — ne sont dans les faits que nécessairement parcellaires, fragmentés, partisans.

Il n’y a aucun doute à avoir. Le président détermine et conduit la politique de la nation. L’article 20 de la Constitution de la Ve République dans sa rédaction actuelle est devenu obsolète. À quoi sert de pousser des cris d’orfraie ? Cette évolution était inéluctable à partir du moment où le quinquennat présidentiel a été instauré. Sauf à détruire la fonction du chef de l’état. Les bons esprits l’avaient annoncé. Nicolas Sarkozy, mais n’importe quel autre à sa place, a donné un coup de bascule aux institutions et à l’organisation des pouvoirs publics en France. Il n’y avait qu’à s’y attendre. Le Premier ministre comme les ministres est devenu des exécutants. Pour la plupart d’entre eux, d’ailleurs, si l’on en juge par leurs propos, heureux de l’être. Puisqu’il s’agit d’une politique qu’ils approuvent. À parler sans hypocrisie, tous les prédécesseurs de Sarkozy ont été animés des mêmes conceptions. N’est-ce pas Jacques Chirac qui disait à propos de Sarkozy : « Je commande, il exécute » ? Sarkozy s’est affranchi de toute tartuferie : la direction, c’est lui. Seul. Il exprime sa volonté. Il n’y a qu’à l’écouter. Sans débat. Sauf ensuite, à être associé au travail d’élaboration des lois et des décisions où tout le monde est convié !

Voilà comment pour mieux marquer le coup il s’est offert le luxe de cette cérémonie en elle-même hautement significative. Quelles images ! Un président qui s’avance seul dans la galerie des bustes du château de Versailles, symbole de majesté, entre deux rangées de gardes républicains au garde-à-vous, qui monte sur l’estrade, devant un hémicycle silencieux, qui prononce son discours, qui est applaudi et qui repart.

Discours du trône ? Discours sur l’état de l’Union ? Il n’est pas sûr que Sarkozy ait choisi un modèle. Il montre simplement qu’il y a un chef. Et ce chef est dans l’obligation de dire que la crise est très grave, que rien ne sera plus après comme avant, qu’il faut donc arrêter les disputes vaines et les jeux stériles, que ce n’est plus une question de droite ou de gauche, mais d’appréhension des problèmes et de leurs solutions possibles.

Il ressort de ce qu’il énonce qu’il faut nécessairement un homme responsable dans pareille situation, mais il rassure sur ses intentions parfaitement républicaines. La République n’est pas menacée ; il s’inscrit dans son esprit, dans celui du Conseil National de la Résistance ; ce qu’il veut c’est la liberté et non la licence, l’égalité et non l’égalitarisme, la fraternité et non la désintégration. Mais le bilan qu’il dresse de la République est terrible et dans tous les domaines. Au point qu’il pose publiquement la question de savoir comment il se fait que les réformes qui s’imposent, n’aient pas obtenu — depuis longtemps déjà, précise-t-il — l’unanimité de la classe politique, toutes tendances confondues. C’est suffisamment laisser entendre que la préoccupation de cette classe politique n’est pas l’intérêt national ni le bien commun. Quel constat ! Et la gauche, comme pour lui donner raison, s’est aussitôt drapée dans les mêmes rôles ridicules : elle a couru au jeu de paume, déclamé les grands Ancêtres, repris les imprécations de Victor Hugo. Le répertoire est connu et usé.

Cependant, le lendemain, Sarkozy a remanié son gouvernement. Il est resserré en fait sur quelques personnalités propres à faire aboutir des réformes décidées. Brice Hortefeux à l’Intérieur est un signe qui ne trompe pas. Le rythme politique ne va donc pas faiblir. La prolongation de la crise le durcira. Le langage de Sarkozy n’est pas nouveau. Les deux Bonaparte l’ont tenu, presque mot pour mot. Il suffit de relire la proclamation du 14 janvier 1852 de Louis-Napoléon, futur Napoléon III, pour s’en convaincre. Les discours du général De Gaulle étaient de la même veine. Tous ont prétendu sauver la République d’elle-même, de sa propre honte. C’était le mot employé. Il est encore dans le discours du président actuel.

Nicolas Sarkozy a-t-il l’épaisseur de l’histoire ? Ce qui est à craindre plutôt, c’est l’aboutissement fatal de ce genre de reprise en main de la République. Les réformes opérées pour remarquables et toujours soumises à une critique d’une opposition qui n’a aucune existence. Les réformes assurent notamment, des rouages administratifs. Elles ont le souffle de l’esprit. Il y faut une vision qui soit à la dimension de l’histoire. Les hommes d’un moment la recherchent. En vain. L’échec de l’ambition se retourne contre le projet même de reviviscence politique. La France en ressort plus amère. Et toujours plus fatiguée. Tant d’efforts pour ça !

Ah ! si Versailles pouvait donner d’autres idées. Non pas une République qui cherche à se faire régalienne, mais une France qui se donne le Roi dont elle a besoin, qui lui garantisse ses libertés et qui la remette dans la marche de l’histoire. C’est impossible ? Alors, à défaut d’entendre sonner la marche royale, il faudra souffrir la marche consulaire.

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