Mandela.

Jeudi 24 juin 2010 // L’Afrique

Connais-tu la hantise du jeune homme de la classe moyenne en Afrique du Sud ?

Etre arrêté pour excès de vitesse ou état d’ivresse, puis jeté dans une cellule avec des criminels endurcis, le plus souvent séropositifs, avant d’être relâché quelques jours plus tard.

Un jeune homme sort enterrer sa vie de garçon avec ses amis. Sur le chemin du retour, il se fait arrêter pour conduite imprudente. Dans les cellules sombres du commissariat, toute la nuit, à maintes reprises, il se fait sodomiser. Ses cris d’angoisse et de douleur ne suscitent aucune réaction de la part de la police. Le lendemain matin, au point du jour, l’un de ses agresseurs se glisse jusqu’à lui, lui passe la main sur le bras et murmure : "Depuis cette nuit, tu es l’un des nôtres."

Avons-nous réellement fait notre possible pour donner une autre signification au mot "fraternité" ? Comment en sommes-nous arrivés à ce point où les morts se font mutiler, où on leur arrache l’oeil droit pour fabriquer des potions censées donner aux vivants une plus grande acuité visuelle et où l’on déterre les cadavres pour voler leur cercueil ?

La plus triste histoire, c’est peut-être celle de ces six enfants métis âgés de 9 à 15 ans, nu-pieds, filiformes comme des mantes religieuses, qui se serrent les uns contre les autres lorsqu’ils comparaissent devant le tribunal pour avoir lapidé une de leurs camarades de jeu, une fillette de 11 ans, prétendument parce qu’ils se battaient pour une bouteille de vin à quatre sous ou, selon d’autres sources, parce qu’ils pensaient qu’elle avait le sida.

Lorsqu’ils ont vu qu’elle ne bougeait plus, ils ont couru chercher un adulte. Au tribunal, ils frottaient leurs pieds secs et croûteux l’un sur l’autre, chuchotaient, regardaient tout autour d’eux les yeux écarquillés.

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