Mais qui donc croire ?

Lundi 27 février 2012 // La France

Le dimanche 22 janvier, François Hollande a fait un discours de candidat à la présidence de la République. Quatre jours plus tard, il présentait le programme d’un Premier ministre.

La logique autocratique du quinquennat, durcie à l’extrême par Nicolas Sarkozy, continue à marquer les esprits et à façonner les discours schizophréniques des candidats.

Au Bourget, François Hollande a clairement rappelé la définition de la République et la nature de la fonction présidentielle : « Présider la République, c’est se dévouer à l’intérêt général, dont toute décision doit procéder. C’est éprouver la France par sa raison et dans son coeur. C’est prolonger l’histoire de notre pays, qui vient de loin, avant la République, avec la République, et qui a souvent, si souvent éclairé l’histoire du monde. C’est se situer à cette hauteur, c’est s’en montrer digne, partout, en tout lieu et dans tous les actes qu’exige la fonction présidentielle. »

Puis le candidat à rappelé que le président devait « préserver l ’État , sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme » et accomplir les tâches de l’arbitrage dans un souci d’unité nationale : « présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français, ceux qui seraient là depuis toujours, ceux qui seraient là depuis moins longtemps. » Et François Hollande se montrait encore capable d’assumer la fonction présidentielle lorsqu’il confirmait que les troupes françaises se retireraient d’Afghanistan s’il était élu - sans toutefois donner de précisions sur sa conception de la politique étrangère, ni sur les raisons qui ont conduit les socialistes à voter une loi anticonstitutionnelle sur la négation des génocides qui constitue une agression contre la Turquie.

Le jeudi 26 janvier, devant la presse, c’est un autre François Hollande qui est apparu : le futur Premier ministre, chef d’une majorité parlementaire à dominante socialiste, présentant son programme de législature. Dans ces 60 engagements pour la France, on peut assurément trouver des propositions intéressantes : c’est bien de vouloir défendre « le statut public des entreprises détenues majoritairement par l’État  », d’annoncer la suppression du cumul des mandats, de souhaiter une meilleure répartition des médecins et autres agréables promesses pour campagne législative.

Mais le président de la République est l’homme qui a en charge l’essentiel. Or le programme gouvernemental de François Hollande montre que l’essentiel n’a pas été compris.

Il est inutile de souligner la gravité de la crise si l’on ne dénonce pas ses causes : le libre-échange, la libre circulation des capitaux, la privatisation à outrance, la gestion de la zone euro.

Il est vain d’annoncer que l’on va « combattre le monde de la finance  » si l’on ne décide pas de nationaliser le crédit dans sa totalité.

Il est trompeur d’affirmer que la France va retrouver le chemin de la croissance alors qu’on s’inscrit dans la logique de retour à l’équilibre budgétaire qui est exigée par l’Allemagne. Cet objectif imbécile et irréalisable implique le sacrifice a priori de toute politique de progrès social les timides mesures présentées par le candidat étant significatives de ce réalisme qui ne permettra pas de lutter contre le chômage et la pauvreté. Preuve en est l’impasse faite sur la politique salariale, la réduction de moitié des emplois d’avenir et les fortes atténuations apportées au projet de révolution fiscale.

Il est évident qu’on ne sauvera pas l’industrie française sans mesures de protection de l’économie - au niveau européen ou, à défaut, au niveau national - et sans la nationalisation complète des secteurs clés. François Hollande a encore le temps de modifier et de compléter son programme. Sa
probable victoire sur un Nicolas Sarkozy qui est massivement rejeté lui donne une grande liberté. Il n’a pas besoin de faire des grâces aux écologistes et aux centristes. Il peut, s’il le veut, prendre en charge l’essentiel.

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