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CIVILISATION PORTRAIT.

MARC FUMAROLI de l’Académie Française.

Mardi 18 août 2009, par Benoît Gousseau // Divers

C’est un écrivain aux colères tranquilles dont la pensée ancrée drus le classicisme dérange et dont la plume acérée fait parfois grincer des dents. Il vient de publier Paris New York et retour. Voyage dans les arts et les images, livre vachard qui, sous la forme d’un journal écrit comme à main levée, pourfend les dérives du tout culturel. L’inconvénient du genre est qu’il ne permet pas, comme dans un essai au sujet plus précisément cerné, de fonder les arguments sur des éléments recoupés et mis en perspective. L’avantage tient dans une vérité immédiate à la rhétorique sans fard. L’ouvrage embrasse ainsi des foultitudes d’idées jetées parfois en vrac, rédigées dans des couleurs de style contrastées manifestant des humeurs tranchées qui font chaque fois mouche. Peu importe, alors, ces quelques à peu près de répertoire - surtout dénoncés par de grincheux Trissotin - qui n’enlèvent rien à la salutaire critique d’un système de dé-civilisation par la chosification de l’art. Combat essentiel de l’historien et rhétoricien Marc Fumaroli qui vient aussi de prononcer le discours de réception de Jean Clair à l’Académie Française. Comme dans son dernier livre, il y évoquait, faisant écho à son récipiendaire, le déclin, avec la réduction du portrait à la seule caricature par les artistes contemporains, « des égards dans la relation entre vivants, et dans la considération des vivants pour les morts ». Il ajoutait, entre sourires des uns et raclements de gorges d’autres : « Une ère a commencé où la brutalité expéditive est la norme, la civilité et la piété, l’exception. » : Le décor est posé.

Le rendez-vous a lieu un matin au Café de Flore. La liberté du personnage interdit d’y voir la moindre connotation intellectuelle ou sociale. Le visage longiligne a les marques aiguës d’un masque de patricien romain. Mais sa naissance est à Marseille et son enfance à Fès. Agrégé de lettres classiques à 25 ans, il appartient à ces générations qui doivent donner entre deux et trois ans de leur vie au service armé en Algérie. Il y connaîtra les dernières années de la guerre. Rendu à la vie civile, il entre dans la carrière universitaire qui le conduit au Collège de France où il exerce encore aujourd’hui.

Marc Fumaroli est très tôt passionné par le XVII° siècle dont il fait son terrain de recherches et son jardin de culture. Cela ira jusqu’à un fervent militantisme pour la sauvegarde des enseignements littéraires aux côtés de Jacqueline de Romilly, en passant par la direction de la Revue du XVII° siècle et la participation au conseil de rédaction de la revue Commentaires, dirigée par Raymond Aron. Visiting professor au Ail Souls College d’Oxford, de nombreuses universités américaines, (New York University, Columbia, Johns Hopkins, Harvard, Princeton, Houston, Los Angeles, etc.) l’invitent pour des cycles d’enseignement ou de conférences. Dans une Italie qu’il considère comme sa deuxième patrie, il est Docteur honoris causa des universités de Naples, Bologne, Gênes, enseigne à l’université de Rome, à l’École normale supérieure de Pise, et est Directeur honoraire de l’Instituto di storia della filosofia de l’Université de Rome-La Sapienza. Il est membre de l’Académie Française depuis 1995. Il siège dans le sixième fauteuil où il succède à Eugène Ionesco. Connaisseur exceptionnel du classicisme en Europe, son goût pour le théâtre lui fit aussi exercer le métier de critique à l’époque où se dessinait un renouveau formidable autour des Strehler, Visconti et Brooks.

Le combat de Marc Fumaroli est aujourd’hui celui de la culture dont, se désole-t-il, le mot recouvre plus une notion de divertissement que d’éducation. Les outils de l’industrie se sont emparés des expressions de la culture et viennent ainsi parasiter l’apprentissage du goût. Les enfants sont d’abord exposés aux facilités du divertissement et lorsque vient le temps de les éduquer, notamment par le contact avec les œuvres littéraires ou artistiques, il est déjà trop tard parce que trop d’habitudes ont été prises. La discipline, le travail sur soi, la raison d’état de soi-même, enfin tous les fruits de l’éducation sont d’avance ruinés par cette sorte d’addiction au divertissement que connaissent les plus jeunes générations. Éduquer devient une tâche désespérée... Seul un sursaut de quelques-uns, et il en est fort heureusement, peut faire surmonter ce handicap imposé par l’époque. » Le cœur de la réflexion de Marc Fumaroli se situe autour du mot « culture » et des contradictions apportées à son sens plénier par les industries de la communication. Il en avait témoigné avec la publication d’un premier livre, L’État culturel, essai sur une religion moderne dont Paris-New York et retour, est comme un prolongement.

Un homme de bien doit aimer les lettres ; un homme cultivé avoir une relation particulière avec de grands auteurs du passé, pour ce qu’ils portent d’universel en toute époque. Marc Fumaroli marque une prédilection pour Rabelais et Balzac, avec Corneille entre les deux... et La Fontaine comme couronnement de ses goûts. « Rabelais, nous dit-il, c’est l’art français par excellence. Le couple Pantagruel Gargantua, c’est la plus juste métaphore de la France. Le premier, râleur, querelleur, volontiers menteur, paillard, non sans panache, ne peut se passer du second, géant protecteur, bon guide qu’il conteste mais qu’il aime au fond. Le peuple et son monarque, en quelque sorte. Couple sans lequel il n ÿ a pas de France. Corneille, c’est le versant latin - romain et chrétien plus précisément - du terreau d’un héroïsme français. Balzac, c’est la subtilité de la comédie humaine ramenée à la concision d’une peinture tout en mesure. Quant à La Fontaine, il les contient tous dans la fantaisie et la clarté de son art de moraliste. »

L’entretien s’achève. La silhouette s’éloigne par le boulevard, vers le Collège de France. Notre leçon est prise. Jeudi dernier, déjà, sous la Coupole, les mots empruntés à Proust, à la fin de la Recherche, avaient dit l’essentiel : « La loi cruelle de l’art est que les êtres meurent et que nous-mêmes mourions en épuisant toutes les souffrances, pour que l’herbe pousse, non de l’oubli, mais de la vie éternelle. »

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