LE PAYS RÉEL

Lyon, l’indomptable ?

Jeudi 19 novembre 2009 // La France

Lyon, berceau du cinéma et du textile, ancienne capitale des Gaules, siège d’Interpol, cultive malgré elle les contrastes et les ambiguïtés. Sans doute parce qu’elle conserve le souvenir de son tiraillement entre le catholicisme et le protestantisme, entre la monarchie et la république. Elle reste versatile et partagée.

Monographie d’une ville phare

L’ancienne Lugdunum fondée par Lucius Munatius Plancus, neveu du premier empereur romain, Auguste, est aujourd’hui dirigée par le sénateur socialiste Gérard Collomb qui milite pour le cumul des mandats. Notamment parce que « les habitants de la troisième ville de France comprendraient mal qu’ils ne soient pas représentés à l’échelon national », Or si l’on tient compte de la sociologie électorale, la ville serait susceptible d’être administrée par la droite. Mais seulement deux des neuf arrondissements sont dirigés, depuis les élections de 2008, par la droite. Les communes et arrondissements aisés du nord et du nord-ouest (Monts-d’Or, Caluire, etc.) sont davantage conservatrices. Les communes du sud-est, plus industrielles, restent malgré tout à gauche. Lyon était, d’ailleurs, un bastion radical, très ancré à gauche, sous la III° République avant de devenir centriste sous la IV°.

L’ancien président du Conseil, Édouard Herriot (1872-1957) s’est imposé comme la grande figure locale dès avant la guerre 14-18, avant de passer la main à Louis Pradel (1906-1976). La capitale des Gaules commence alors à renforcer son glissement à droite jusqu’à devenir dans les années 1970, « la capitale de l’UDF » selon les mots célèbres de Valéry Giscard d’Estaing. D’ailleurs, aux municipales de 1983 et de 1989, la droite enlève la totalité des arrondissements. Grand chelem pour Francisque Collomb, puis Michel Noir, avant que l’ancien Premier ministre Raymond Barre (1924-2007) n’y trouve à son tour refuge et un mandat local à sa dimension. Il permet notamment à la ville de se refaire une « virginité » politique après l’affaire Michel Noir où fut impliqué son gendre Pierre Botton pour recel d’abus de biens sociaux. Après les profondes divisions du centre-droit, c’est au tour du centre-gauche incarné par Gérard Collomb, pourtant plus marqué à gauche dans les années 1980, d’enlever un à un les arrondissements, puis les cantons à la droite.

RECONVERSION

Le glissement politique s’est effectué en douceur, sans heurts ni soubresauts. Lyon tantôt à droite, tantôt à gauche. Lyon versatile et indomptable ? Sous les heures sombres de la Révolution, la cité est restée fidèle au roi avant de prendre le parti des Girondins et de se soulever contre la Convention. Ce qui lui valut de subir un siège de plus de deux mois (août-octobre 1793) avant de se rendre. Un temps renommé « Ville-affranchie », Lyon fut secouée sous la Monarchie de Juillet par la révolte des Canuts en novembre 1831. Après s’être bâtie une solide réputation dans le traitement de la soie au XVIIe, son âge d’or, la ville prit son essor économique grâce à la révolution industrielle dans le textile. Elle sut aussi quelques décennies plus tard se reconvertir dans l’industrie pharmaceutique quand les usines textiles fermèrent une à une leurs portes. Les laboratoires BioMérieux, LVL Medical, et Boiron y ont notamment implanté leur siège social. Aujourd’hui forte de près de 500 000 habitants intramuros, la capitale des Gaules peut s’enorgueillir de détenir, bon an mal an, un produit intérieur brut (PIB) ; de près de 52 milliards d’euros (voir : www.lyonbusiness.org), ce qui la classe au deuxième rang français devant Toulouse et Marseille. La ville s’enorgueillit d’une forte propension à se hisser à un rang mondial, selon le classement mondial des villes créé par l’Université de Loughborough (www.lboro.ac.uk/gawc/citylist.html).  Elle est d’après le cabinet de consultants Ernst&Young, la ville française la plus attractive après Paris. Lyon se place ainsi, sur le plan du rayonnement économique, au même niveau que Philadelphie, Athènes ou encore Bombay. Dès lors, tout un chacun comprend mieux pourquoi elle reste un enjeu politique de premier plan.

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