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Louis XIII, cet inconnu.

Jeudi 27 novembre 2008, par Benoît Gousseau // L’Histoire

L’HISTOIRE, LA LITTÉRATURE, le théâtre et même la musique, ont laissé une image affaiblie du roi Louis XIII. La peinture, avec le célèbre portrait réalisé par Philippe de Champaigne, ne l’a pas plus épargné. Il laisse l’impression d’un personnage austère, emprunté, mélancolique, solitaire. Son image est celle d’un jeune homme faible, dominé par sa mère, d’un mari impuissant qui ne peut faire un enfant à la jeune et jolie reine Anne, fille du roi d’Espagne - la rumeur lui attribuant indûment un penchant pour de jeunes compagnons, et celle d’un monarque soumis l’homme en rouge, le cardinal-duc de Richelieu, véritable maître de la France. On parie d’ailleurs de la « France de Richelieu », de « l’Europe sous Richelieu « et, tout récemment, vient même d’être publié un disque de Musiques au temps de Richelieu. Il y a là une évidente injustice de l’histoire qu’a entrepris aujourd’hui de corriger M. Jean-Christian Petitfils.

Louis le Juste.

L’historien brillant, le biographe avise de Louis XVI, parvient parfaitement, avec son dernier ouvrage, tordre le cou à la légende noire d’un grand roi dont la personnalité a été déformée par les Romantiques, de Vigny à Dumas, par les manuels d’histoire, par de nombreuses études universitaires et, plus récemment, par le cinéma. Son livre, pourtant, ne veut défendre aucune thèse, ou élaborer quelque explication qui donnerait à l’histoire un sens particulier Il ne cherche pas à démontrer Il ne « dévoile » pas quelque secret sensationnel. Il observe, il croise les documents, il les superpose avec discernement. Il s’intitule donc tout simplement Louis XIII, ce qui est tout dire, et livre une somme jamais proposée encore sur ce roi. Un Louis le Juste qu’avaient certes déjà défendu Louis Batifffol, Louis Vaunois, Philippe Erlanger et Pierre Chevallier, la récente et remarquable étude de Françoise Hildesheimer n’étant consacrée, quant à elle, qu’aux seuls six derniers mois du règne de Louis XIII, mais dont personne n’avait jusque là dessiné la personnalité dans la réalité de son temps avec une telle vérité, une telle vigueur.

Ces près de 1 000 pages ne laissent rien de côté dans les nombreuses sources actuellement disponibles et explorent des champs nouveaux parmi elles, tout en opérant une synthèse habile des meilleurs travaux précédemment réalisés. Parmi ces documents de première main, M. Petitfils a accordé une importance opportune au Journal de Jean Hérouard, le « médecin », dont l’édition critique par Geneviève Poisil et Pierre Chaunu ne remonte qu’à vingt ans. Il n’en a pas pour autant négligé les célèbres Mémoires de Richelieu. Eloignant des textes apocryphes plus douteux qui ont fait se fourvoyer certains historiens, c’est en rapprochant prudemment, en confrontant soigneusement, en mettant en perspective les témoignages qu’a cheminé l’auteur dans l’élaboration de ce livre extraordinaire.

Un roi artiste.

Si l’on est confondu par l’érudition et la rigueur de pensée de M. Petitfils, on est plus ébloui encore par l’étendue de son champ d’investigation, y compris dans le domaine artistique si souvent laissé de côté par les meilleurs historiens. Les pages consacrées à la musique, notamment, sont d’une rare précision sous la plume d’un historien non spécifiquement musicologue et rendent justice au roi artiste, fondateur de l’institution des Vingt-Quatre Violons du Roy, placée alors sous la direction de Louis Constantin, et dont la paternité est si souvent improprement attribuée à Louis XIV. M. Petitfils nous rappelle encore que c’est sous ce règne brillant de Louis XIII que fut inventé le « ballet à entrées  » qui connut un tel succès et qui permit à Lully, durant le règne suivant, de s’illustrer en le faisant évoluer jusqu’à une nouvelle forme d’opéra, délibérément nationale la tragédie lyrique. M. Petitfils nous enchante à nous rendre, sinon plus savant, du moins plus instruit. Son exploration de la société française du XVII° siècle à travers non seulement les événements, mais aussi les mentalités, les goûts, les aspirations fourmillantes des gens, petits et grands, donne à la personnalité royale, qu’il peint en profondeur, une aura qui le reflète plus justement dans le miroir de son temps. C’est l’attention à chaque lueur chassant tour à tour les ombres de ce visage jusque là mal observé, qui fait de ce magistral Louis XIII un livre hors du commun.

Cette façon de scruter une époque où jaillissent tant d’idées neuves, où foisonnent tant de joyaux d’arts et de sciences, d’une incomparable richesse, témoigne de la maîtrise de M. Petitfils à nous conter l’histoire à la façon d’un roman. Un roman qui, avec une grande élégance d’écriture, corrigerait l’histoire de ses légendes noires, l’amenderait de ses préjugés et en éclaircirait les zones d’ombre, De fait, le mérite de ce livre, à présent incontournable pour qui veut connaître un tant soit peu le XVII° siècle, c’est de montrer, définitivement enfin, que le Grand siècle n’a pas commencé avec la prise du pouvoir par Louis XIV, mais avant, sous le grand règne de son père.

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