FRANCE-AFRIQUE.

Lonsi Koko juge Mitterrand, la gauche et Sarkozy.

Dimanche 25 novembre 2007 // L’Afrique

Si avec un président socialiste de surcroît humaniste, les relations franco-africaines n’ont pas évolué dans le bon sens, Il n’y a rien à attendre d’un président de droite la continuité consistera à maintenir les intérêts de la France en Afrique. A partir de là, les Africains doivent compter sur eux-mêmes. Tel est, rapidement résumé, le message que véhicule Gaspard-Hubert Lonsi Koko dans son nouvel ouvrage « Mitterrand l’Africain ? » paru aux éditions de l’Egrégore.

François Mitterrand ayant été élu par les Français, il aurait été absurde de penser qu’il allait mettre un terme au lien qui a fait de la France la puissance économique et militaire qu’elle est aujourd’hui. Mitterrand, comme ses prédécesseurs, a plus ou moins transmis la même flamme à ses successeurs en vue de la sauvegarde des intérêts français en Afrique. Au regard du contexte actuel, l’Afrique doit enfin prendre conscience de ses atouts et se montrer de plus en plus offensive avec le reste du monde. Grosso modo, les Africains doivent prendre le taureau par les cornes. Qu’ils arrêtent de penser que le bonheur est un élément qui viendra d’ailleurs. C’est aux Africains de construire l’Afrique qu’ils veulent et de lui faire jouer un autre rôle en ce début de 21°siècle. Cela passera par la maîtrise des lobbys pétroliers et militaires, ces deux outils indispensables à la mainmise française sur le continent africain. Cela passera aussi par le rôle de l’Afrique dans les instances internationales notamment la francophonie où le continent est majoritaire. Pour mieux étayer ses dires, l’auteur a rendu visite à la rédaction pour une interview à coeur ouvert.

 Quel bilan faites-vous de la présidence de François Mitterrand sur les questions africaines ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Le bilan de la politique africaine de Mitterrand est très bien explicité par Mitterrand lui-même lors du Sommet franco-africain de Biarritz on 1994 quand, s’adressant À ses pairs africains, il leur a demandé do ne tenir compte que de ses intentions nobles vis-à-vis de l’Afrique et non de la réalité. Cela suppose que Mitterrand a échoué dans sa politique africaine. Autant il a su épouser les tournants allemands ors de la chute du mur de Berlin autant il n’a pas pu décoloniser les pays d’Afrique en 1990 Fors de cet extraordinaire mouvement de démocratisation survenue dans les pays de l’Europe centrale.

Le discours de La Baule en 1990 n’a été qu’une fumisterie ayant permis à François Mitterrand de renvoyer dos à dos les opprimés et les dictateurs.

Mitterrand n’a-t-il pas raté le coche en Afrique quand il a laissé partir le ministre Jean Pierre Cot on 1983 ?

Le départ de Cot montrait d’une manière ou d’une autre que Afrique à papa allait triompher des relations humanistes qu’on espérait d’un gouvernement socialiste. Il ne faut pas oublier que dans Présence africaine et abandon », François Mitterrand a écrit qu’il n’y aurait pas d’histoire française au 20° siècle sans l’Afrique. Pour poursuivre la continuité dans les relations franco-africaines, François Mitterrand s’est appuyé sur les réseaux mis en place par Jacques Foccart, réseaux qui indépendamment de la droite et la gauche, servaient la France. N’oublions pas que Mitterrand a été élu par les Français et non par les Africains. Donc, la démission de Jean Pierre Cot est le résultat d’une pression de chefs d’Etat africains qui tenaient à ce que le ministère de la Coopération reste le ministère de l’Afrique.

S’il y avait une comparaison à faire entre François Mitterrand et Jacques Chirac par rapport à leur politique africaine, quelle serait-elle ?

Je dirais que c’est deux visions diamétralement opposées même si la finalité est la même. Mitterrand avait un contact physique avec le continent africain. D’après ses propres témoignages, Sa carrière politique a commencé en Afrique comme ministre de la France d’outre-Mer en 1950. Et contrairement à ce qu’on peut penser, Mitterrand n’a pas suivi De Gaulle pour ce qui relève de la politique africaine de la France mais c’est De Gaulle qui a mis en oeuvre ce que Mitterrand avait préconisé on 1950. Indépendamment des valeurs humanistes propres au président François Mitterrand, il est important de rappeler qu’il avait une vision paternaliste et conservatrice voire néo-colonialiste des relations franco-africaines.

Quant à Jacques Chirac, c’est un chef de gang qui se permettait de tutoyer, dès le premier contact, sans les connaître, les chefs d’Etat africains, et qui avait une vision presque familiale des relations franco-africaines. Il est important do rappeler deux choses lorsque François Mitterrand en 1990 s’était retrouvé devant le fait accompli par rapport aux tentatives de démocraties amorcées dans les pays de l’Est, François Mitterrand a tout de même conditionné l’aide (à l’Afrique) à la démocratisation dans son fameux discours de la Baule alors que Jacques Chirac lui, a déclaré que la démocratie est un luxe pour l’Afrique. Ensuite, si on tire le bilan de la fin de mandat de François Mitterrand et de Jacques Chirac, on peut dire que François Mitterrand après le bordel post-La Baule,notamment les événements au Rwanda, a essayé de trouver une voie de rédemption en mettant on place le dispositif Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Or aujourd’hui, à la fin du mandat de Jacques Chirac, que peut-on garder de positif ? Rien de concret.

Jacques Chirac, l’homme de droite, a quand même permis au socialiste Laurent Gbagbo de ne pas perdre son pouvoir en septembre 2002 quand il ordonna l’arrêt de l’offensive des Forces nouvelles de Guillaume Soro, par l’armée Française stationnée en Côte d’ivoire. N’est-ce pas un geste que les socialistes devraient saluer ?

Le paradoxe, c’est qu’en 1990, quand Laurent Gbagbo, démocratiquement élu député, a été mis en prison, arrêté par le général Gueï à la demande du premier ministre Alassane Ouatta, François Mitterrand n’a pas osé intervenir pour obtenir sa libération. Pour ce qui est de Jacques Chirac et son intervention pour empêcher les forces nouvelles d’aller jusqu’à Abidjan, il serait plus éclairant de se référer au passé. Lors de la cohabitation Chirac-Jospin (1997-2002), le Premier ministre socialiste n’a pas voulu intervenir pour faire échouer le coup d’état de Robert Gueï contre Henri Konan Bédié, un proche de Jacques Chirac. Aussitôt, Laurent Gbagbo élu président de la République ivoirienne, les amis de Jacques Chirac ont voulu régler leur compte au parti socialiste par Laurent Gbagho interposé. Comme Jospin n’a pas voulu faire rétablir Bédiè sur son fauteuil présidentiel, les amis de Chirac ont voulu évincer Laurent Gbagbo pour rappeler les socialistes à leur bon souvenir Or, face à un président qui était soutenu par une grande partie de la population, et devant le vide momentané que représentait l’opposition À cette époque, les Français se sont retrouvés devant un manque d’alternative politique. Ils ont préféré maintenir le statu quo en divisant le pays en deux en attendant que du côté de l’opposition, puisse émerger une forte personnalité pouvant mettre tous es Ivoiriens d’accord et remplacer de fait Laurent Ghagbo. Contrairement à ce qu’on peut croire, l’origine du problème ivoirien tire Sa source des différends franco-français. La résistance de Laurent Ghagho face à la puissance française montre que l’Afrique avec beaucoup de détermination, peut programmer différemment son devenir.

Que conseillez-vous à Gbagbo maintenant que son ennemi juré a cédé sa place à un ami d’Alassane Ouattara ?

Paradoxalement, je lui conseille de se référer aux propos de François Mitterrand On ne peut rien contre la volonté des peuples t Et comme ce sont les Ivoiriens qui élisent le président de la République ivoirienne et que pendant les moments les plus difficiles, ils ont soutenu Gbagbo, il lui revient de renforcer sa confiance vis-à-vis des Ivoiriens et de maintenir des relations d’Etat à Etat et non d’individu à individu au profit de l’amitié ivoirienne. Il lui faudra aussi maintenir au-delà des diversités, la vraie expression démocratique. C’est sur cette base-là que l’histoire le jugera.

Revenons à votre cher François Mitterrand à qui vous avez consacré l’ouvrage. Quels sont les présidentiables actuels du Parti socialiste dont les idées sur l’Afrique sont proches des siennes.

Quand il s’agit de l’Afrique, au parti socialiste, on a peur de s’engager parce que d’après un bon nombre de socialistes, il n’y a que des coups à prendre. D’ailleurs, c’est grâce à l’ancien délégué Afrique du parti socialiste en l’occurrence, Guy Labertit, que les socialistes français ont souvent pris position sur l’Afrique. De nos jours, de tous les potentiels présidentiables, seule Ségolène Royal a eu des positions fortes en direction du continent africain. J’espère que cela ne sera pas comme avant 1981 avec des projets humanistes du parti socialiste dans l’opposition, mais qui n’ont pas été mises on pratique une fois au pouvoir.

Et Laurent Fabius qui se dit de la gauche du PS et qui était le fils spirituel de François Mitterrand ?
Je ne pense pas qu’il ait un lien fort avec l’Afrique contrairement à Ségolène Royal, ne serait-ce qu’elle soit née à Dakar, La vraie question réside plutôt dans le fait de savoir, indépendamment des individus, si on peut être socialiste en France et en Europe et néo-colonialiste vis-à-vis de l’Afrique ?

Pourquoi êtes-vous si dur envers vos camarades ?

Je ne pense pas être si dur envers mes camarades. Je suis tout simplement objectif. Il est même plus intéressant et plus constructif qu’un socialiste fasse l’autocritique de la gauche dans son ensemble vis-à-vis de l’Afrique pour mieux démystifier les actions de la droite à l’encontre du continent africain. Il s’agit aussi de l’histoire et l’histoire doit s’appuyer sur des faits avérés. Je me suis contenté dans cet ouvrage de faire le bilan non seulement de François Mitterrand mais aussi de ses prédécesseurs, et de montrer que Nicolas Sarkozy privilégiera la continuité.

Donc selon vous, la « rupture « chez Nicolas Sarkozy est un vain mot pour ce qui concerne l’Afrique ?

Tout à fait. Plusieurs symboles l’ont démontré. Le séjour de Nicolas Sarkozy dans le yatch de Vincent Bolloréquelque part dans les eaux maltaises, quelques jours après son élection, est un début de réponse à votre question. Personne n’ignore les intérêts énormes de Bolloré en Afrique. De la même façon que le discours de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar sur l’homme africain, relève d’un certain mépris vis-à-vis des peuples africains, Par contre, la chance de l’Afrique peut résider dans le fait que la France a élu en mai 2007 un président de la République qui est complètement déconnecté des relations franco-africaines et qui est pressé de passer à autre chose. Il revient aux Africains de façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide.

Et donc, vous saluez ses tests ADN pour limiter le regroupement familial africain.

C’est contraire aux valeurs humanistes qu’a toujours défendues la France. C’est ignorer la notion de famille en Afrique. Et c’est associer dans une certaine mesure les Africains aux délinquants. Le regroupement familial est l’un des droits fondamentaux de l’être humain. Quand on connaît les liens, quand on est au courant du sang versé par les Africains pour la grandeur de la France, il faut être amnésique pour prendre de telles mesures-Il ne faut pas que les exclus d’hier deviennent les oppresseurs d’aujourd’hui. Si la France avait durci les lois on matière d’immigration, sûrement que son père n’aurait pas pu venir s’installer en France.

Cela me pousse à vous faire une remarque. Sous Giscard, c’est le Français d’origine polonaise Poniatowsky qui pourchassait les étrangers. Sous Chirac, c’était Nicolas Sarkozy, un Français dont le père était hongrois, qui a débordé Le Pen sur sa droite. Aujourd’hui, président de la République, il montre que le Front national est un parti de gauchistes. Quelle réflexion cela vous suggère, vous qui êtes français d’origine congolaise ?

D’une part, il ne faudrait pas que la dette morale des uns et des autres, soit payée au détriment des étrangers vivant en France. D’autre part, vouloir systématiquement noircir un noir (car les tests ADN concernent avant tout les Africains), c’est manquer d’imagination. Il faut que les Français sachent que ce qui est appliqué à l’étranger est toujours un signe avant-coureur de ce qui leur arrivera demain. C’est le cas pour la carte d’identité informatisée qui est le résultat de l’expérimentation de la carte de séjour des étrangers. Il en est de même de la carte Vitale de la sécurité sociale que Charles Pasqua avait été le premier à tester dans le département des Hauts-de-Seine avant sa généralisation à toute la France. Donc, si les Français ne réagissent pas à la mesure sur les tests ADN, ils risquent un jour d’en subir les conséquences, en matière de droit de succession par exemple.

Vous êtes adhérent du parti socialiste dans le 15° arrondissement de Paris. Bertrand Delanoë vous gardera-t-il une place éligible lors des municipales de mars 2008 à Paris ?
D’après les propos du maire de Paris, lors d’un bureau fédéral du parti socialiste parisien, il tient à ce que la diversité de la population française se retrouve à travers toutes les listes du parti socialiste dans les 20 arrondissements de Paris. Il ne suffit pas de décréter la diversité mais encore faut-il que cette liste comprenne des vrais militants reconnus comme tels pour leur travail dans le parti socialiste et des gens qui ont une notoriété au-delà du parti socialiste et qui, avec leur nom, peuvent apporter des voix que le parti socialiste aurait du mal à obtenir sans eux, En ce qui me concerne personnellement qui suis adhérent au Parti socialiste depuis 1995, je n’ai rien à prouver par rapport à mon engagement socialiste étant membre du conseil fédéral depuis 1997, membre du bureau fédéral depuis 2000 et ayant été secrétaire de section dans le 15° arrondissement pendant plus de six ans. Qu’est-ce qu’il me faut d’autre pour me retrouver candidat en position éligible sur la liste des socialistes.?

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