Londres, paradis des musulmans d’Europe.

Dimanche 6 septembre 2009 // L’Europe

Depuis vingt ans, le voile s’est imposé au Royaume-Uni, tant sur la voie publique que dans les écoles et les administrations. Et ce sont les tribunaux qui ont établi ce droit.

Imaginez cette scène à l’ouverture de la prochaine session du Parlement Britannique. La Reine se tient devant les parlementaires et lit le discours préparé à son intention par le Premier ministre. « Mon gouvernement », dit-elle de cette voix aiguë mais neutre qui lui est familière, a décidé d’interdire la burga. Elle n’est pas la bienvenue en Grande-Bretagne. Dans notre pays, nous ne pouvons pas accepter que les femmes soient prisonnières derrière un grillage. Le silence assourdissant qui accueillerait ces paroles serait audible jusque dans les ports de la Manche. Et pourtant, à seulement deux heures de train de Londres, le président Sarkozy, lui, peut se permettre une telle annonce, et sous les applaudissements.

Au cours des vingt dernières années, on n’a parlé que d’égalité et de droits de l’homme en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, le foulard est accepté à l’école et dans la police. Et une série de jugements qui ont fait date ont établi le droit des individus à se conformer à leurs principes de pudeur. En 2005, Shabina Begum, une lycéenne de 15 ans, a ainsi obtenu le droit de porter le jilbab, une longue, robe qui ne laisse voir que les mains et le visage. L’année suivante, un juge a décidé qu’une avocate pouvait se rendre au tribunal le visage voilé à condition qu’elle soit audible. Et, en 2007, un professeur qui avait été renvoyé pour port du voile pendant la classe a perdu en appel car, pour l’entretien d’embauche, elle n’était pas voilée.

L’expression individuelle n’a plus guère de sens dès lors que les femmes sont contraintes par les hommes de leur famille ou par des mollahs à se dissimuler sous de longues robes, mais à en croire nombre de musulmanes ce n’est pas toujours le cas. Je porte le foulard et l’abaya (un long manteau) ; dit Rahana Ali, une jeune fille de 23 ans diplômée de la London School of Economics. « Ces deux ou trois dernières années, plusieurs de mes amies ont choisi de porter la burqa, même si leur mère ne la porte pas. Si elles ont besoin d’une carte d’identité pour travailler, elles se feront photographier, mais elles ne veulent pas s’exhiber tout le temps. Je peux comprendre que certains trouvent cela déconcertant, mais, si un homme s’aventurait à leur demander l’heure ou le chemin dans la rue, cela ne poserait pas de problème. Les gens ne devraient pas juger sur les apparences. »

Des musulmans britanniques sont également indignés à l’idée qu’un gouvernement leur dicte ce qu’ils doivent faire. `Je pensais que c’était seulement la gauche qui avait coutume d’interdire, observe la journaliste Urmee Khan. Beaucoup se demandent si M. Sarkozy a consulté ne serait-ce qu’un seul des 4 millions à 5 millions de musulmans que compte la France. Bonnie Greer, membre du Conseil franco-britannique, en doute : « Beaucoup de mes amies qui portent le voile sont indépendantes, voire féministes. » Et ils ne comprennent pas que M. Sarkozy s’en prenne à la burqa alors qu’elle n’est portée que par une infime minorité de femmes musulmanes - à peine 5 % de l’ensemble. « La seule raison logique pouvant expliquer ses déclarations est qu’il rentrait d’Afghanistan, où les femmes sont opprimées », estime Ahmed Versi, rédacteur en chef de Muslim News, un magazine publié en Grande-Bretagne.

D’autres assurent que c’est une tactique pour s’assurer le vote des femmes.

Le rédacteur en chef de Muslim News voit la solution non pas dans la législation, mais dans la tolérance et la compréhension, et, en ce sens, il est heureux de vivre en Grande-Bretagne. Le Royaume est le meilleur des pays possibles pour un musulman en Europe. Nous nous plaignons, mais nous sommes plus libres et nous dialoguons davantage avec le gouvernement. En France, les organisations musulmanes ne sont pas représentatives ; ici, elles sont indépendantes. En France, les musulmans vivent dans des ghettos et comptent deux fois plus de chômeurs que le reste de la population. « Un grand nombre de Françaises, viennent faire leurs études au Royaume-Uni parce qu’elles veulent pouvoir porter le foulard pendant les cours, ce qui leur est interdit en France. » Ahmed Versi s’arrête ensuite sur le remarquable degré d’intégration qu’il trouve en Grande-Bretagne et sur le fait que les musulmans comprennent de plus en plus qu’ils ne doivent pas pousser les gens à bout en postulant pour des emplois qu’ils sont incapables d’occuper — un cuisinier musulman travaillant dans la police à qui l’on demandait de faire cuire du bacon n’a pas hésité à aller devant les tribunaux. « Comparé à la République Française, la Monarchie Britannique est un paradis, conclut-il.

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