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Libre réflexion sur une éruption féministe.

Samedi 2 juillet 2011, par Gérard Leclerc // Divers

Si l’on me permet cette confession incongrue : je ne dois pas être tout à fait normal. Le déluge néoféministe qui s’abat en ce moment sur les médias ne parvient pas à me donner mauvaise conscience. En dépit de tous mes efforts, je ne parviens pas à me reconnaître dans les réflexions machistes, les formules malséantes, a fortiori les imputations injurieuses qui ont accompagné le scandale DSK, en révélant l’inconscient monstrueux du mâle ordinaire. Non que je conteste la question de la femme dans la société contemporaine et les légitimes aspirations de nos compagnes pour conquérir leurs justes places. Mais je n’ai nullement réagi à cette histoire atroce comme le stéréotype courant me l’impose.

Autour de moi, je n’ai pas observé ce mépris de la victime que l’on fustige à pleines pages. Faut-il formuler l’hypothèse que j’appartiendrai à un mince canton de la civilisation où le respect de la femme est inné, avec de très anciennes règles de courtoisie, fussent-elles désuètes ? J’aggraverai mon cas, en précisant que l’odyssée de cette jeune femme d’origine africaine et plus encore d’ethnie peule, m’a particulièrement touché en ranimant des figures fières, d’une rare beauté, évoluant dans tout l’Ouest africain. J’ai compati profondément à sa détresse, m’imaginant sa condition difficile et le gouffre moral et affectif où le précipitait l’agression dont elle avait été victime.

On m’objectera que ce plaidoyer fait bon marché d’une réalité sociale massive, trop souvent masquée et que le scandale vient de mettre dans une lumière crue. Pouvez-vous nier le décalage considérable qui existe entre un discours égalitaire et la condition concrète des femmes en politique, dans le monde du travail et la sociabilité familiale ? Evidemment non, encore qu’il conviendrait d’observer avec un certain discernement des situations qui sont souvent moins manichéennes qu’on le prétend. Alors, m’assènera-t-on, vous avez le front de mettre en doute l’affirmation d’une personne aussi savante et modérée que Françoise Héritier : « C ’est un choc, un révélateur qui permet de franchir d’un seul coup plusieurs marches d’un escalier que l’on gravit depuis trop longtemps. Il y a encore vingt ans personne n’aurait réagi, sauf par gaudriole. Alors qu’aujourd’hui une grande partie de l’opinion a été choquée. C’est une révolution énorme. » (Marianne du 4/05/2011). Désolé, mais il y a vingt ans, j’aurais réagi exactement de la même façon, et l’immense majorité des gens que je connais auraient été tout aussi indignés. J’ajouterai qu’il y a quarante ans, alors que je vivais en pleine brousse africaine, mon éducation, mes réflexes et mon entourage, sans compter une sorte de réflexeinné, m’intimaient d’avoir pour les femmes africaines la même attention respectueuse que je pouvais avoir pour ma mère et ma soeur.

Cela ne veut pas dire que rien ne s’est produit en un demi-siècle et que je compte pour rien la vague féministe des années soixante, même si rétrospectivement, avec l’aide de quelques sociologues je considère avec un oeil critique un mouvement qui a créé autant d’impasses qu’il a élaboré de solutions concrètes. J’ai déjà eu l’occasion d’exposer toute une réflexion à ce sujet, que des penseurs aussi divers que Cornélius Castoriadis, Jean-Pierre Le Goff et bien d’autres m’avaient aidé à formuler. Il tut faire très attention lorsqu’on s’avise de transformer la société, de changer la vie ou encore d’établir des relations nouvelles entre les sexes. Cela passe par des médiations infiniment délicates avec des risques de brisures internes dont les dégâts se mesurent malaisément. Pour prendre une conscience approfondie de ce type de réalité qui plonge au coeur de nos relations, les plus déterminantes, il faut s’adresser à des gens sérieux, qui savent de quoi ils parlent. Je pense à un Pierre Legendre dont l’oeuvre traverse notre temps avec une pertinence supérieure, malheureusement ignorée de trop de responsables.

Dans tout ce que je lis en ce moment à l’enseigne d’un féminisme révolté et vindicatif, je peine à distinguer ce qui relève d’une juste revendication et ce qui touche à des énigmes mal repérées. Et je m’inquiète d’une culture systématique du ressentiment dont il ne faut attendre rien de bon. Quitte à passer pour un réactionnaire à l’ancienne, je perçois dans la critique sociale généralisée tous les défauts patents de la sociologie à la mode Bourdieu. Mes lecteurs savent que je n’ai pas toujours été négatif à l’égard des travaux de ce dernier, qui ont suscité une postérité dont il y a beaucoup à retenir. Cependant, le présupposé qui veut que tout le dispositif social soit constitué de rapports de domination me paraît foncièrement névrotique. Et les plus belles révolutions rêvées ne pourront rien pour venir à bout d’une situation anthropologique qui relève d’une pathologie irréformable. La revendication féministe à laquelle je suis prêt à beaucoup accorder, n’en souffre pas moins d’une incertitude ontologique qui éclate notamment dans la théorie des genders qu’on voudrait imposer aujour- d’hui aux élèves de première comme vérité scientifique. Qui ne voit que son premier effet est de faire disparaître la notion même de femme, alors qu’il s’agissait de libérer le sujet féminin ! Il ne fallait pas être grand clerc dès le départ pour ne pas comprendre que la fascination qu’une Judith Butler éprouvait pour les drag queens ne pouvait que conduire à l’impasse la plus béante et la plus cruelle. D’ailleurs l’intéressée est la première à se préoccuper aujourd’hui d’une construction dont elle soupçonne l’incohérence.

Je suis bien conscient que dans les circonstances actuelles et vu la violence du débat, cette intervention sera très mal reçue. Mais ce n’est pas l’esprit de provocation qui m’habite. Mon souci exclusif consiste à déplacer les ques- tionnements dans le but de faire apparaître ce qu’on ne perçoit pas spontanément ou ce que l’on tait obstinément. Je n’ai pas de position dogmatique à défendre. C’est ma seule inquiétude fraternelle que je désire exprimer, pour prolonger la discussion avec qui en exprimera le désir.

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