Les voyous de l’Arche de Zoé.

Dimanche 26 octobre 2008, par Charles Onana // L’Afrique

Le dernier livre de Charles Onana risque de faire mal. Il s’attaque aux pseudo-humanitaires de l’Arche de Zoé et décortique ce système, où l’on met la générosité devant pour mieux se faire de l’argent derrière. Toujours sur le dos des Africains. Ministre actuel des Affaires étrangères, Bernard Kouchner qui, jadis, fut de gauche avant de regagner la droite sarkozienne sans se soucier dès qu’en dira-t-on, en prend pour son grade. Sa qualité de « french doctor » humaniste y est vraiment contestée. Et pas à tort.

Morceaux choisis.

Le gouvernement américain évoque répétitivement « le génocide » à propos du Darfour. C’est le seul gouvernement qui le fait. La secrétaire d’Etat adjointe, Ellen Sauerhrey, chef du Bureau des populations, des réfugiés et des migrations, a dit dans une interview en ligne d’Usinfo le 17 novembre 2007 « Le génocide en cours au Darfour, Soudan, une violation grossière des droits humains - est parmi les premiers sujets internationaux de préoccupation des USA. L’administration Bush persiste à dire qu’un génocide est en cours au Darfour depuis 2003, malgré le fait qu’une mission de cinq membres de l’ONU conduite par le juge Italien Cassese, ait relaté en 2004 qu’aucun génocide n’avait été commis au Darfour, mais plutôt des violations graves des droits humains. »

Le juge Antonio Cassese a été en effet nommé en 2004 par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan président de la Commission d’enquête sur le Darfour. Dans son rapport, remis À Kofi Annan après trois semaines d’enquête approfondie au Darfour, il conclut « La Commission est parvenue à la conclusion que le gouvernement Soudanais n’avait pas mené une politique de génocide ». Il souligne « D’une manière générale, la politique consistant à attaquer, tuer ou transférer de force les membres de certaines tribus, ne procédait pas de l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe racial, ethnique, national ou religieux, comme tel. » Malgré les conclusions de cette commission d’experts, le discours sur le génocide » continue d’être propagé aux Etats-Unis, de façon quasi-obsessionnelle, surtout, par les néo-conservateurs. Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain, est parmi les pionniers de ce discours erroné sur le « génocide au Darfour. Il a même menacé de porter plainte contre le gouvernement soudanais pour « génocide contre les populations noires du Darfour. »

Le candidat démocrate John Kerry avait également déclaré, pendant la campagne présidentielle de 2004, dans une église baptiste noire « Si J’étais président, j’agirais maintenant au Darfour, comme je l’ai dit depuis des mois, je ne resterais pas assis à ne rien faire. » N’est-ce pas là une façon d’inciter la majorité des Africains-Américains à soutenir spontanément et aveuglément une Vision et une action, qui ne correspondent pas à la vérité ? Cette mobilisation est-elle la simple expression d’un amour débordant pour les peuples d’Afrique ou cache-t-elle des objectifs économiques moins avouables. ? La seconde hypothèse nous semble la plus plausible.

En France, ces partisans du discours obsessionnel du génocide » au Darfour sont nombreux. Ils emploient curieusement le même vocabulaire que leurs alliés outre-atlantique. Il y a par exemple Bernard Kouchener, Jacky Mamou, André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy qui dorment, se réveillent et vivent avec le Darfour ou plus exactement le « génocide du Darfour ». Ils sont si passionnés qu’ils ignorent systématiquement le peu de contradicteurs qui osent s’approcher de leur précieuse province du Soudan. Le Darfour, c’est leur chasse gardée, leur pré-carré.

Dans le livre collectif « Urgence Darfour qu’ils lui ont consacré, chacun évoque avec beaucoup « d’émotion » son amour et sa souffrance pour cette « prostituée non consentante du Soudan. Le simple fait de penser au Darfour leur donne des palpitations. Ils en souffrent tellement qu’ils en sont devenus inconsolables. Bernard Kouchner est un peu le « Christophe Colomb » qui a découvert le génocide au Darfour. » Le Soudan est gouverné par Omar Al-Bachir, parvenu au pouvoir par un coup d’état militaire et soutenu par un régime musulman intégriste. Au Darfour, territoire de la taille de la France abritant 6 millions d’habitants, certains dirigeants, issus des populations sédentaires musulmanes, tentent depuis une quinzaine d’années, de construire une opposition démocratique laïque. En représailles, le général Al-Bachir a laissé se développer (à moins, qu’il ne les ait armées et payées ?) des milices arabes, les Janjawids, dont les raids meurtriers font régner la terreur au sein des populations civiles. La suite est plus connue : Des massacres abominables, des villages rasés, des femmes systématiquement violées, des enfants brûlés, des populations pourchassées, affamées, entassées dans des camps de fortune, au Tchad notamment. Au total, près de 300 000 morts et des millions de déplacés.

« Après a Somalie et le Rwanda, voici donc de nouvelles victimes qui viennent heurter la conscience de l’occident et lui demander de l’aide. Que leur répondons-nous ? « Après avoir versé ses larmes de crocodile, le très paternaliste M. Kouchner, ex-porteur de sacs de riz pour populations en danger en Somalie, lance son sempiternel appel néo-colonial. « Les 10.000 civils qui sont massacrés chaque mois au Darfour ont besoin de nous. Les populations des Etats voisins, qui voient les assauts des islamistes armés par la Chine rester impunis, ont besoin de nous. L’Afrique a besoin de nous. » Croit-il vraiment que l’Afrique a besoin de ce cynisme larmoyant chaque jour à son chevet.? En réalité, Bernard Kouchner n’a jamais vraiment eu de position impartiale dans le conflit soudanais comme dans presque tous les conflits africains impliquant directement ou indirectement les Etats-Unis. Dans la campagne qui va s’amplifier on France sur le Darfour, Bernard Kouchner joue un rôle prépondérant. C’est ce que confirme Rony Brauman, ancien président de Médecins sans Frontières et successeur de Bernard Kouchner à la tête de cet organisme. « Kouchner a joué un rôle moteur dans cette campagne. Par exemple, il est la personne qui, avec Bernard-Henri Lévy a organisé le grand meeting de la Mutualité pendant la campagne électorale présidentielle de 2007 sur le Darfour. Toutes les têtes d’affiche du monde politique étaient présentes. Une façon de donner de la solennité à leur campagne et de faire entériner le qualificatif de génocide au conflit du Darfour.

Kouchner, a contribué à fabriquer une situation hyper dramatique en faisant croire qu’il y avait 10 000 morts par mois. Une façon ignoble de triturer et de manipuler les faits. L’obsession de Kouchner, vis-à-vis du génocide n’est plus à démontrer. Elle a commencé avec la guerre du Biafra lorsqu’il est entré dans l’humanitaire. Là aussi, à l’époque je me souviens qu’il disait déjà que la population du Biafra était menacée d’un génocide. Depuis, il ne s’arrête plus. On dirait chez lui que plus la taille du charnier est énorme plus le porte-parole du charnier est vertueux. »….

André Glucksmann, ami de Bernard Kouchner, est aussi passionnés du « Génocide au Darfour » et du drame, non pas des Rwandais, mais des Tutsi, leurs victimes préférées. Il ne voit au Darfour que des Africains qui tuent d’autres Africains, des musulmans qui exécutent d’autres musulmans. Pas question d’accuser une nature marâtre. Stupide de pointer un supposé choc de civilisations. « Pas possible d’incriminer le colonialisme européen ou l’impérialisme américain afin de recadrer l’horreur dans des schémas idéologiques centenaires » C’est donc clair pour M. Glucksmann, le Darfour est un champ de bataille sur lequel s’entretuent des sauvages et des barbares africains, des musulmans qui ne savent rien faire d’autre que se livrer à des atrocités. Les Européens n’ont rien à voir dans ce conflit, les Américains n’y sont pour rien non plus. Un mensonge digne d’un arracheur de dents...

En balisant ainsi le terrain d’une crise grave, on ramenant idéologiquement la question du Darfour à un massacre de brutes entre elles et en travestissant la réalité par ce type d’assertions, André Glucksman cherche à orienter l’analyse des chercheurs inexpérimentés et fausser la compréhension de ce conflit.

Un autre ami de Bernard Kouchner très traumatisé lui aussi par le génocide des Tutsi, et probablement par celui qui, d’après eux, se déroule au Darfour, s’appelle Bernard-Henri Lévy. Bernard-Henri Lévy est, comme il se définit lui-même, le spécialiste « du roman-enquête », c’est-à-dire. celui qui fait beaucoup de fiction avec la vérité. Le peuple du Darfour est, selon lui, à l’agonie. Il a vu le « génocide » au Darfour et cela lui a brisé le coeur. Il ne s’est toujours pas remis de ses émotions apparentes. « Ce que j’ai vu, sur place, de mes yeux vu au coeur de ce qui deviendra si nous ne faisons rien, le premier génocide du XXI° siècle, dépasse à la fois l’imagination, l’entendement et les limites de ce qui peut être toléré par une humanité civilisée, J’ai vu des villages brûlés, sur des centaines de kilomètres plus âme qui vive plus de trace de présence humaine, juste des grands cercles de cendres, des restes de sommiers de fer tordus par les flammes, une chaussure d’entant un fragment d’assiette ou une fois, miraculeusement épargné par les flammes, un bout de carte d’éjecteur dont on ne pouvait lire, comme dans un roman de Modiano, que les premières lettres du nom, J’ai vu, de Bahai à Beirmezza, sur un peu plus de 400 kilomètres, à travers ce Darfour vidé de ses habitants, désertifié l’horrible travail des Janjawids, Ces miliciens à cheval, littéralement ces cavaliers du diable, qui vont par centaines, parfois par milliers, de plus en plus souvent appuyés par des blindés de l’armée régulière soudanaise, et qui pillent, incendient, torturent, décapitent et ne s’en vont que lorsqu’ils ont littéralement brûlé la terre. J’ai vu enfin - c’est peut-être plus révoltant encore - de pauvres hommes et femmes faire face à tant de cruauté avec des larmes de fortune, défendus par une armée de va-nu-pieds, et dans un état de solitude, de délaissement absolu, dont je n’ai connu pareil exemple qu’il y a quatorze ans en Bosnie ou plus tard au Rwanda.

Un Français, Jérôme Tubiana, qui a effectué le voyage au Darfour, dans la zone où semble avoir été Bernard-Henri Lévy, reste dubitatif après avoir lu le témoignage de ce dernier. Dans un article intitulé Les choses mal vues au Darfour, Jérôme Tubiana s’inquiète de la rigueur visuelle du « roman-enquêteur » tel que se définit Bernard-Henri Lévy lui-même. « C’est de retour du Darfour que j’ai découvert le témoignage de Bernard-Henri Lévy publié dans Le Monde du mardi 13 mars. Je lis ces choses vues au Darfour avec d’autant plus d’intérêt que l’écrivain a voyagé dans une région (le Dar Zaghawa, au Nord-Ouest du Darfour) où je me suis rendu à quatre reprises depuis 2004. Ma première surprise est de constater que ces lieux familiers sont souvent mal nommés et surtout mal situés. Bir Meza (et non Beirmazza) ne se trouve pas à 60km au Nord d’Amarai mais à 60 km à l’ouest ; Dissa (et non Deissa) ne se trouve pas à 15 km à l’Est de Bir Meza mais à 5 km au Sud. L’écrivain semble peu soucieux d’exactitude, qu’il s’agisse des lieux où il se rend ou des personnes qu’il rencontre. Par exemple le chef rebelle « Tarrada » est présenté comme le « concepteur » du raid victorieux de la rébellion sur El Fasher, la capitale du Darfour Nord, en avril (et non comme indiqué en février) 2003. Or les chefs et les combattants rebelles ayant participé à cette attaque fondatrice s’accordent à dire que son concepteur fut bien logiquement Abdallah Abakar Besha, premier chef militaire de l’Armée de libération du Souda, (SLA), mort par la suite au combat en janvier 2004. Tarrada n’était à a tète d’aucun, des trois groupes ayant participé à ce raid. Il n’est qu’un chef militaire parmi des dizaines d’autres, et pas vraiment « le stratège de génie qu’évoque l’article. »….

Sur le conflit du Darfour, Bernard-Henri Lévy s’enferme dans un carcan référentiel ethno-racialiste. Il lui est très difficile d’analyser l’autre en dehors du seul prisme ethno-racial ou ethno-religieux. Il perd vite l’esprit cartésien et le sens des nuances devant la complexité des crises politiques africaines, en particulier, au Rwanda et au Soudan. Par simplisme et au prix de grands raccourcis idéologiques, il assène des opinions préfabriquées et fustige ses contradicteurs...

Rony Brauman connaît bien le Darfour ainsi que Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Selon lui, « Bernard Kouchner, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et tous ces gens « d’Urgence Darfour » et du Collectif Darfour ont un profond mépris pour les faits. Ils évacuent une bonne partie de la réalité et ne sélectionnent que ce qui va dans le sens des tueries à sens unique ou de ce qu’ils qualifient de massacres de masse. Je me souviens d’une réaction de Bernard-Henri Lévy s’insurgeant contre l’usage du terme conflit armé au Darfour. Pour lui ce n’est pas un conflit armé, c’est un massacre d’innocents. Dire le contraire c’est cracher sur le visage des victimes a-t-il affirmé. C’est cela sa vision des choses. Pour ma part, je prétends et je persiste à dire et à démontrer que ce qui se passe au Darfour est un conflit armé dans lequel la violence et la répression s’expriment tant du côté gouvernemental que de la rébellion. Les rebelles sont des gens bien équipés qui portent aussi des coups sévères à l’armée soudanaise. « Ce n’est pas une lecture simpliste comme ils le font qui permet de comprendre ce qui se passe au Darfour. « 

Pour avoir exprimé un point de vue différent au sujet du Darfour, Rony Brauman n’a pas été épargné par le lynchage verbal de ces marchands de pitié. Bernard-Henri Lévy l’a d’ailleurs accusé de révisionnisme. Il y a à Paris une petite clique de révisionnistes qui ont commencé à relativiser, à banaliser, à nier ce qui se passe au Darfour a-t-il déclaré à l’AFP. Ils pensent qu’un Etat du tiers-monde comme le Soudan ne peut pas être tout à fait assassin et que des victimes soutenues par l’opinion publique américaine ne peuvent pas être vraiment des victimes. Bernard Henri Lévy poursuit, profondément agacé par l’insoumission de Rony Bauman et sa vision. « Ils font un sale travail d’insulte aux morts du Darfour. »

En vérité, Rony Brauman tente simplement de distinguer ce qui relève du « roman-enquête » de la réalité vérifiable. Il semble bien que la véracité des faits n’intéresse ni les philosophes André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, ni le médecin Bernard Kouchner. Rony Brauman Conclut « Je les connais bien et je peux vous dire que leur désinvolture à l’égard des faits ou de la réalité est totale. » Ce groupement clanique d’idéologues se rassemble toujours autour des guerres et des génocides. Ensemble, ils parlent du génocide des Bosniaques à Srebrenica, ensemble, ils pointent du doigt le génocide des Tutsi » au Rwanda, ensemble ils conditionnent l’opinion sur l’idée qu’un « génocide » semblable à celui du Rwanda se déroule au Darfour et qu’il est perpétré par le gouvernement de Khartoum et les Janjawids. Peu leur importe a rigueur des faits et la complexité de ces crises. Peu leur importe la vérité d’où qu’elle vienne, y compris lorsqu’elle est révélée par des protagonistes honnêtes ou par des observateurs indépendants de l’ONU et d’ailleurs. Dans toutes ces régions, ils désignent qui sont les bourreaux et qui sont les victimes. En Bosnie, c’est le régime de Milosevic et ses milices serbes, au Rwanda, c’est le régime de feu le président Habyarimana et les milices hutu. Au Soudan, c’est le régime du président Omar Al-Béchir et les milices janjawid. Dans ces dossiers, ils disent la même chose, agissent de la même façon et fraternisent suffisamment sur leur version pour ne jamais s’épuiser à chercher ou à interroger les faits...

Suivons Mohammed Hassan détaillant davantage son explication du conflit Nord-Sud au Soudan : » La base du conflit est sans aucun doute le grand retard économique et social de la province du Darfour. Et pourtant, l’explosion de violence qui s’y déroule depuis 2003 est surtout la conséquence de l’ingérence américaine. Depuis le milieu des années 90, cette ingérence est de plus en plus frappante. D’abord, les Américains ont donné un appui militaire au mouvement rebelle dirigé par John Garang dans le Sud. Si les Américains réussissaient à affaiblir et à diviser le pays, ils n’avaient plus qu’à ramasser le butin. Mais ce petit plan a échoué : le Nord a tenu bon. Les Américains ont alors opté pour une nouvelle tactique, dès 2000-2001 ; la pression diplomatique a pris le dessus. Ainsi, le contrôle américain est devenu plus grand. Un exemple en est le Soudan Peace Act que Bush a fait voter en 2001. C’est une loi purement coloniale. Elle plaçait les négociations entre le Nord et le Sud sous le contrôle direct des Américains. Les négociations de paix ont duré 22 mois. Leur état d’avancement était évalué tous les six mois, pas par le peuple soudanais, mais par le Congrès américain, et si les négociateurs obtenaient de bons points, le Congrès libérait 100 millions de dollars d’aide par an. Un des négociateurs américains a déclaré à l’agence Reuters le 13 avril : » Nous en sommes à la 99° version d’un accord de paix. Je réécris le texte chaque jour ».

Dans ce contexte d’ingérence et de chantage toujours plus grand et ouvertement déclarés, une partie de l’élite du Darfour a cru avoir une chance d’obtenir une plus grande part du gâteau soudanais, espérant le gagner avec l’appui des Etats-Unis. Depuis 2003, certains chefs de tribus non arabes créent des milices et organisent des raids militaires... En dissimulant par l’émotion et par la fausse compassion, la vérité sur le Darfour, certains médias empêchent le publie de décrypter ce qui se cache derrière l’obsession du « génocide « au Sud Soudan...

C’est dans ce contexte de show et de bluff humanitaire orchestrés par Bernard Kouchner, et ses acolytes sur le « génocide au Darfour » qu’Eric Breteau et sa bande, à travers Children Rescue » vont préparer leur coup pour kidnapper des enfants tchadiens abusivement désignés « orphelins du Darfour. »

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