Les richesses Libyennes n’est pas un butin à partager.

Mercredi 28 septembre 2011 // Le Monde

La stabilisation politique du pays et la relance de l’industrie pétrolière devront être assumées par les Libyens, avec une aide extérieure limitée.

Depuis la chute du leader libyen Muammar Kadhafi, un débat absurde fait rage
dans les milieux politiques. On cherche en effet à déterminer dans quelle
mesure l’avenir de la Libye "appartient" à l’Occident et ce que celui-ci
"doit" au peuple libyen. C’est pourtant précisément pour éviter ce genre
d’engagement que l’intervention militaire occidentale s’est limitée à des
frappes aériennes.

Dès le départ, les rebelles libyens ont précisé qu’ils acceptaient le
principe d’une aide militaire aérienne, mais qu’ils refusaient que des
forces étran- ères interviennent directement sur le terrain. Les Libyens ont
voulu rester maîtres de leur destinée et ils ont réussi leur pari. Les
élites et l’opinion publique occidentales s’étaient elles-mêmes montrées peu
favorables àune intervention sur le terrain en Libye. Et même l’engagement
militaire limité ne bénéficiait pas d’un soutien populaire important.

Le débat actuel n’a pas heu d’être. En effet, la règle dite " de Pottery
Bard ", c’est-à-dire : « Ce que vous brisez vous, appartient » ; évoquée par
l’ancien secrétaire d’État américain Colin Powell dans le contexte de
l’invasion de l’Irak ne s’applique pas ici. La guerre en Irak était une
intervention extérieure non sollicitée et presque entièrement dissociée
d’événements survenus en Irak ou d’une quelconque institution irakienne. En
Libye, la rébellion et la guerre civile se sont déclenchées spontanément,
sans interférence extérieure. S’il est vrai que les Etats-Unis, leurs alliés
de l’OTAN, ainsi que le Qatar et les Emirats arabes unis ont joué un rôle
important dans les événements qui ont suivi, l’issue a finalement été
déterminée par les Libyens eux-mêmes.

Motivée par des intérêts évidents et rationnels, l’intervention n’était pas
d’ordre humanitaire, mais elle servait malgré tout un but louable en
contribuant à renverser un ignoble dictateur. Si, dans ce contexte, l’opposition libyenne a toutes les raisons de se montrer reconnaissante, aucune
puissance étrangère n’est en droit de "revendiquer" le pays ou le résultat
de sa révolution à long terme.

La stabilisation après le conflit présente un intérêt évident, mais les
puissances qui ont contribué a renverser Kadhafi ne "doivent" rien de plus
aux Libyens. Il serait, peu judicieux de leur part de refuser d’offrir aide
et soutien, en particulier pour la mise en place des institutions politiques
et d’autres aspects clés de la reconstruction.

La Libye n’est pas un pays particulièrement pauvre, sous-développé ou ravagé
par des déchirements internes. Et, grâce au pétrole, le pays dispose d’une
source de revenus. Ainsi, le principal défi qui l’attend est d’ordre
politique La Libye souffre d’un manque d’institutions et de traditions
poli-. tiques, et devra à court terme se doter de nouvelles forces de
sécurité.

Les pays qui sont intervenus en Libye ont tout intérêt à aider la population
à effectuer une transition réussie. Leur contribution doit passer par un
soutien soigneusement ciblé, offert en étroite collaboration avec les
nouvelles autorités, et non pas par des programmes de reconstruction comme
ceux qui ont été mis en oeuvre en Afghanistan et en Irak.

En optant pour une intervention militaire limitée, les pays occidentaux
reconnaissaient les limites de leur pouvoir et la nécessité de permettre aux
Libyens de déterminer leur propre destinée. Avec le Qatar ils peuvent et
doivent jouer un rôle utile - mais limité - dans la transition libyenne. A
l’instar de la révolution, le processus de stabilisation de l’après-conflit
doit être mené à bien par et pour les Libyens.

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