Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Les régimes qui peuvent tomber à tout moment.

Lundi 28 février 2011, par Aristide Koné, Idrissa Fofana // L’Afrique

La chute (non prévue) du régime de Zine El Abidine Ben Ali, en Tunisie, a raisonné comme un coup de tonnerre dans le ciel africain. Depuis vendredi 14 janvier 2011, date de sa fuite pour un exil en Arabie Saoudite, tous les dirigeants africains, sans aucune exception, s’interrogent. Il n’y en a pas un qui ne se sente pas interpellé. Pourtant, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Certains se montrant a priori fragiles peuvent encore tenir tandis que d’autres cachent de grosses lacunes dans la solidité de leur appareil de répression. Sans vouloir secouer le cocotier, Afrique éducation qui ne consulte pas les marabouts, vous livre quelques cas qui mériteraient d’être surveillés.

Afrique éducation, avait tout prévu. Dans son numéro double du 11, au 31 janvier 2011, Paul Tédga, se projetant sur les surprises qui nous attendent en 2011, s’était montré plus qu’avisé dans son éditorial : « le danger viendrait des terroristes d’AQMI
Al Qaida au Maghreb islamique) qui sème la désolation dans toute la bande sahélo-saharienne, de l’Algérie au Tchad en passant par le Niger, le Mali et la Mauritanie.

Interdite au tourisme, cette bande aussi large que l’Europe est devenue une zone de non droit où règnent les trafiquants de toutes sortes. L’autre danger de tous les instants qui guette les pays d’Afrique, c’est la misère et la pauvreté, accentuées par l’exploitation de l’homme par l’homme. Cette exploitation organisée aussi bien sur le plan national par des Africains que par des réseaux internationaux d’intérêts et d’affaires, ne peut plus durer longtemps sans donner lieu à une explosion sociale. Je ne sais pas quand ni comment une telle explosion pourra survenir. Je sais cependant qu’elle est inévitable et pourrait surprendre à tout moment. Elle sera d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait être contagieuse : une émeute de la faim, par exemple, qui éclaterait dans un pays A gagnerait aussi le pays B, à la faveur des images de télévision et d’internet, sans que les deux pays n’aient un lien organique quelconque.

Quand on circule dans les métropoles africaines, on est frappé par le chômage de masse qui déstructure les couches sociales des pays concernés. On se dit alors que le jour où ça pétera, aucune garde présidentielle si « professionnelle » soit-elle, ne pourra arrêter ces émeutiers. A mon avis, c’est à ce niveau que peut se situer le risque en 2011. Un danger qui guette, sans exception, tous les pays africains » (fin de citation). Le plus dur (au niveau du libéralisme politique, de la liberté d’expression et des droits de l’homme) de tous les chefs d’Etat africains, Zine El Abidine Ben Ali, a pris, contre toute attente, la poudre d’escampette. Direction : l’Arabie Saoudite. Et pourtant, la Tunisie, dans plusieurs domaines, avant la chute du régime, était l’un des pays les moins exposés, par un risque révolutionnaire, du continent. Conséquence, il n’y a pas de régime fort et encore moins d’homme fort en Afrique depuis le 14 janvier 2011. Au contraire, chaque dignitaire africain prie secrètement son dieu pour qu’il ne subisse pas le même sort que Ben Ali. Car si plus de la moitié des 53 pays africains affichent clairement leur fragilité, il y en a dont la solidité ne tient plus qu’à un fil : le Sénégal, le Burkina Faso, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, et bien d’autres, sont parmi ceux-là.

Le Sénégal : Karim Wade, l’homme par qui le malheur peut arriver.

Intellectuel bon teint arrivé au pouvoir sur le tard dont le bilan socio-économique est controversé, Mg Abdoulaye Wade a réussi à amasser en une dizaine d’années, la fortune que ses deux prédécesseurs n’ont pu rassembler pendant une quarantaine d’années passées à la tête du Sénégal. Président d’un pays pauvre, le Sénégal dont la principale richesse est l’arachide, Abdoulaye Wade a eu l’intelligence de se vendre diplomatiquement auprès de l’Occident et du monde arabo-musulman. Mais l’argent, il n’est pas allé le trouver chez les Occidentaux (qui lui auraient imposé beaucoup de conditionnalités) mais auprès des monarchies du Golfe. Il a très bien joué en réussissant le coup de la décennie : prendre la présidence en exercice de l’Organisation du Conseil islamique (OCI) lors de son 11° Sommet, tenu, à Dakar, les 13 et 14 mars 2008. Le Sommet lui fut attribué en 2004, soit 4 ans seulement après son arrivée au pouvoir. Contrairement à son prédécesseur Abdou Diouf qui réunit le 6e Sommet de l’OCI, les 9,10 et 11 décembre 1991, à Dakar, Wade en a profité largement pour se remplir les poches. Il a commencé par créer l’ANOCI (Agence nationale de l’Organisation de la conférence islamique) en juin 2004, quelques mois après l’attribution du 11e Sommet au Sénégal.

L’objet de l’ANOCI est sans équivoque : préparer l’organisation du Sommet islamique de 2008 et conduire la construction d’infrastructures hôtelières et routières sur la Corniche Ouest à Dakar. Abdoulaye Wade ayant trimé pendant un quart de siècle dans l’opposition avec en prime deux séjours en prison, a de la suite dans les idées, en nommant son fils, Karim Wade, président de cette institution. Dans un livre croustillant intitulé « Contes et mécomptes de l’ANOCI », le journaliste sénégalais Abdou Latif Coulibaly en a dit des tonnes sur la gestion de Wade-Fils au point de s’attirer les foudres du Palais. Si l’opposition ne l’avait pas soutenu fortement, nul doute qu’il ne serait plus de ce monde. Mais jusque-là, son maintien à la vie n’est pas garanti.

Karim Wade n’a pas fait dans la dentelle. En 4 années d’existence, de 2004 à 2008, les pays du Golfe ont financé pour 432 milliards de f cfa (650 millions d’euros) de travaux. La famille du président en a profité pour se sucrer, pour s’enrichir au détriment du trésor public sénégalais qui devra rembourser l’argent obtenu à cette occasion car il s’agit des prêts et non des dons. Président de l’Assemblée nationale et secrétaire général du PDS, le parti créé par Abdoulaye Wade, Macky Sall entend tout et son contraire sur la gestion de l’ANOCI. En républicain honnête, il pense faire bien en demandant que son président, Karim Wade, vienne répondre, lui-même, à quelques questions des députés de tous les bords politiques, à l’Assemblée nationale. Le président Wade sent le piège pour son fils qui risque d’être confondu par les députés. Il se fâche, stoppe la procédure de Macky Sait et organise la rébellion au sein du PDS qui aboutit à son éviction du poste de président de l’Assemblée nationale après, seulement, un an de mandat. Le pauvre Sall finit par quitter le PDS pour créer son propre parti.

Devenu multimilliardaire en très peu de temps, le fils du président sénégalais n’a plus qu’une seule ambition : succéder à paria à la tête de l’Etat, ce qui n’est pas du goût des Sénégalais qui le lui ont montré quand il a voulu devenir maire de Dakar. Malgré les billets de banque qu’il distribuait aux électeurs, il a été battu à plate couture y compris dans son propre bureau de vote. Son projet de remplacer son père a de fortes chances de foirer si le président Wade n’est pas balayé avant, par la rue car le Sénégal, depuis 2000, est devenu un pays plus pauvre que sous l’ère Diouf. La capitale Dakar n’a même plus de courant électrique. Le chômage se passe de commentaire. La corruption organisée au Sommet de l’Etat n’a rien à envier au régime déchu de Ben Ah i en Tunisie. Abdoulaye Wade est assis sur un volcan.

Au Burkina Faso, pays des hommes intègres, comme l’avait voulu le défunt et très populaire capitaine Thomas Sankara, on a vite fait de l’assassiner pour que son idéal ne devienne pas réalité. Le « beau » Blaise est confortablement installé aux commandes depuis le 15 octobre 1987. En 24 années de pouvoir, il a réussi à zigouiller, au grand jour, un par un, tous ses camarades de la révolution. Dans le pays, il n’y a plus personne à tuer, les civils ne représentant aucun danger pour lui. Dans la sous-région, il a pu, avec le concours des réseaux extérieurs pour la plupart français voire même libyen, déstabiliser les pays qui ne demandaient qu’à vivre en paix : le Libéria « c’est lui », la Sierra Léone, « c’est lui », la Côte d’Ivoire « c’est lui » encore. Il s’est même essayé au Togo avant de trouver sur son chemin, un os dur, le défunt président. Il en est de même de la Mauritanie sous le colonel-président Ma’aouiya Sid Ahmed Taya.

Si Blaise Compaoré est chrétien, il aura de sérieux comptes à rendre le jour de son jugement dernier. Il a dépassé les bornes. Il a tellement terrorisé les Burkinabé qui se désintéressent de la politique. Résultat, personne pratiquement ne va voter dans ce pays. Sur une population de 16 millions de personnes, il y a eu à peine 3 millions d’inscrits sur les listes électorales dans des conditions telles qu’il n’y a même pas eu 2 millions de votants effectifs, en novembre dernier pendant la présidentielle. Mais Biaise n’en a cure, il a obtenu plus de 80% des voix et a rempilé pour 5 ans, en attendant de changer la constitution, bientôt, qui fera de lui, un président à vie. Inutile de parler des maux qui minent le Burkina et qui ne sont pas particuliers à ce pays : chômage, baisse continue du niveau de vie, corruption endémique, mauvaises conditions de vie, etc. Le jour où il y aura une étincelle, toute la ville de Ouagadougou s’embrasera et, aussi malin qu’il soit, il n’aura la vie sauve qu’en filant à l’anglaise en pleine nuit.

Centrafrique : François Bozizé, un Chef d’Etat inapte » à la fonction.

Selon un télégramme de Wikileaks, les Américains considèrent François Bozizé comme étant « inapte » à la fonction de président de la République. On peut ajouter à cette remarque que l’élection présidentielle organisée (dans le désordre) le 23 janvier, ne changera rien à la situation actuelle. Auteur du coup d’état du 15 mars 2003 qui évinça Ange Félix Patassé du pouvoir, François Bozizé a plombé le pays en s’imposant comme chef d’Etat au terme d’une élection truquée en 2005 alors qu’en arrivant au pouvoir, il avait expliqué qu’il venait juste assurer la transition avant d’organiser l’élection présidentielle à laquelle il n’allait pas prendre part. Un gros mensonge qui le suivra jusqu’à la mort. Car personne ne lui fait plus confiance ni dans la communauté des bailleurs de fonds, ni dans la sous-région, ni dans le pays où les Centrafricains savent qu’il est le problème du pays et non la solution. Que faire ? Le vote confisqué, le pouvoir confisqué, les caisses de l’Etat vidées par la corruption, aucune perspective ne s’offre au pays. Le cocktail est amer au point qu’on se demande comment il a fait, jusque-là pour tenir, même si on sait que c’est grâce aux soldats que le président Idriss Déby Itno du Tchad a détachés pour assurer sa protection rapprochée. Un tiers du pays est contrôlé par la rébellion. Le pouvoir central n’y a pas accès et les populations de ces zones sont totalement délaissées. La ville de Bangui même est infiltrée par des rebelles... Il n’y a donc rien à attendre d’un chef d’Etat aussi médiocre qui entend malgré son triste bilan, s’offrir à nouveau 5 ans de pouvoir qui ne profite qu’à lui-même et à son clan. François Bozizé n’est à l’abri ni d’une révolution de palais (malgré ses protecteurs tchadiens), ni de la colère des travailleurs, ni de celle de la jeunesse qui voit l’avenir en noir.

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, est un accident de l’histoire de ce grand pays d’Afrique centrale. Après le décès dans des circonstances jamais élucidées du Mzee Laurent-Désiré Kabila, le choix des dignitaires de la sous-région se porta sur Joseph Kabila que Laurent-Désiré avait adopté en épousant sa maman dans le maquis après la disparition tragique de son père. Joseph est le mal aimé des Congolais qui lui préfèrent un certain Jean Pierre Bemba. Digne fils de la RDC, ce fils de l’Equateur est une menace pour Joseph Kabila et des intérêts occidentaux. Pas très fin politique bien que très populaire notamment à Kinshasa où au moins trois habitants sur 5 votent pour lui, Jean Pierre Bemba se retrouve aujourd’hui prisonnier à la Cour pénale internationale pour des crimes commis par ses miliciens, en République centrafricaine. Mais curieusement, on les lui reproche alors que Ange-Félix Patassé, le président centrafricain, qui avait officiellement fait appel à lui, n’a jamais été convoqué par la CPI même après en avoir exprimé publiquement l’envie.

Les Occidentaux ont peur d’un déballage général de Patassé qui ferait désordre dans l’opinion publique et montrerait comment les Occidentaux manipulent la CPI. Bemba ne devrait donc pas être interné dans les geôles de la CPI ou plus exactement, il ne devrait pas y être seul. Joseph Kabila, en tant que président de la RDC, qui a signé son mandat d’arrêt, aura des comptes à rendre au peuple rdcongolais. A Kinshasa où il est obligé de vivre parce que c’est la capitale de la RDC, il se sait en insécurité permanente, raison pour laquelle, il n’y a pas si longtemps, il ne dormait pas dans la même villa deux nuits de suite.

Le président du Rwanda, Paul Kagame, est arrivé au pouvoir en marchant sur un tas de cadavres. Même si ses alliés britanniques et américains essaient tant bien que mal de camoufler ce forfait, il apparaît de plus en plus clairement que le missile qui pulvérisa le Falcon 50 à bord duquel se trouvait le président Juvénal Habyarimana, fut lancé par ses hommes. Même les 3 années de Bernard Kouchner passés à la tête de la diplomatie française pendant lesquels il a tout fait pour effacer ce passé fâcheux de maquisard de son ami Kagame, n’ont pas permis de l’occulter. Kagame sait ce qu’il a fait à Kigali en avril 1994. Il sait que les Hutu ne le lui pardonneront jamais. Il sait que ce qui reste de l’armée du président Habyarimana constitue le noyau dur de la rébellion hutu qu’il tente vainement de réduire à néant dans le Kivu rdcongolais depuis 1994. Il a vu que même en bénéficiant de la solidarité de Joseph Kabila (qui ne contrôle pas son vaste pays), il ne pourra pas venir à bout de cette rébellion qui a réussi à survivre à la disparition du régime d’Habyarimana et qui devient de plus en plus menaçante à mesure que le régime de Kagame s’affaiblit de l’intérieur. Pour preuve, les officiers supérieurs avec lesquels il a commis le génocide de 1994 fuient pour aller se réfugier dans les pays où ils se sentent plus en sécurité.

Les bombes éclatent dans Kigali. La rébellion hutu est toujours aux portes du Rwanda. L’opposition dont Kagame n’aime pas entendre parler, s’organise dans Kigali et se montre de plus en plus. Très minoritaires, à peine 10% de la population, les Tutsi actuellement au pouvoir seront tôt ou tard débordés par les Hutu. Ce d’autant plus que la mauvaise politique de Kagame aiguise chaque jour que Dieu fait leur revanche. La vengeance est un plat qui se mange froid. Attention au Rwanda où personne en Occident n’ose dire la vérité (en face) à Paul Kagame qui se croit tout permis, alors qu’il va droit dans le mur. Les Occidentaux voient les manifestations hostiles au régime de Kigali s’organiser dans les pays du Nord où Paul Kagame est en visite, sans rien dire. Bruxelles qui est la capitale de l’ancienne puissance coloniale en est l’exemple. Cela montre que ça bouge en mal au Rwanda où les populations ne peuvent rien tenter sous peine de se retrouver en cellule ou se faire taxer par la justice aux ordres de « génocidaires ».

Le Sénégal, le Burkina Faso, le Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Rwanda, sont loin d’être les seuls pays africains à risque. Tous les chefs d’Etat africains, sans exception, ont sur un siège éjectable. Mais certains sont plus exposés que d’autres. Si demain, on entend que les Algériens sortis dans la rue, n’obéissent plus à personne et veulent le départ d’Abdelaziz Bouteflika, il ne faudrait pas être étonné. Il en est de même de l’Egypte, pays où le président est élu par l’Assemblée nationale. Sans se soucier des qu’en dira-t-on, son président Hosni Moubarak est au vu et au su de tout le monde, en train d’organiser sa succession au profit de son propre fils, malgré la désapprobation d’une grande partie du peuple égyptien. Zine El Abidine Ben Ali ne sera pourtant pas allé jusque là. Il ne faisait que museler son peuple qui n’avait pas droit à la parole et détournait les fonds publics avec son clan, ce que font tous les autres. Pourtant, il se retrouve en exil involontaire. Aucun chef d’Etat ne sait donc plus quand ou comment peut survenir le début de sa chute. On sait seulement que celle-ci peut surprendre à tout instant, ce qui fait perdre le sommeil à certains.

Répondre à cet article